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| 23/06/2006 | |||
| Codéveloppement : la France tente de rallier ses partenaires européens | |||
| (MFI) Le codéveloppement, destiné à l’origine à contribuer à la maîtrise des flux migratoires en favorisant la coopération avec les pays d’émigration, est devenu une des composantes de la politique d’aide de la France vers l’Afrique et d’autres partenaires du Sud. Avec comme objectif l’élaboration à terme d’une stratégie européenne commune sur le sujet. | |||
| La notion de codéveloppement est apparue en 1997, sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin, avec la mise en place d’une Mission interministérielle au Codéveloppement et aux Migrations internationales, sous l’impulsion du politologue Sami Naïr devenu en 1998 le premier délégué à ce poste. Celui-ci avait, dans un rapport publié en 1997, tracé deux axes principaux : utiliser l’immigration légalement installée comme vecteur permanent d’aide au pays d’origine ; et organiser avec les pays d’origine les nouveaux flux de telle sorte que l’objectif consiste non pas à favoriser leur installation définitive en France, mais leur réinstallation dans le pays d’origine, leur statut devant être temporaire et viser clairement au retour. Le codéveloppement a connu une nouvelle impulsion à partir de 2002 et le retour de la droite au gouvernement avec la création d’un poste d’ambassadeur délégué au codéveloppement, rattaché au ministre délégué à la Coopération. Le processus a connu une progressive mise en œuvre, et a permis d’initier quelques centaines de projets, comme au Mali qui fait figure de pionnier en la matière (v. fiche codéveloppement pour une présentation détaillée). Partenariat obligé Nord/Sud On souligne à Paris que le codéveloppement se situe à la confluence de trois problématiques essentielles : les migrations internationales, la mondialisation, et le développement, et que les défis qui se posent concernent aussi bien les pays du Nord que ceux du Sud. On affirme également que des solutions viables ne pourront être trouvées que dans le cadre du dialogue et du partenariat entre les Etats concernés, en associant les sociétés civiles à ce dialogue. « La participation des migrants et de leurs associations, par le biais du codéveloppement, à notre action d’aide au développement contribue à leur meilleure intégration dans la société française (de par les liens noués avec des services officiels et des associations françaises de solidarité) », souligne une responsable. Qui estime que le FORIM (Forum des organisations de solidarité internationale issues des migrations) est à cet égard « une institution exemplaire, unique au monde, qui est un lieu de concertation entre associations de migrants et administrations françaises sur la politique d’aide au développement ». Critiques et incertitudes Selon le président du FORIM, Chansamone Voravong, géographe à la retraite d’origine laotienne, « Nous en tant que migrants nous voulons être des partenaires au développement aussi bien dans les pays d’origine qu’en France. Nous avons au FORIM une double mission, aider à l’intégration et au développement des pays d’origine ». Il déplore cependant l’état d’esprit qui s’est développé en France et en Europe concernant l’immigration, estimant qu’il était dangereux de se replier sur soi-même. Il regrette aussi que le ton actuel des discussions Europe-Afrique prenne une tournure « pas tout à fait saine », dans un contexte de durcissement sécuritaire. Des responsables français du codéveloppement se montrent toutefois plus optimistes, même si le dialogue inter-européen avance à pas comptés, chacun ayant sa propre conception du codéveloppement. « Il y a un dialogue général qui se fait, qui progresse, sans qu’il y ait une volonté d’imposer une vision. En fait on voit de plus en plus que le migrant a sa place dans le développement et que le codéveloppement marque la prise de conscience de le mettre au centre (des choses)… Cela se fait lentement », est-il indiqué à Paris. Si l’Espagne en particulier montre de l’intérêt aujourd’hui pour l’approche française du codéveloppement, les points de vue restent en effet partagés. Car le problème migratoire ne se présente pas de la même façon dans les différents pays européens, où les stratégies d’aide au développement sont variables en fonction de l’histoire et des objectifs poursuivis. Paris se dit prêt à une coopération avec d’autres pays européens pour faire du codéveloppement en Afrique, mais insiste sur la nécessité d’une participation de l’Union européenne. Marie Joannidis Le codéveloppement vu par Brigitte Girardin (MFI) Morceaux choisis de la Tribune libre de la ministre française déléguée à la Coopération parue dans le quotidien français Les Echos (1). « Ce serait un leurre de chercher à empêcher toute forme d’immigration, alors que celleci constitue une donnée permanente de notre histoire, et répond à des besoins avérés de l’Europe qui, au cours des prochaines années, subira les conséquences d’une démographie insuffisamment dynamique. En revanche, faire de ces migrations internationales une source d’enrichissement équitablement réparti entre pays du Nord et pays du Sud, voilà un objectif que nous devrions tous partager […] Pour y parvenir, une piste nouvelle doit être explorée : celle du « codéveloppement ». Encore trop peu connue, cette idée française est pourtant expérimentée avec succès depuis quelques années, et suscite l’intérêt croissant de nos partenaires européens […] Le premier intérêt du codéveloppement, c’est qu’il prend en compte le phénomène migratoire dans toute sa dimension, qu’il s’agisse de l’immigration clandestine, le plus souvent fondée sur la fuite de la misère, ou de l’immigration légale, composée de personnes qualifiées ou non. […] Aux moins qualifiés, le codéveloppement ne se contente pas de verser une simple aide au retour. Il propose un véritable appui à la réinsertion dans le pays d’origine, par le biais d’une formation et d’une aide financière liée à la création d’une activité pérenne (petit commerce ou agriculture vivrière par exemple), avec un accompagnement local d’un an pendant la phase de démarrage. […] Quant aux plus qualifiés, qu’ils soient cadres, médecins ou ingénieurs, et qui souhaitent demeurer en France où ils sont installés, il s’agit de leur proposer de transmettre leurs compétences à leurs compatriotes, soit au travers de missions de formation de courte durée effectuées dans leur pays d’origine, soit par l’enseignement à distance rendu possible par les nouvelles technologies de l’information et de la communication. […] Le second volet du codéveloppement vise à canaliser l’épargne des migrants vers l’investissement productif dans leur pays d’origine. L’enjeu est considérable, puisqu’on estime à 150 milliards de dollars les transferts que reçoivent chaque année les pays du Sud en provenance de leurs expatriés, ce qui représente le double de toute l’aide publique au développement ! Or, seuls 10 % de ces sommes sont utilisés à des investissements productifs sur place […]. Le codéveloppement constitue une approche nouvelle, originale, portée par la France, et qui permet d’établir un lien entre politiques d’immigration et politiques de coopération. Il s’agit bien d’un complément indispensable à notre politique d’immigration qui rend celleci non seulement acceptable mais profitable pour nos partenaires du Sud. (1) Les Echos, 12 avril 2006 | |||
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