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| 31/03/2006 | |||
| Spécial Forum aérien de Bamako Asecna : une communauté d’intérêts africains au service de la sécurité aérienne | |||
| (MFI) A l’heure où les normes de l’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale) deviennent de plus en plus sévères en matière de sécurité aérienne, la réussite de l’Asecna, une agence créée pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et rassemblant 17 Etats africains * (Afrique de l’ouest et Madagascar) ainsi que la France, démontre la nécessité de se regrouper pour unir ses moyens financiers, techniques et humains. | |||
| Créée en décembre 1959 par les ex-pays de l’AEF (Afrique équatoriale française) et de l’AOF (Afrique occidentale française), ainsi que par Madagascar et la France, l’Asecna (Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar) peut se targuer de s’être imposée au fil des années comme une référence en matière de sécurité aérienne sur le continent africain. Certes l’agence, qui a un statut d’établissement public doté d’autonomie financière et qui est présidée par un comité des ministres de tutelle des Etats membres, a aujourd’hui besoin d’une cure de rigueur pour réaliser les investissements indispensables à son développement. Avec un effectif total de 5 500 personnes pour un budget de fonctionnement de 138 milliards de F CFA en 2006, les charges de personnel pèsent encore trop lourd, mais un redressement est entamé. Les différentes missions de l’Asecna L’Asecna a la charge d’un espace aérien de quelque 16,1 millions de km², qui couvre six régions d’informations en vol (FIR) définies par l’OACI : Antananarivo, Brazzaville, Dakar océanique, Dakar terrestre, Niamey, et Ndjamena. L’agence y assure le contrôle de la circulation aérienne, le guidage des avions, la transmission des messages techniques et de trafic, l’information de vol, le recueil des données, et enfin la prévision et la transmission des informations météorologiques. L’Asecna supervise à ce titre les activités de 25 aéroports internationaux, de 76 aéroports nationaux et régionaux, de 57 tours de contrôle, et de 10 centres de contrôle régionaux (contrôle d’approche, transmissions radio, prévisions météorologiques, sécurité incendie, etc.). L’agence assure également la gestion de l’activité aéronautique nationale de certains Etats signataires (exécution d’études, contrôle et maintenance d’installations techniques). Des contrats ont ainsi été signés avec neuf Etats : Bénin, Burkina, Centrafrique, Gabon, Guinée équatoriale, Mali, Niger, Sénégal, Tchad. Elle propose également ses services à des Etats non signataires et a notamment réalisé dans ce cadre la calibration en vol des aides à la navigation pour divers pays d’Afrique et d’Amérique latine, ce qui permet de faire rentrer une source non négligeable de recettes. Enfin, pour apporter de nouvelles ressources, une société anonyme a été créée en 2001, Asecna Services, dans le but de prendre des participations dans des entreprises opérant dans la gestion aéroportuaire, le handling, l’exploitation de communications aéronautiques ou encore la gestion de boutiques duty-free dans les aéroports. Mais pour l’heure les activités de Asecna Services ne représentent que 100 millions de F CFA. L’Asecna gère en outre trois établissements de formation : l’EAMAC (Ecole africaine de la météorologie et de l’aviation civile), l’ERSI (Ecole régionale de sécurité incendie), et l’ERNAM (Ecole régionale de la navigation aérienne et du management), respectivement basés à Niamey, Douala et Dakar. Au cours des dernières années, l’agence s’est attachée à développer des relations de coopération avec différents organismes nationaux ou internationaux oeuvrant dans le domaine de la sécurité de la navigation aérienne. Elle s’est notamment investie dans le projet de création des AAMAC – Autorités africaines et malgache de l’aviation civile – et a des relations privilégiées avec des organismes internationaux oeuvrant dans le domaine de l’aviation civile, tels que l’OACI ou l’IATA (International Air Transport Association). L’Asecna a également conclu des accords de coopération bilatéraux avec des organismes