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20/10/2009
Deux femmes, deux voix pour l'Angola

(MFI) Dans un livre intitulé "Rendez-vous en Angola avec l'homme et la nature dans l'ombre de la guerre", deux Israéliennes décrivent, chacune avec sa sensibilité propre, la vie, la mort, la nature et les effets de la guerre dans ce pays d'Afrique australe, riche en pétrole et en diamants.

Elles sont deux. Deux Israéliennes. Tamar Golan, ancienne journaliste et grande connaisseuse de l'Afrique, a été le premier ambassadeur d'Israël en Angola (1995-2001) et a su tisser des liens étroits entre les deux pays, alors qu'Israël était soupçonné, par le passé, de soutenir plutôt la guérilla armée de l'Unita de Jonas Savimbi. Elle est actuellement professeur responsable des études africaines à l'université Ben Gourion du Néguev. Tamar Ron est zoologiste, spécialisée en écologie comportementale des primates, consultante dans le domaine de la conservation de la biodiversité et du patrimoine naturel. Elle a occupé cette charge auprès du gouvernement angolais pour le compte du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et de la Norvège. Complémentaires, elles nous donnent à voir, chacune avec sa sensibilité, plusieurs facettes de cet immense pays.

Enfants victimes et femmes courage

Tamar Golan, qui a choisi comme symbole la statue du pensador (le penseur, statue en bois sculptée), dit les enfants victimes de la guerre, les enfants des rues qui essayent de survivre, les enfants qu'elle a aimés et aidés. Elle évoque les mines terrestres, « soldats silencieux » qui attendent pour semer la destruction et la mort, longtemps après la fin des combats. Elle raconte la mort suspecte du représentant des Nations unies, le Malien Alioune Blondin Beye dont l'avion a explosé alors qu'il tentait d'effectuer une ultime mission de médiation auprès de rebelles de Savimbi, entre le Togo et la Côte d'Ivoire. Si la politique n'est pas au centre de ce livre, on en a un aperçu dur et réaliste à travers les méandres de l'administration, les efforts de certaines femmes ambassadeurs (de Suède et de Norvège avec Tamar Golan) mais aussi de femmes angolaises courageuses quel que soit leur bord. Tamar Golan nous parle des ses « fils » adoptifs qui vont de l'ancien ministre angolais des Affaires étrangères Joao Bernardo de Miranda à l'ancien chef d'Etat major des armées gouvernementales, Joao Baptista de Matos, tous deux en fonction à l'époque, en passant par l'un des chefs du mouvement rebelle de l'Unita, Abel Chivukuvuku. Elle évoque aussi le pétrole et les diamants, qui ont enrichi certains alors que des millions d'Angolais vivent toujours dans la pauvreté, estimant que « les malversations, les préjudices liés au pétrole ne sont rien en comparaison de la ruine et de la mort subies par le peuple angolais par la faute des diamants »

Tortues de mer et lamantins

Tamar Ron, qui a choisi comme symbole la « Palanca Negra », une grande antilope mythique qui n'existe qu'en Angola et autour de laquelle se mêlent récits et légendes, évoque la vie et la mort, imbriquées en Angola comme ailleurs en Afrique, l'esprit de fraternité des femmes, les forêts angolaises victimes de la guerre comme les animaux qu'elle abrite, tués par les combats ou par des populations qui n'ont plus rien à manger. Elle décrit les efforts pour préserver les animaux y compris les grands singes en éduquant les populations mais aussi les militaires qui s'y trouvent. Parmi les espèces à sauver figurent les tortues de mer et les lamantins, gros mammifères qui vivent au fond des lacs et des rivières et dont les brèves apparitions ont pu alimenter les fables sur les « femmes-sirènes ». Tamar Ron nous parle aussi des progrès en matière d'environnement même s'ils sont encore lents et surtout de l'engagement de certains Angolais pour préserver leur faune et leur flore, bref leur nature.

"Rendez-vous en Angola avec l'homme et la nature dans l'ombre de la guerre", par Tamar Golan & Tamar Ron. Publié en hébreu puis traduit en portugais, la version française du livre est sortie début octobre 2009 aux éditions l'Harmattan (ISBN: 978-2-296-09646-2, prix 21 euros). Une version anglaise doit voir le jour en Afrique du Sud.

Marie Joannidis

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