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26/05/2006
Questions internationales
A quoi sert l’OTAN ? (1)


(MFI) Après la chute de l’URSS, certains prédisaient la mort de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Aujourd’hui, elle compte de nouveaux membres et mène de plus en plus de missions dans des régions toujours plus éloignées de ses frontières traditionnelles. Sa nouvelle Force de réaction rapide effectue ses premières manœuvres du 1er juin au 12 juillet 2006 au Cap-Vert.

La chute de l’URSS a-t-elle entraîné une mise en sommeil de l’OTAN ?

Créée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour protéger l’Europe de l’ouest de la menace soviétique, l’OTAN se retrouve sans ennemi lorsque l’URSS disparaît en 1991. « Sans raison d’être », affirment alors des experts qui suggèrent la dissolution de l’organisation militaire afin d’envoyer un signal positif à Moscou et aussi mettre un terme à une certaine tutelle politico-militaire des Etats-Unis sur l’Europe. Cette solution n’est pas retenue. Au contraire, l’OTAN qui apparaissait comme un bloc et dont la seule existence suffisait à dissuader l’adversaire, entame paradoxalement ses premières opérations militaires. En 1992, c’est l’opération de surveillance de l’Adriatique, baptisée Sharp Guard, destinée à contrôler l’embargo sur les armes décrété par l’ONU à destination de la Yougoslavie. En 1995, les forces de l’Alliance s’impliquent ensuite dans la guerre en Bosnie. Ses raids aériens contre les positions serbes contribuent à lever le siège de Sarajevo, renversant l’équilibre des forces. Après les Accords de paix de Dayton (14 décembre 1995), l’OTAN déploie une Force de mise en oeuvre multinationale (IFOR) dans la région pour faire respecter le cessez-le-feu, à laquelle succède fin 1996 une force de stabilisation de la paix (SFOR), qui reste en place jusqu’en décembre 2004.
C‘est dans ce cadre, à partir de juin 1999, que les avions de l’OTAN ont mené soixante-dix-huit jours de raids au-dessus du Kosovo pour protéger la population albanaise des exactions commises par les troupes de Slobodan Milosevic. Une opération couronnée de succès militairement, mais controversée car réalisée sans l’aval de l’ONU. Après la reddition des forces serbes, l’OTAN envoie sur place un contingent de 43 000 hommes, la KFOR, chargée de veiller au maintien de la paix et dont 17 000 sont toujours présents au Kosovo. Enfin, de 2001 à 2003, l’OTAN mène encore une opération de désarmement en Macédoine.

Que représente l’OTAN aujourd’hui ?

L’Alliance atlantique est passée de 16 à 26 pays membres. Elle a accueilli la Pologne, la Hongrie et la République tchèque en 1999 ; la Roumanie, la Bulgarie, la Slovaquie, la Slovénie, ainsi que trois Etats baltes, Lituanie, Estonie et Lettonie, en 2004. En 2007, l’Albanie, la Croatie et la Macédoine devraient adhérer à leur tour, tandis que l’Ukraine et la Georgie frappent à la porte. Tous les pays de l’ancien Pacte de Varsovie seront alors membres de l’Alliance, qui a déjà une frontière commune - via les républiques baltes - avec la Russie. L’OTAN reste la plus puissante formation politico-militaire au monde. Mais de l’avis de beaucoup d’experts, elle doit sa survie à l’intérêt bien compris des Etats-Unis. Comme le souligne Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) :« L’OTAN n existe que parce que les Etats-Unis ont besoin d’une Europe stable. L’Alliance reste le prolongement stratégique de Washington sur le vieux continent, son instrument de domination. Il ne faut pas oublier que 200 000 soldats américains sont basés en Europe. Les Etats-Unis entendent se servir de l’OTAN pour stabiliser l’est de l’Europe, institutionnaliser leur dialogue politique avec la Russie et pousser leurs pions en Europe centrale et, au-delà, en Asie centrale ».

Quelles nouvelles missions l’OTAN s’est-elle octroyée ?

Son élargissement et ses interventions militaires dans les Balkans n’empêchent pas l’OTAN de se chercher une nouvelle vocation pour « sortir de sa crise d’identité », comme l’écrivait un ancien ministre de la Défense britannique. Cette nouvelle vocation a été définie lors du sommet de Prague en novembre 2002. Un sommet doublement historique, qui s’est déroulé dans la ville où le Pacte de Varsovie a été dissout (voir encadré) et qui a annoncé la mue de l’Alliance atlantique, l’élargissement de ses compétences. Il n’existe plus de risque de conflit conventionnel en Europe. Mais de nouvelles menaces exigent le maintien d’une défense collective et d’un lien transatlantique fort (terrorisme, prolifération des armes de destruction massive, multiplication des conflits ethniques, effondrement des structures politiques et économiques de certains pays - le terme d’Etats voyous n’a pas été prononcé). Selon un document interne, « ces menaces nouvelles obligent l’OTAN à agir collectivement, tant politiquement que militairement, pour défendre les libertés, la démocratie et le bien-être des populations, assurer la stabilité et la sécurité de ses membres et régler préventivement d’éventuels conflits. Cela est conforme aux principes définis dans le Traité de 1949 ».

