Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Liste des rubriques
MFI HEBDO: Economie Développement Liste des articles

30/06/2009
Rapport de la Cnuced 2009 sur le développement économique de l’Afrique
L’intégration régionale en Afrique passée au crible


(MFI) Le 25 juin, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement a publié son rapport annuel sur la situation économique de l’Afrique. Au menu, l’intégration régionale, une thématique ancienne qui revient sur le devant de la scène avec le contexte de crise internationale.

Après s’être intéressés l’an passé aux résultats à l’exportation, les économistes de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, la Cnuced analysent cette année les moyens de « renforcer l’intégration économique régionale pour le développement de l’Afrique ». Reconnue par les dirigeants africains comme un vecteur de développement, l’idée n’est pas nouvelle. C’est au lendemain des Indépendances que les pays africains se sont lancés dans ce processus (voir encadré), au point qu’« il existe aujourd’hui davantage d’organisations régionales en Afrique que sur tout autre continent ». Parmi les plus connues, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), le Marché commun de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe (Comesa), la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ou encore la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac).

Relancer le commerce intra-africain

En 2001, la volonté d’intégration régionale s’est accrue après la création de l’Union africaine et surtout du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad), chargé notamment de promouvoir le commerce et les investissements intra-africains. Pourquoi alors la Cnuced aborde-t-elle ce sujet aujourd’hui ? Sans doute l’intégration pourrait-elle « permettre des économies d’échelle, améliorer la compétitivité et servir à ces pays de tremplin pour participer de manière effective à l’économie mondiale », avancent ses experts, incitant les pays africains à profiter des opportunités offertes sur leur propre territoire.
En fait, la crise financière internationale a eu des répercussions sur le continent du fait des reculs non seulement de l’aide publique au développement (APD) mais aussi des importations et investissements. Les partenariats avec l’extérieur se sont multipliés, notamment avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’Union européenne (UE) et les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) ou de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad) - dans le cadre des négociations de Doha sur la libéralisation du commerce ou encore de l’établissement d’accords bilatéraux avec des pays émergents comme la Chine.
Dans ce contexte, la relance du commerce intra-africain peut être une solution pour soutenir la croissance et le développement du continent. La mise en commun des ressources et l’expansion des marchés locaux stimulerait la production, le commerce et l’investissement.


Favoriser la mobilité de la main-d’œuvre

Malgré les bons résultats de la Cémac et de la Comesa, l’intégration régionale de l’Afrique est loin d’être réalisée, selon la Cnuced. Seulement 9 % des échanges commerciaux sont générés par le continent – hors secteur informel. Des résultats largement inférieurs à ceux réalisés en Asie et en Amérique latine. De plus, seulement 13 % des Investissements directs étrangers (IDE) proviennent d’un pays africain. Des chiffres à nuancer toutefois puisque 20 pays africains exportent au moins 25 % de leurs produits sur le marché régional. Ce commerce est d’autant plus important que les marchandises sont plus diversifiées que celles exportées vers le reste du monde.
La Cnuced insiste aussi sur des problèmes « nouveaux » (ou plutôt qui ont été mis de côté), à savoir les services, la mobilité de la main-d’œuvre et les migrations. En termes de services – tourisme, commerce et logistique –, les pays africains ne sont toujours pas compétitifs sur le marché international, incapables de satisfaire leurs producteurs et leurs exportateurs. De plus, la mobilité de la main-d’œuvre est limitée aux frontières nationales ce qui ne favorise pas la coopération.
Faiblesse des revenus, absence d’infrastructures de transport et de communication, manque de main-d’œuvre qualifiée et insuffisance des relations économiques entre les investisseurs de la région sont aussi parmi les causes du dysfonctionnement de l’intégration. Paradoxalement, les entités régionales – trop souvent en concurrence – freinent aussi l’intégration. Ainsi, sur les 53 pays africains, 27 sont membres de deux regroupements régionaux, 18 de 3 regroupements et 1 de 4. Ceux-ci favorisent aussi des pays de leur propre région. C’est le cas de la Cémac qui consacre à peine 2 % de son commerce avec les autres régions. Mais la concurrence existe aussi entre pays-membres. Ainsi, au sein de la Cédéao, seuls trois pays, Nigeria, Côte d’Ivoire et Sénégal, représentent près de 90 % des exportations et près de 50 % des importations intra-régionales.


Favoriser les infrastructures régionales

C’est pourquoi l’« objectif d’intégration est redevenu prioritaire », affirment les experts de la Cnuced, en référence aux risques de marginalisation du continent africain face aux défis de la globalisation. Les infrastructures (réseaux routier, ferroviaire et aérien, de télécommunications) sont une « réponse clé à l’intégration », selon Norbert Lebale. Les frais engagés pour les renforcer pourraient être très vite rentabilisés : « un investissement de 32 milliards de dollars dans le principal réseau routier intra-africain permettrait de générer des recettes commerciales de l’ordre de 250 milliards de dollars en quinze ans ».
Outre l’amélioration des infrastructures régionales, l’intégration passe aussi par « l’harmonisation des politiques et l’augmentation des investissements internationaux et de la mobilité de la main-d’œuvre ». Chaque pays africain devrait adopter une politique nationale favorisant l’intégration et multiplier les accords tels que des mesures sur la libre circulation des personnes et la suppression des visas d’un pays africain vers un autre. Vaincre les groupes de pression nationaux hostiles à l’intégration, modifier et harmoniser les législations nationales et les codes de l’investissement, développer le commerce des services seront également parmi les tâches à accomplir.

Alexandra Brunois


Tout commence en 1963…

(MFI) Tout commence en 1963 avec la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), chargée d’intégrer économiquement les pays d’Afrique, d’y régler les conflits, de promouvoir le développement et d’améliorer le niveau de vie des populations. Pendant vingt ans, malgré les politiques interventionnistes et protectionnistes de certains états, plus de 200 initiatives intergouvernementales de coopération économique multisectorielle ont été menées pour accroître le commerce intra-régional, renforcer l’économie et les infrastructures, éliminer les obstacles à la libre circulation des marchandises et promouvoir la coopération monétaire.
Puis, les pays africains ont rationalisé et libéralisé leur commerce entrant ainsi dans l’économie mondiale. Toutefois, ils continuent de considérer l’approche régionale comme la meilleure solution pour leur développement. En 1980, le plan d’action de Lagos (Nigeria) devait transformer le continent africain en entités économiques régionales solides… En 1991, le traité d’Abuja (Nigeria) a dressé à son tour les principes d’une communauté économique africaine avec monnaie commune et libre circulation des biens, services et personnes… à l’horizon 2027.

A.B.




retour