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| 03/03/2006 | |||
| Les caricatures de Mahomet dans la presse africaine Afrique subsaharienne : protestations et modération | |||
| (MFI) Après la diffusion par plusieurs journaux européens de caricatures du prophète Mahomet, les journaux d’Afrique subsaharienne ont tenté dans leur grande majorité d’apaiser les esprits. Sauf en Afrique du Sud… et au Nigeria. | |||
| Tandis que les manifestations – souvent pacifiques – se multipliaient du Niger au Tchad et du Kenya à la Somalie, au Sénégal, le quotidien Walfadjri (28 févreir) rapportait « le coup de colère » du président de l’ONG musulmane Jamra, Abdou Latif Gueye, qui s’est joint « au concert de désapprobation » des pays sahéliens pour dénoncer l’attitude du journal danois Jyllands Postan Danmark : « Un mensonge qui cherche à associer l’Islam à la violence et au meurtre ». De son côté, à Kaolack, l’imam de Medina Baye, Cheikh Hassane Cissé, a condamné « fermement » les caricatures, a rapporté Sud Quotidien (13 février). Devant des disciples venus des Etats-Unis, du Nigeria, du Ghana, de Mauritanie et de Gambie, il a estimé que « les tentatives de diffamation inavouées perpétrées contre l’Islam datent de plusieurs siècles », appelant toutefois « à la lucidité et à la responsabilité des musulmans ». Un son de cloche que l’on retrouve dans le quotidien malien L’Essor (27 février) sous la plume de Kàlifa, qui a affirmé que « la vraie question qui se pose n’est pas celle de la liberté d’expression, mais celle de la balance à établir entre cette liberté et l’esprit de responsabilité qui doit accompagner son exercice ». Et d’ajouter : « Ce rôle de médiateur aurait dû incomber aux journalistes. Malheureusement ces derniers ne sont pas en mesure de le jouer ». « Qu’on arrête de nous rabattre les oreilles avec la liberté d’opinion. Toutefois, je pense sincèrement que les violences montrées à la télévision en réaction aux caricatures ne servent pas l’islam, au contraire, elles apportent de l’eau au moulin des propagateurs de la haine anti-musulmane », modère Ousmane Sow, toujours dans Les Echos (8 février). Plus critique, sur le site guinéen Neoleadership (14 février), Ly Elhadji Baila (directeur exécutif de nlsguinee.com) a vivement dénoncé les actes de piratage opérés « par les défenseurs de l’Islam qui entendent répondre à l’affront ». Il indiquait notamment que selon Zone-H, l’observatoire indépendant des cybercrimes, près de 600 sites danois et d’autres sites occidentaux ont été victimes d’attaques émanant de « cyber-protestants islamistes » qui cherchaient à faire passer des messages de représailles. Unique en son genre sur le continent, le Mail and Guardia a publié les images A Doula (Cameroun), Le Messager (20 février) s’est fait l’écho de la déclaration de Cheik Kabîr Imam Elhadj Moctar Abubakar, président de l’Union islamique, qui a lui aussi dénoncé « Cet acte regrettable [qui] ne contribue pas à apaiser les différents foyers de tension dans notre monde d’aujourd’hui, causé par l’incompréhension, la haine, le manque de dialogue et l’injustice ». Toutefois, le Cheik s’est félicité de la cohabitation pacifique entre les confessions religieuses dans son pays, déplorant cependant que « des gens cherchent coûte que coûte à coller le terrorisme et la violence à la religion islamique ». Peu avant, au Nigeria voisin, le Daily Trust d’Abuja (8 février) rendait compte dans ses colonnes de la décision de la société automobile Buoshishi Auto Ventures Ltd, basée à Kano, de cesser toutes relations avec les entreprises danoises - tandis que plus au nord, à Maiduguri, un couvre-feu était décrété après une manifestation où des musulmans incendiaient des églises, faisant 15 morts. Après le report du voyage du ministre danois des Affaires étrangères en Afrique, notamment en Côte d’Ivoire et au Mali, de nombreux journaux, à l’instar de L’Observateur (Burkina Faso), ont contribué à apaiser les tensions, en publiant notamment les excuses du gouvernement danois « à tous les musulmans pour l’offense ressentie du fait de ces caricatures ». Unique en son genre sur le continent, l’Afrique du Sud, où la rédactrice en chef du quotidien Mail and Guardian, Ferial Haffajee, de confession musulmane, a reçu des menaces de la part d’activistes musulmans après avoir publié les fameux dessins dans son journal, a rapporté la BBC, qui indique que l’organisation musulmane Jamiat-ul Ulama a réussi cependant à faire interdire la publication des caricatures controversées par le Sunday Times, qui s’est d’ailleurs s’insurgé contre cette « atteinte sérieuse » à la liberté de la presse. | |||
| Antoinette Delafin | |||
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