| |||
| 23/06/2006 | |||
| Immigration Afrique-Europe L’Union européenne prône un partenariat poussé | |||
| (MFI) Après les évènements de Ceuta et Mellila d’octobre 2005, l’Union européenne s’est mobilisée pour lutter contre l’immigration illégale en provenance d’Afrique en instaurant un partenariat avec les pays émetteurs et de transit. Retour sur les décisions prises… dont beaucoup restent à mettre en œuvre. | |||
| Depuis le traité d’Amsterdam – entré en vigueur en mai 1999 –, et le Conseil européen de Tampere (Finlande) d’octobre 1999, l’Union européenne (UE) a mis en place pour la première fois une politique commune en matière d’asile et d’immigration. Celle-ci est assurée par la Direction Justice, Liberté et Sécurité (JLS) de la Commission européenne. A sa tête, le commissaire européen Franco Frattini s’est attaché à développer à la fois une politique d’immigration légale – en prônant une politique des quotas selon les besoins du marché du travail – et à lutter contre l’immigration illégale. Les accords de Schengen, signés en 1985 entre cinq pays (Allemagne, Belgique, France, Luxembourg, Pays-Bas) et prévoyant la suppression des contrôles physiques aux frontières intérieures, avaient déjà renforcé la coopération entre Etats membres dans les domaines de la circulation des personnes (visas, immigration, asile), ainsi qu’en matière policière et judiciaire. Aujourd’hui « l’espace Schengen » comprend l’ensemble des pays de l’UE, à l’exception du Royaume-Uni et de l’Irlande qui cependant y participent partiellement, et en ajoutant deux Etats tiers, la Norvège et l’Islande, en raison de leurs liens avec les pays scandinaves membres de l’UE. De Tampere à Hampton Court : renforcer le dialogue avec l’Afrique Fondement de la politique commune européenne en matière d’immigration, le programme de Tampere, d’une durée de cinq ans (1999-2004), est basé sur une approche globale des migrations, conçue en partenariat avec les pays tiers : il s’agit de combattre à sa source l’immigration clandestine – en développant notamment une politique commune en matière de visas –, tout en assurant un traitement équitable aux étrangers en situation régulière et en garantissant le droit de demander l’asile. En novembre 2004, le programme dit de La Haye lui succède et définit de nouvelles orientations pour les cinq prochaines années (2005-2010), en accordant notamment la priorité à la lutte contre l’immigration illégale. Dans ce cadre est notamment décidé de créer l’Agence Frontex (Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures). A partir de janvier 2005, et c’est une étape importante, les mesures relatives au contrôle des frontières et à la lutte contre l’immigration clandestine relèvent, au sein de l’Union, du vote à la majorité qualifiée (et non plus de l’unanimité), en co-décision avec le Parlement européen. En outre, la Commission adopte en septembre 2005 un texte proposant des orientations concrètes liant migration et développement. Les évènements de Ceuta et de Mellila d’octobre 2005 vont inciter la Commission européenne à aller plus loin. Réunis lors d’un Sommet informel à Hampton Court (Royaume-Uni), fin octobre 2005, les chefs d’Etat ou de gouvernement « définissent une liste de priorités d’action afin d’améliorer les migrations au niveau mondial, en accordant une attention particulière à l’Afrique ». Trois types de mesures sont prévues : le renforcement de la coopération opérationnelle entre les Etats membres, le dialogue et la coopération avec l’Afrique ainsi que la coopération avec les pays voisins, plus particulièrement méditerranéens. Toutes les propositions du Sommet de Hampton Court sont avalisées par le Conseil européen, lors du Sommet de Bruxelles qui a lieu en décembre 2005. Dans un document intitulé « Approche globale sur la question des migrations : priorités d’action centrées sur l’Afrique et la Méditerranée », le Conseil européen précise les mesures à prendre. En matière de coopération entre Etats européens, un rôle central est attribué à l’Agence Frontex, qui doit notamment présenter un rapport d’analyse des risques sur