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| 28/04/2006 | |||
| Paix et sécurité internationale : approfondir le processus de Bamako | |||
| (MFI) La Francophonie a engagé le débat sur la Sécurité humaine, un concept désormais à l’étude au sein du système des Nations unies. Ceci à la lumière de la Déclaration de Bamako, qui constitue depuis 2000 le socle sur lequel l’organisation francophone entend conduire ses actions en matière de démocratie, de paix et de sécurité. | |||
| La conférence ministérielle de Saint-Boniface (Manitoba, au Canada, les 14 et 15 mai 2006), porte – à l’initiative des autorités d’Ottawa – sur « la prévention des conflits et la sécurité humaine ». Elle devrait marquer une étape dans la recherche d’une définition commune, et précise, de la Sécurité humaine. Cette question continue toutefois à diviser la communauté internationale, y compris les membres de l’Organisation internationale de la Francophonie. Plusieurs pays, y compris des membres arabes de l’OIF préoccupés par la situation au Moyen Orient et en Asie centrale, redoutent notamment que la nouvelle définition de la sécurité humaine ouvre la voie à un droit d’ingérence « au cas par cas », selon les intérêts stratégiques de grandes puissances comme les Etats-Unis. D’autres craignent une dilution de l’action et des moyens disponibles, si le concept doit aboutir à englober et mélanger trop de notions, y compris celles qui relèvent plutôt du développement, au détriment de la « responsabilité de protéger » les populations civiles : or c’est là l’objectif prioritaire et annoncé du maintien de la paix. Avancer vers un consensus francophone « Il est important qu’on essaye d’avancer vers un consensus francophone concernant la Sécurité humaine. Mais il s’agit d’une étape », estime Christine Desouches, déléguée à la démocratie et aux droits de l’homme de l’OIF. Selon elle, le débat permettra de donner un nouveau coup de fouet au dispositif de Bamako, en encourageant notamment la signature et la ratification de convention internationales et régionales relatives aux domaines stratégiques de la sécurité humaine, par les Etats membres de l’OIF qui, comme beaucoup d’autres, sont à la traîne en l’espèce. Mais il s’agit aussi de « progresser dans l’arrimage de la Francophonie aux nouvelles institutions de l’ONU », comme le Conseil des droits de l’homme et la Commission de la consolidation de la paix. « Tout le monde veut conserver le système de prévention, d’accompagnement et de consolidation de la démocratie et de la paix, défini par le processus de Bamako », que les Francophones connaissent et qui est le résultat d’un consensus, précise Christine Desouches. Elle déplore toutefois le manque de ressources financières et humaines de l’OIF, dont le budget avoisine les 80 millions d’euros. Ainsi, au moment où la Francophonie renforce sa coopération avec les organisations régionales et internationales, l’OIF n’a-t-elle qu’un seul représentant permanent sur le terrain, en Côte d’Ivoire, contrairement à l’ONU ou à l’Union européenne, et doit se contenter d’envoyer ponctuellement des missions de médiation ou des « facilitateurs ». Le secrétaire général de l’Organisation, Abdou Diouf, étudie toutefois la possibilité d’accroître cette représentation, d’autant que l’ONU souhaite pouvoir utiliser davantage de casques bleus venus d’Afrique francophone pour les opérations de maintien de la paix initiées dans des pays francophones, et en tenant compte du fait que l’OIF a établi un partenariat privilégié avec l’Union africaine. L’organisation francophone, qui a mis sur pied en 2004 un mécanisme d’observation et d’évaluation permanente de la démocratie, des droits et des libertés, développe son dispositif d’alerte précoce et cherche à coordonner son action avec d’autres partenaires, tout en se fondant sur les réseaux spécialisés déjà mis en place, qui incluent les OING (Organisations internationales non gouvernementales) et la société civile. A la base de ce mécanisme, la collecte des informations suit des canaux variés, aussi bien à travers les médias que grâce aux réseaux universitaires, aux observatoires et organisations des droits de l’homme, aux cours constitutionnelles, aux barreaux, et avec la contribution d’OING telles que la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), Reporters sans frontières (RSF) ou Amnesty International. Si l’alerte, sur les plans alimentaire ou sanitaire, est relativement aisée et bien rodée aujourd’hui, la prévention des conflits pose de nombreux problèmes. Elle dépend des acteurs sur place, de la fiabilité des informations recueillies et de la qualité des analyses, mais aussi de la volonté des Etats ou des responsables politiques de faire circuler l’information. En cas de violation grave ou massive des droits de l’homme, et de crise ou rupture de la démocratie, le dispositif de Bamako prévoit des mesures spécifiques que le secrétaire général de l’OIF peut initier, en liaison avec les instances de la Francophonie. Celles-ci peuvent aller de l’envoi de missions d’observateurs, de facilitateurs, à la condamnation et à l’arrêt de la coopération, voire la suspension et l’exclusion de l’organisation. L’apport novateur des nouveaux Etats membres européens Christine Desouches souligne que tout ce dispositif est à consolider et à examiner dans le cadre de la Sécurité humaine. Il s’agit aussi de favoriser l’implication des Francophones sur des dossiers aujourd’hui très discutés au plan international, comme ceux des enfants soldats, des mines anti-personnelles et de la protection des civils, ceci afin d’accroître la présence francophone dans les débats en cours. Une autre suggestion est faite, pour compléter le dispositif de Bamako : c’est la mise à contribution de l’expertise des nouveaux membres de l’OIF, ces pays d’Europe centrale et orientale (PECOs) qui souhaitent établir un dialogue renouvelé avec les pays du Sud. « Les PECOs sont très impliqués dans les problèmes de l’Etat de droit et de la démocratie, ainsi que sur la question de la transition démocratique des exrégimes autoritaires… Nous organiserons en juin prochain, à Sofia en Bulgarie, avec le Club des Balkans, une réunion pour voir ce que la Francophonie pourra apporter de plus », indique la déléguée aux droits de l’homme. « Ils souhaitent partager cette expérience avec les pays du Sud, notamment africains, qu’ils connaissent après en avoir été coupés depuis de longues années. Ils aimeraient retrouver ce dialogue, et cette reprise de contact entre deux mondes peut donner une nouvelle dimension aux objectifs de la Francophonie », ajoute-t-elle, en rappelant que le prochain sommet de l’OIF aura lieu, en septembre 2006, à Bucarest en Roumanie. | |||
| Marie Joannidis | |||
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