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| 23/06/2006 | |||
| France « L’immigration choisie », une inflexion vers l’immigration de travail | |||
| (MFI) Après la loi du 26 novembre 2003 contre l’immigration clandestine, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a présenté fin mars 2006 un nouveau projet de loi prônant une « immigration choisie » qui vise, entre autres, à attirer des étrangers répondant à des besoins identifiés. Cette dernière réforme, qui consolide également la lutte contre l’immigration illégale, s’inscrit dans une longue lignée de textes élaborés au gré des alternances politiques. | |||
| Texte fondateur de la politique de l’Etat en matière d’immigration, l’ordonnance du 2 novembre 1945 sur les conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France a été modifiée de nombreuses fois au gré des aléas de la vie politique et économique. A la suite du choc pétrolier de 1974, et avec l’apparition du chômage, le président Valéry Giscard d’Estaing met en place une politique visant à l’arrêt de toute nouvelle immigration. En juillet 1974, le gouvernement suspend officiellement l’immigration des travailleurs – une mesure qui s’appliquera jusqu’en 1977. En 1980, la loi Bonnet donne à l’administration la possibilité concrète de renvoyer les étrangers en situation irrégulière. Arrivée au pouvoir en 1981, la gauche assouplit les conditions d’expulsion, mais maintient dans le même temps la rétention des étrangers en instance de départ forcé. Elle procède aussi à une vague de régularisations (142 000 personnes) et crée en 1984 une carte de résident valable dix ans dont le renouvellement est automatique. De retour au gouvernement en 1986, la droite, avec Charles Pasqua comme ministre de l’Intérieur, revient sur un grand nombre de ces dispositions, jusqu’au retour de la gauche : en 1989, la loi Joxe libéralise les règles relatives au séjour et à l’expulsion. A son retour aux affaires après les législatives de 1993, Charles Pasqua fait adopter par le Parlement des lois réformant le code de la nationalité et restreignant les possibilités de regroupement familial. De nouveau au pouvoir en 1998, la gauche crée une carte « vie privée et familiale » et opère une nouvelle régularisation massive (90 000 personnes). Nicolas Sarkozy, nommé ministre de l’Intérieur dans le gouvernement issu des élections de mai-juin 2002, annonce fin 2003 une réforme d’ensemble de la politique d’immigration à deux volets : une loi concernant les procédures d’asile et une autre visant à lutter contre l’immigration clandestine. Ce dernier texte prévoit la création d’un fichier des empreintes digitales des demandeurs de visas, l’instauration d’un contrôle des attestations d’accueil et une durée de vie commune d’un à deux ans pour les couples mixtes qui veulent obtenir la carte de résident afin de lutter contre les mariages blancs. Il institue un délit d’organisation ou de participation à un mariage de complaisance et prolonge la durée de rétention préalable à l’exécution forcée des mesures d’éloignement. La loi de novembre 2003 comprend aussi des mesures destinées à améliorer l’accueil et l’intégration des étrangers en situation régulière sur le territoire français en subordonnant la délivrance de la carte de résident à un critère d’intégration. Parallèlement, un Haut Conseil à l’Intégration (HCI) avait été créé en octobre 2002. Cette instance comporte un Observatoire des statistiques de l’immigration et de l’intégration, créé en juillet 2004, dont le premier rapport en 2005 regroupe pour la première fois des données chiffrées émanant de l’ensemble de l’administration française : visas d’entrée, séjours des étrangers en France, asile, acquisitions de la nationalité française en 2002-2003. Le Comité interministériel à l’intégration (CII), créé en 1989, est également réactivé. Il suggère un certain nombre de mesures, comme l’instauration du Contrat d’accueil et d’intégration (CAI) pour les nouveaux arrivants, ou un plan d’action pour l’intégration des personnes issues de l’immigration dans les chaînes de télévision publiques. Lancé en 2004, le projet d’une « Cité nationale de l’histoire de l’immigration » – centre de ressources dédié à l’histoire et aux cultures des populations étrangères venues en France – devrait aboutir en 2007. Et une nouvelle structure a été créée en janvier 2005 : l’Agence nationale d’accueil des étrangers