l’Afrique, et réfléchir à la mise en place d’un réseau méditerranéen de patrouilles côtières. L’agence, qui a démarré ses activités en novembre 2005, est basée à Varsovie et fonctionne avec 57 personnes pour un budget de 9,9 millions d’euros pour 2006. Le Conseil européen préconise aussi de mettre en place, le plus tôt possible, des réseaux régionaux d’officiers de liaison « immigration », en y associant des pays ou des régions prioritaires. L’UE prévoit également de préparer la conférence des Nations unies sur les migrations internationales et le développement, qui se tiendra en septembre 2006. Des accords de coopération en cours de discussion En ce qui concerne la coopération avec l’Afrique, la sixième réunion ministérielle des troïkas UE/Afrique a eu lieu à Vienne en mai 2006. Il a été notamment décidé à cette occasion de travailler sur une stratégie commune Union européenne/Afrique et de tenir en automne 2006 un premier forum euro-africain des affaires. Des financements supplémentaires vont être accordés dans le cadre du Fonds européen de développement (FED). Concernant plus spécifiquement les questions migratoires, la conférence ministérielle euro-africaine, axée sur la migration et le développement, programmée à Rabat en juillet 2006, permettra de préparer la réunion de l’ONU en septembre 2006 sur ces questions. L’Europe prévoit par ailleurs de mettre en place un partenariat avec le HCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés). L’UE entend d’ores et déjà réaliser des actions prioritaires dans trois pays : le Maroc, l’Algérie et la Libye, ceci afin de les soutenir dans les efforts qu’ils déploient pour améliorer la gestion de leur migration. La conclusion d’accords de réadmission (d’immigrés clandestins) avec les pays d’origine s’avère toutefois difficile à mettre en œuvre. Des négociations sont en cours avec le Maroc et l’Algérie. Comme le reconnaît Franco Frattini, « bien que ces accords soient en théorie réciproques, il est clair qu’en pratique ils servent essentiellement les intérêts de la Communauté ». D’où la nécessité de proposer des incitations suffisamment puissantes pour obtenir la coopération du pays tiers concerné. Isabelle Verdier Contrôle de l’immigration : programmes et coûts (MFI) Plusieurs programmes sont financés par l’Union européenne dans les domaines de la politique d’asile, des visas, de l’immigration et du franchissement des frontières extérieures. Le programme ARGO concerne des projets de coopération entre autorités nationales chargées des politiques d’immigration : 5,2 millions d’euros sont prévus pour 2006. En 2005, le programme ARGO a subventionné 21 projets (dont deux dans le cadre d’un mini-programme pour aborder les problèmes posés par l’immigration illégale par mer dans le bassin de la Méditerranée) à hauteur de 5,1 millions d’euros. ARGO a permis de réaliser des opérations conjointes de contrôles aux frontières terrestres, maritimes ou aériennes. C’est dans ce cadre que l’Espagne a obtenu une subvention pour renforcer la surveillance maritime dans ses efforts de prévention de l’immigration illégale par mer, notamment en provenance de Mauritanie. ARGO a également permis l’expérimentation de délivrance et de contrôle des visas biométriques. Le programme INTI, créé en 2003, est destiné pour sa part à financer des actions visant à promouvoir l’intégration des ressortissants des pays tiers. Cinq millions d’euros seront débloqués dans ce cadre en 2006. Un autre projet appelé « Sea Horse » (Cheval marin), mis en place début 2006 et destiné à lutter contre l’immigration clandestine des pays de la côte ouest-africaine à destination de l’Europe, dispose d’un budget initial de 2 millions d’euros. A partir de 2007, il est prévu de mettre en place un nouveau programme-cadre intitulé « Solidarité et gestion des flux migratoires pour la période 2007-2013 », constitué de quatre fonds (Fonds européen pour les réfugiés, Fonds pour l’intégration des ressortissants des pays tiers, Fonds pour les retours et Fonds pour les frontières extérieures) qui couvrira tous les besoins dans ces domaines. I. V. | |||
|