Quelles sont ses nouvelles zones d’intervention ?

« Le choix était soit d’être hors-jeu, soit d’être hors zone », résume un diplomate. L’Alliance atlantique a invité de nouveaux pays au sein du Partenariat pour la paix une instance de dialogue créée en 1994 dont les résultats restent théoriques, mais qui institutionnalise des échanges sur des thèmes comme le respect des frontières, le désarmement, la défense des droits de l’homme. Parfois considéré comme une antichambre à l’adhésion, il concerne une vingtaine de pays aussi divers que le Kazakhstan, l’Arménie, l’Ukraine, la Suède ou l’Irlande. Surtout, la Russie et les pays d’Asie centrale en font partie.
L’OTAN a aussi mis en place un « dialogue méditerranéen » avec le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, Israël, l’Egypte, la Jordanie et la Mauritanie. Du fait du conflit israélo-palestinien, cette instance n’a longtemps existé que sur le papier. Elle s’est réunie pour la première fois à Rabat en mars 2006. Une vingtaine de domaines de coopération ont été identifiés - des très pratiques, comme l’unification des procédures de contrôle aérien ou l’échange de cartes météo, aux plus théoriques comme le partage du renseignement antiterroriste. Ce « dialogue méditerranéen » a déjà permis une opération maritime - Active endeavour - où des navires de l’OTAN patrouiller en Méditerranée et autour de Gibraltar. Une centaine de cargos ont été contrôlés - dont l’un était chargé d’immigrants clandestins.
Mais l’intervention la plus spectaculaire est encore celle que l’OTAN a dirigée en Afghanistan à partir d’août 2003. Il s’agit d’une Force multinationale d’interposition, l’ISAF, d’abord déployée autour de Kaboul et désormais présente au nord et à l’ouest du pays. Elle devrait bientôt accroître son terrain vers l’est, là où les talibans sont actifs. Passée de 9 000 à 15 000 hommes, elle a pour mission de pacifier la région, d’aider à la mise en place des nouvelles institutions politiques et de protéger les travaux de reconstruction menés par des ONG.
L’OTAN ne participe évidemment pas au conflit en Irak. Les Etats-Unis l’avaient souhaité mais la France, l’Allemagne et la Belgique, notamment, s’y étaient fermement opposées. Cependant 150 officiers de l’organisation forment, à Bagdad, les nouvelles recrues de l’armée irakienne. De même, depuis le 1er juillet 2005, des avions de l’OTAN assurent un soutien logistique (transport de troupes et de matériels) à la mission de paix menée par l’Union africaine (UA) au Darfour. Il n’est pas question de déploiements de soldats sur le terrain. Mais des officiers de l’OTAN pourraient bientôt seconder l’UA dans des domaines comme le renseignement, la formation ou les communications. C’est la première fois que l’OTAN intervient ainsi en Afrique. Une démarche que Pierre Lellouche, député français (UMP) et président de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN estime « logique. La stabilisation du pourtour de l’Europe, et notamment du monde musulman, vers le Moyen-Orient comme vers la Méditerranée et au-delà, constitue le grand défi de sécurité pour l’OTAN. Celle-ci doit intervenir en amont puisque des événements dans certains pays – le trafic de drogue et la résurgence des talibans en Afghanistan, l’immigration clandestine en Afrique, la montée du fondamentalisme et le trafic d’armes de destruction massives au Moyen-Orient - ont des conséquences directes sur la sécurité de l’Europe et de l’Amérique du nord. L’OTAN est dans son rôle en intervenant dans ces pays ».
En dehors du champ militaire, l’OTAN cherche aussi sa raison d’être dans l’humanitaire. Ses soldats sont intervenus lors du cyclone Katrina, aux Etats-Unis, et du tremblement de terre au Pakistan. L’Alliance atlantique se veut donc désormais sans frontières.

Ces nouvelles missions ont-elles impliqué une réorganisation de l’Alliance atlantique ?

