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MFI HEBDO: Economie Développement Liste des articles

27/10/2006
Microfinance, mode d’emploi

(MFI) Alors que le prix Nobel de la Paix 2006 vient d’être attribué à Muhammad Yunus, « père » de la microfinance moderne, les dirigeants des principales organisations d’aide au développement se réunissent à Paris le 20 octobre 2006 sur le thème « Une aide plus efficace pour faciliter l’accès à la finance ». Pour ceux qui veulent en savoir davantage, un excellent Guide de la microfinance a récemment paru sous la plume de trois jeunes économistes, Sébastien Boyé, Jérémy Hajdenberg et Christine Poursat.

« Il existe peu de livres sur la microfinance en français et Le guide de la microfinance contribue à combler un vide relatif, au grand profit des pays du Sud francophones, et plus particulièrement de l’Afrique » : sous la plume de Maria Nowak, considérée comme l’économiste qui a introduit la microfinance en France et fondatrice de l’Association pour le droit à l’initiative économique, ces quelques lignes de préface au livre Le guide de la microfinance (1) sonnent comme une recommandation de premier plan. Sébastien Boyé, Jérémy Hajdenberg et Christine Poursat, ses jeunes auteurs, ont en commun d’avoir fréquenté les meilleures écoles de commerce françaises et fait leurs premières armes dans le secteur « classique » avant de s’intéresser puis de se consacrer aux « banques des pauvres ».
« L’histoire, écrit encore Maria Nowak, se déroule en phases, et je suis convaincue que depuis la disparition du communisme, le capitalisme doit et va trouver en son sein des mécanismes de contre-pouvoir indispensables au bon fonctionnement de l’économie de marché. Ainsi la microfinance s’adresse à un marché nouveau et potentiellement rentable – 3 milliards d’habitants de la planète qui n’ont pas accès aux services financiers –, tout en se situant dans la mouvance d’investissement socialement responsable et d’économie solidaire, dont l’objectif est le développement durable en même temps que la rentabilité financière. »

Une idée « révolutionnaire »

Riches de leurs expériences de terrain autant que de leurs connaissances, les auteurs proposent dans ce guide un panorama très complet du monde de la microfinance, de la portée et de la pratique de cette idée révolutionnaire : oui, on peut « concevoir des services financiers de proximité adaptés à des populations exclues du système financier formel, services qui ont un véritable impact sur leur développement économique et social, et les organisations qui offrent ces services peuvent être viables ». La démonstration est construite en trois temps.
Tout d’abord, la microfinance est une « réponse à des besoins essentiels ». Dans cette partie, l’ouvrage s’arrête sur l’immensité de la demande d’épargne et de crédit insatisfaite, dans les pays en développement bien sûr (auxquels est consacré ce guide), mais dans les pays riches également : au total près de 3 milliards de personnes. Il examine les différents services possibles – crédit solidaire accordé à un groupe, crédit individuel, micro-assurance ou crédit habitat… –, leur impact et leur portée.
Quelles sont, ensuite, les conditions de « fonctionnement et de viabilité des institutions de microfinance », les IMF ? Ici, les auteurs analysent de façon pratique les ressources et les moyens dont disposent ces institutions pour exister et se développer de façon pérenne, pourquoi et comment instruire une demande de prêt, comment suivre les remboursements, comment organiser les équipes de l’IMF et contrôler leur travail, comment établir un compte de résultat et fixer une politique financière viable… Cette deuxième partie s’achève par un panorama du monde actuel de la microfinance, principalement implantée en Asie – 81 des 92 millions de clients répertoriés sur l’ensemble de la planète s’y trouvent, et huit institutions y ont plus d’un million de clients chacune –, loin devant l’Afrique sub-saharienne (7 millions de clients), l’Amérique latine (3,8 millions) et l’Afrique du Nord-Moyen-Orient (200 000 clients).
La troisième et dernière partie, enfin, replace les IMF dans le réseau des nombreux acteurs qui ont permis leur émergence et constituent le « secteur de la microfinance ». Les auteurs ont identifié trois catégories : les services d’appui, l’Etat – responsable de la mise en place du cadre légal et réglementaire – et les financeurs. Parmi ces derniers, on trouve autant les bailleurs de fonds publics, les banques commerciales et publiques que les fonds de financement spécialisés, souvent privés et qui financent les IMF les plus compétitives. Preuve que le secteur est aujourd’hui professionnalisé, la performance des IMF est évaluée par les agences de notation internationales, ce qui permet de conforter les investisseurs dans leur choix.

Ariane Poissonnier


(1) Le guide de la microfinance, microcrédit et épargne pour le développement, Sébastien Boyé, Jérémy Hajdenberg, Christine Poursat, préface de Maria Nowak, 300 pages, 2006, Editions d’organisation, http://www.editions-organisation.com



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