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21/07/2006
Questions internationales / Proche-Orient (2)
Vers un embrasement régional ?


(MFI) Aux violences inter-palestiniennes succède une intervention militaire israélienne dans les Territoires, tandis que l’enlèvement de deux soldats par le Hezbollah pousse Tsahal à lancer une offensive contre le Liban. La région semble à la veille d’une nouvelle guerre. La communauté internationale s’inquiète.

Comment la communauté internationale apprécie-t-elle la situation actuelle dans les territoires palestiniens ?

Les Palestiniens paient cher leur vote en faveur du Hamas aux élections législatives. D’un montant de 2,2 milliards de dollars, le budget palestinien reçoit 790 millions de droits de douane via Israël, environ 600 millions d’aides européennes et 400 millions d’aides américaines. Les 3/4 de ces recettes ont donc été gelées d’un coup. Peu d’Etats au monde survivraient à un tel traitement. Certes l’aide humanitaire de l’Union européenne (UE), environ 100 millions, a été maintenue, tout comme celle des organisations internationales (Unicef, OMS…).
Pour le chercheur Sylvain Cypel, « il y a une volonté évidente des Etats-Unis et d’Israël d’empêcher le Hamas de gouverner. L’asphyxier financièrement constitue un moyen. Washington a suspendu son aide cinq jours seulement après les législatives, sans laisser le temps au Hamas de faire ses preuves. Le Hamas respecte pourtant depuis un an un cessez-le-feu avec Israël, et le fossé se creuse entre son discours et sa pratique. Certes en refusant de condamner l’attentat de Tel-Aviv le 17 avril dernier, il tend les verges pour se faire battre ».
Pour reprendre leur aide financière, les Etats-Unis et l’UE posent trois conditions : la reconnaissance d’Israël, le respect des accords d’Oslo et la renonciation à la violence. Des conditions inacceptables pour le Hamas. « Il devrait s’agir d’objectifs politiques, pas de préalables non négociables », commente Sylvain Cypel. Pour Raji Sourani, président du Centre palestinien pour les droits de l’Homme : « Paradoxalement la politique américaine renforce le Hamas. Quel plus beau titre de gloire, dans les Territoires, que d’être vilipendé par Israël et Washington ? »
Le Hamas affirme qu’il ne cédera pas au chantage financier et appelle à l’aide les pays arabes (qui n’ont guère répondu jusqu’à présent). Mais il reste impuissant face à la dégradation de la situation : les médicaments, la nourriture, l’essence manquent. Les hôpitaux et les écoles tournent au ralenti. La violence se poursuit. De l’avis de tous les spécialistes pourtant, il ne sert à rien de parier sur un échec des islamistes. Le Hamas ne représente pas un épiphénomène, au contraire, il est profondément ancré dans la société palestinienne, via la religion et son réseau caritatif.

Quel est le véritable objectif de l’intervention militaire israélienne dans les Territoires ?

Opération militaire ciblée ou engagement politique contre le Hamas ? C’est toute la question. Le 27 juin, les forces israéliennes ont lancé l’opération Pluie d’été contre la bande de Gaza, officiellement pour obtenir la libération d’un des leurs, le caporal Gilad Shalit, capturé par un groupe armé palestinien deux jours auparavant, et pour faire cesser les tirs de roquette depuis Beit Hanoun et Beit Lahiya vers Israël. Raids aériens, appuis de blindés, troupes au sol... Ehoud Olmert, le Premier ministre israélien, s’est dit prêt à « user de moyens extrêmes ». Le 9 juillet, il évoque même « une guerre sans limite de temps ». De son côté, Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, dénonce « une punition collective et des crimes contre l’humanité ».

Assiste-t-on à un embrasement de toute la région ?

Le climat de guerre dans la région connaît une nouvelle étape le 12 juillet lorsque le Hezbollah, mouvement chiite libanais, lance une opération militaire sur la frontière israélo-libanaise, se soldant par l’enlèvement de deux soldats israéliens et la mort de huit autres. Tsahal réplique alors par une offensive aérienne et terrestre contre le sud du Liban, pour la première fois depuis son retrait du pays du Cèdre en mai 2000. Baptisée « Riposte méritée », l’offensive israélienne provoque un blocus du Liban : les ports et les routes sont bombardés, de même que l’aéroport de Beyrouth. Les quartiers sud de la capitale libanaise – majoritairement chiites – sont les premiers visés, tout comme les localités de la plaine de la Bekaa. Armé par la Syrie et l’Iran, le Hezbollah tire de nombreuses roquettes sur les villes israéliennes de Haïfa et Tibériade.
Face à cette quasi-guerre, la communauté internationale semble impuissante. Réuni en sommet à St Petersbourg, le G8 a appelé toutes les parties à la retenue, tandis que la France condamnait un « acte de guerre disproportionné ». En Israël, la presse est divisée. Pour le Yediot Ahoronot : « Ehoud Olmert a eu raison de qualifier d’acte de guerre l’attaque du Hezbollah contre des soldats défendant la souveraineté de la frontière nord d’Israël. Si le Hamas et le Hezbollah gagnent ce conflit, cela sonnera le glas de l’existence d’Israël ». Mais pour le quotidien de gauche Ha’Aretz : « Il faut éviter une nouvelle guerre du Liban. Israël ne doit pas glisser dans un conflit en raison de l’enlèvement de soldats. Ne cédons pas au cycle provocation-répression ». De son côté, An-Nahar affirme que « Face à l’opération Pluie d’été dans les Territoires, le Hezbollah a voulu soulager le Hamas en ouvrant un nouveau front pour l’armée israélienne ». Et le quotidien égyptien de rappeler que le Hezbollah est proche de la Syrie et de l’Iran, tout comme les éléments les plus radicaux du Hamas.