La direction politique est restée inchangée : le Conseil de l'Atlantique nord, basé à Bruxelles, réunit une fois par semaine autour du Secrétaire général les ambassadeurs des 26 pays membres et tient deux réunions par an avec les ministres de la Défense. Un sommet des chefs d’Etat a lieu aussi tous les deux ans. L’OTAN est une organisation intergouvernementale et non pas supranationale. C’est une alliance de pays souverains. Les décisions sont donc prises sur la base du consensus. Quant au commandement militaire, il a évolué vers plus de souplesse et de réactivité. Autrefois, on comptait un commandement militaire pour l’Europe, un autre pour l’Atlantique, ainsi qu’une pléiade de quartiers généraux et d’Etats-majors selon les régions et les armes (terre, air, mer). Désormais, il n’y a plus qu’un seul commandement opérationnel (qui gère les interventions), basé à Mons (Belgique), et un commandement dit de transformation, basé à Norfolk (Etats-Unis) et chargé de concevoir l’adaptation de l’OTAN à ses nouvelles missions. Les bases tactiques et les Etats-majors ont aussi été rationalisés. Au total, on est passé de 20 à 11 centres de commandement militaire.
Autre grand changement annoncé lors du sommet de Prague : la création d’une Force de réaction rapide de 21 000 hommes, capables de se déployer dans un délai de cinq jours pour des missions d’un mois maximum. L’OTAN ne dispose pas de troupes permanentes ; chaque pays membre met à sa disposition un certain nombre d’unités, les principaux contributeurs étant les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne. La fin de la guerre froide a rendu obsolète le besoin de grands régiments accompagnés de chars et de blindés. Plus souple, plus mobile, s’appuyant sur des troupes d’élite équipées de technologies de pointe, cette force mènera des opérations d’évacuation, des raids anti-terroristes, des actions humanitaires, des opérations de maintien de l’ordre ou se déploiera, dans un pays en crise, pour afficher la détermination de l’OTAN. Elle effectuera ses premières manœuvres « grandeur nature » du 1er juin au 12 juillet 2006 au Cap-Vert. Des manœuvres baptisées « Jaguar résolu », qui réuniront 7 100 soldats.

Jean Piel


Les étapes-clés de l’OTAN

4 avril 1949 : Signature à Washington du Traité de l’Atlantique nord par les douze États fondateurs : Canada, États-Unis, Belgique, France, Italie, Danemark, Royaume-Uni, Islande, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège et Portugal. L’objectif est de défendre la paix en Europe contre une éventuelle attaque soviétique. L’article 5 prévoit que l’agression d’un pays membre signifie l’agression de tous les pays membres.
1952 : Adhésion de la Grèce et la Turquie.
1955 : Adhésion de l’Allemagne de l’Ouest. Création du Pacte de Varsovie, pendant de l’OTAN pour les pays du bloc de l’est.
1966 : La France quitte le commandement militaire intégré de l’OTAN pour protester contre la domination des États-Unis, synonyme à ses yeux de perte de souveraineté en matière de politique étrangère.
1982 : Adhésion de l’Espagne.
1991 : Chute de l’URSS. Dissolution du Pacte de Varsovie. Création du Conseil de coopération de l’Atlantique nord, forum de consultation entre l’OTAN et les ex-pays de l’est.
1995 : Première opération militaire contre les Serbes de Bosnie. Après des attaques aériennes, déploiement de troupes au sol pour surveiller le respect du cessez-le-feu conclu à Dayton.
1999 : La République tchèque, la Hongrie et la Pologne sont les premiers pays de l’ancien bloc soviétique à adhérer à l’OTAN. A partir de juin, onze semaines de raids aériens de l’OTAN au-dessus du Kosovo, sans accord de l’ONU.
2001 : Opération de désarmement en Macédoine. Suite aux attentats du 11 septembre, le Secrétaire général de l’OTAN invoque pour la première fois l’article 5 du Traité. Les opérations militaires de l’Alliance sont cependant limitées.
2002 : Création du Conseil OTAN - Russie ; Moscou dispose théoriquement du même pouvoir que les membres de l’Alliance pour définir la politique de lutte contre le terrorisme. En novembre, sommet de Prague où sont annoncées les nouvelles missions de l’OTAN, sa nouvelle structure de commandement et la création d’une force de réaction rapide.
2003 : En février, crise entre les États-Unis d’une part, la France, l’Allemagne et la Belgique d’autre part, sur le rôle de l’OTAN dans le conflit irakien. En août, l’OTAN intervient en Afghanistan, première mission menée en-dehors de ses « frontières ».
2004 : En janvier, l’ancien ministre néerlandais de la Défense, Jaap de Hoop Scheffer, succède à Lord George Robertson comme Secrétaire général. En mars, adhésion de la Bulgarie, de la Roumanie, de la Slovaquie, de la Slovénie et des trois républiques baltes : Lituanie, Estonie et Lettonie. L’OTAN a désormais une frontière commune avec la Russie.
2005 : Aide logistique au Darfour : la première intervention de l’Alliance en Afrique.

(MFI)




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