étatiques fournisseurs de services de navigation aérienne en Afrique (Algérie, Ghana, Nigeria, Maroc, Libye, Soudan, etc.), mais aussi dans d’autres pays comme les Etats-Unis ou l’Espagne. La nouvelle direction, installée en janvier 2005 **, travaille d’ores et déjà sur le nouveau plan des services et des équipements quinquénal qui va être mis en place pour la période 2007-2012. Outre la nécessaire rigueur, un mot d’ordre : la transparence. A ce sujet, le président de l’Asecna, le français Jacques Courbin, souligne que l’audit qui doit être réalisé sur l’Asecna par l’OACI en avril sera publié dès sa sortie. C’est l’anticipation d’une mesure qui sera obligatoire d’ici deux ans : tous les Etats seront astreints au terme de cette période à rendre les contrôles de l’OACI transparents. Isabelle Verdier * Bénin, Burkina, Cameroun, Centrafrique, Comores, Congo Brazaville, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée Bissau (devenu en janvier 2006 le dix-septième Etat africain membre), Guinée équatoriale, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad, Togo. ** Nommés tous deux en janvier 2005, le président du conseil d’administration de l’Asecna est le Français Jacques Courbin, tandis que le directeur général, tchadien, est Youssouf Mahamat. « L’Asecna est un formidable outil fédérateur » (MFI) Trois questions à Jacques Courbin, président du conseil d’administration de l’Asecna. MFI : Depuis votre entrée en fonction en janvier 2005, quel diagnostic pouvez-vous faire de la situation de l’Asecna ? Jacques Courbin : Dès notre arrivée, nous avons voulu avec le directeur général, Youssouf Mahamat, dresser un état des lieux complet de la situation laissée par nos prédécesseurs. Nous sommes allés dans les 17 Etats membres à la rencontre du personnel de l’agence, mais aussi des autorités de tutelle, ce qui nous a permis de dresser une carte précise des besoins et des lacunes. Cette démarche a conduit à l’élaboration d’un projet d’entreprise et à la signature d’un accord, le 26 février dernier, entre le personnel et la direction générale. Grâce à cet accord, qui est valable pour une période de cinq ans, l’Asecna va pouvoir réduire ses charges de personnel sans pour autant procéder à des licenciements. Pour assurer la paix sociale, les départs se feront progressivement et il est notamment prévu de ne pas procéder à de nouvelles embauches à la suite de départs à la retraite. MFI : Quelles sont vos priorités pour 2006 ? J. C. : En tant qu’établissement public financé par les redevances des Etats membres, nous souhaitons rendre le meilleur service possible au moindre coût. Il est donc vital pour nous d’avoir plus de ressources en vue de pouvoir auto-financer certains de nos nouveaux équipements. Pour cela nous souhaitons développer les activités d’Asecna Services, la société anonyme en charge de la gestion des aéroports. Des négociations sont en cours pour que certains Etats nous confient la gestion directe de leurs aéroports. Nous sommes aussi ouverts à tout nouvel Etat qui voudrait rejoindre notre communauté (Guinée Conakry, Nigeria, RDC, etc.), mais nous ne menons pas pour autant une politique d’expansion tous azimuths. Je tiens à souligner que l’Asecna est un formidable outil fédérateur qui a toujours fonctionné, même dans des situations difficiles. Nous réussissons à faire travailler ensemble 5 500 personnes de cultures très différentes. MFI : Quel est le rôle de la France au sein de l’agence ? J. C. : La place de ce pays reste importante, autant d’un point de vue technique que financier. La direction de l’aviation civile française ainsi que les écoles d’aviation civile de l’hexagone apportent leur appui technique et la France finance la formation de personnel de l’Asecna à hauteur de deux millions d’euros par an. D’ailleurs, c’est le ministre de la Coopération qui est le ministre de tutelle de l’Asecna au nom de la France, et non le ministre des Transports, au contraire des autres Etats africains membres de l’agence. L’Asecna est véritablement un exemple réussi de coopération entre la France et l’Afrique. Propos recueillis par Isabelle Verdier | |||
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