Jean Piel


Vingt ans d’histoire du Hamas

Cette chronologie ne prétend pas retracer l’histoire des mouvements palestiniens, encore moins celle des relations israélo-palestiniennes. Il s’agit des dates-clés concernant le Hamas, et surtout les principaux évènements qui ont conduit au référendum du 26 juillet prochain.


1987 : Ancien membre des Frères musulmans, le cheikh Ahmed Yassine crée à Gaza le Mouvement de la résistance islamique, dont l’acronyme arabe est Hamas.
1988 : La charte du Hamas prône l’instauration d’un Etat islamique sur toute la Palestine et la destruction d’Israël.
1990 : Le Hamas crée sa branche armée : Ezzedine al-Kassam.
1993 : Il se prononce contre la signature des accords d’Oslo par l’OLP.
1996 : Le Hamas refuse de participer aux premières élections palestiniennes. Il commet deux attentats-suicides qui favoriseront le succès du Likoud aux élections législatives israéliennes.
2001 : Le Hamas multiplie les attentats-suicides contre Israël.
2002 : Il est classé « organisation terroriste » par les Etats-Unis et l’UE.

2004
2 février : Le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, annonce son intention de démanteler les colonies de la bande de Gaza.
Mars-avril : L’armée israélienne assassine successivement le chef spirituel et le chef politique du Hamas, cheikh Ahmed Yassine et Abdelaziz al-Rantissi.
13 juillet : L’envoyé spécial de l’Onu dans les territoires palestiniens critique sévèrement Yasser Arafat, estimant que la situation dans les Territoires « tourne progressivement au chaos ».
18 août : Devant le Conseil législatif palestinien, Yasser Arafat reconnaît des erreurs « inacceptables » de son gouvernement et promet d’engager des réformes.
11 novembre : Mort de Yasser Arafat à Paris.
16 novembre : Le chef du Hamas à Gaza, Mahmoud Zahar, annonce que son mouvement boycottera l’élection présidentielle de janvier.

2005
9 janvier : Mahmoud Abbas, un proche de Yasser Arafat, est élu à la tête de l’Autorité palestinienne.
27 janvier : Elections municipales dans la bande de Gaza ; le Hamas sort grand vainqueur contre le Fatah de Mahmoud Abbas.
8 février : Sommet Abbas-Sharon ; les deux hommes proclament la fin des violences entre Israéliens et Palestiniens.
5 mai : Série d’élections municipales partielles à Gaza et en Cisjordanie ; le Hamas s’impose dans les grandes villes.
22 août : Fin de l’évacuation des colons israéliens de Gaza, conformément au plan de retrait d’Ariel Sharon.
7 septembre : Israël annonce son refus de voir le Hamas participer aux élections législatives du 25 janvier suivant.
12 septembre : Départ des derniers soldats israéliens de la bande de Gaza. Ce retrait israélien est perçu par les Palestiniens comme un succès de « la résistance armée à l’occupation », donc du Hamas.
15 décembre : Le Hamas devance largement le Fatah dans les principales villes de Cisjordanie à l’occasion de nouvelles élections municipales partielles.

2006
25 janvier : Le Hamas remporte la majorité absolue aux élections législatives, avec 76 sièges sur les 132 que compte le Conseil législatif palestinien, contre 43 sièges pour le Fatah. Le Hamas n’avait aucun député auparavant.
29 janvier : Le Hamas confirme son refus de reconnaître Israël, mais affirme qu’une trêve à long terme est possible.
7 février : Il propose au Fatah de participer au gouvernement.
19 février : Israël annonce qu’il cesse de verser les taxes dues à l’Autorité palestinienne, correspondant aux droits de douane sur les produits importés dans les Territoires et transitant par Israël.
21 février : Ismaïl Haniyeh, considéré comme un modéré du Hamas, est chargé de former le gouvernement.
7 mars : Israël avertit que le Premier ministre palestinien n’est pas à l’abri d’une élimination physique si son mouvement défend toujours le terrorisme.
19 mars : Le Fatah renonce à participer au gouvernement. Mahmoud Abbas appelle à une paix négociée avec Israël que refuse le Hamas.
7 avril : l’UE suspend son aide directe au gouvernement palestinien.
17 avril : Un attentat revendiqué par le Jihad islamique fait neuf morts à Tel-Aviv. Le Hamas refuse de le condamner.
Avril-mai : Des affrontements violents entre militants du Hamas et du Fatah font plusieurs morts à Gaza. On évoque le spectre d’une guerre civile inter-palestinienne.
10 mai : Pour sortir de la crise, des responsables palestiniens emprisonnés en Israël proposent un gouvernement de coalition Fatah-Hamas, la fin des attaques contre Israël et la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967.
25 mai : Mahmoud Abbas annonce que faute d’un accord Hamas-Fatah, il organisera un référendum sur le document rédigé par les prisonniers palestiniens.
5 juin : Echec des discussions inter-palestiniennes. Les violences s’étendent à la Cisjordanie.
9 juin : Sept civils palestiniens sont tués sur une plage de Gaza par un tir de missile imputé à Israël.
10 juin : Mahmoud Abbas fixe au 26 juillet la date du référendum sur le document d’entente nationale. Le Hamas dénonce un « coup d’Etat ».
27 juin : Israël lance l’opération « Pluie d’été » contre Gaza pour récupérer un de ses soldats capturé deux jours auparavant. 64 responsables du Hamas sont arrêtés.
8 juillet : Israël rejette l’offre de cessez-le-feu d’Ismaïl Haniyeh tant que le caporal Gilad Shalit n’aura pas été libéré.
12 juillet : Le Hezbollah libanais mène une opération militaire contre Israël. Tsahal réplique en bombardant le sud de Beyrouth. Crainte d’un conflit régional.



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