et des migrations. Rouvrir l’immigration de travail Le projet de loi présenté en mars 2006 par Nicolas Sarkozy propose de promouvoir une « immigration choisie et une intégration réussie ». Le texte, qui a été adopté par l’Assemblée nationale le 17 mai 2006 et par le Sénat le 16 juin 2006, devait être finalisé dans le cadre d’une commission mixte paritaire. L’idée nouvelle de ce projet de loi est de rouvrir l’immigration de travail. Une réflexion avait été lancée dans ce domaine par le Centre d’analyse stratégique (CAS). Dans un rapport intitulé « Besoins de main d’œuvre et politique migratoire » paru début 2006, le CAS avait souligné qu’en 2005 l’immigration pour motif de travail avait concerné seulement 11 400 personnes, soit 7% des flux migratoires accueillis par la France. Le rapport du CAS préconise un « recours accru et ciblé à l’immigration extra-communautaire dans les secteurs faisant face à des tensions structurelles » (bâtiment, travaux publics, industrie mécanique, hôtellerie, restauration, hôpitaux). Il estime aussi nécessaire de faciliter la venue de travailleurs saisonniers ainsi que de personnels très qualifiés, en facilitant en particulier l’accès au marché du travail des étudiants étrangers ayant achevé leur formation. Le projet de loi prend en compte ces recommandations en créant une carte de séjour de trois ans, baptisée « Compétences et talents » pour les étrangers dont « la personnalité et le talent constituent des atouts pour le développement et le rayonnement de la France » (article 12). Toutefois un amendement du Sénat prévoit de limiter le renouvellement de cette carte à une fois pour ceux de ses titulaires qui proviennent d’un pays membre de la zone de solidarité prioritaire, c’est à dire les principaux pays africains. En outre, les titulaires issus de la zone de solidarité prioritaire doivent s’engager à apporter leur concours à une action de coopération ou d’investissement économique définie par la France avec le pays dont ils ont la nationalité. Il est aussi prévu l’octroi d’une carte de séjour temporaire pour l’exercice d’une activité professionnelle salariée dans un métier et une zone géographique caractérisés par des difficultés de recrutement (article 10). Concernant le volet intégration, le projet de loi mène à son terme la généralisation du Contrat d’accueil et d’intégration (CAI) ainsi que celle de la condition d’intégration pour la délivrance de la carte de résident. Les CAI, qui s’appliquent depuis le 1er janvier 2004 à tout le territoire français, comportent des engagements réciproques qui sont, pour le nouvel arrivant, de respecter les lois et les valeurs de la République, de suivre la formation civique et, pour l’Etat français, d’organiser l’accès aux droits individuels et à l’apprentissage de la langue. A la date du 31 décembre 2005, plus de 45 000 étrangers primo-arrivants avaient signé un CAI. Le projet de loi 2006 prévoit par ailleurs de rendre obligatoire l’organisation d’une cérémonie d’accueil dans la citoyenneté française. La lutte contre l’immigration illégale est poursuivie dans le projet de loi. Pour combattre ce phénomène, le projet de loi comporte des mesures qui vont dans le sens d’un durcissement comme de nouvelles restrictions apportées aux conditions du regroupement familial et à l’attribution d’un titre de séjour ou de la nationalité française aux conjoints de Français. La disposition qui prévoyait la délivrance automatique d’un titre de séjour à tout étranger présent en France depuis dix ans est également supprimée. Isabelle Verdier Les chiffres de l’immigration africaine (MFI) La population africaine en France reste largement dominée par les ressortissants du Maghreb. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur français, on comptait 1,2 million Africains titulaires d’un titre de séjour au 31 décembre 2005. Sur ce total, les Maghrébins arrivent largement en tête, avec en première position les Algériens (565 448), puis les Marocains (469 973) et les Tunisiens (170 794). Viennent ensuite les ressortissants des pays francophones d’Afrique de l’ouest : Sénégal (49 789), Mali (45 503), et Côte d’Ivoire (31 685). Puis ce sont ensuite les pays d’Afrique centrale : Cameroun (31 253), et Congo (24 655). La République démocratique du Congo (RDC) compte pour sa part 36 737 ressortissants et les Comores 10 956. | |||
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