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| 18/08/2006 | |||
| Questions internationales (1) : Cuba | |||
| Cuba sans Fidel Castro Le 31 juillet, Fidel Castro, à la tête de l’Etat cubain depuis 1959, annonçait « déléguer provisoirement » le pouvoir à son frère Raul, suite à des ennuis de santé. Il serait atteint d’un cancer du colon. Depuis, les spéculations vont bon train sur l’avenir politique de la grande île. Fidel Castro a-t-il organisé sa propre succession ? Le dirigeant cubain a plusieurs fois évoqué sa succession ces dernières années. Dans un récent discours, il avait même donné l’impression de douter de l’avenir du régime : « Quand les anciens commenceront à disparaître et qu’il faudra faire place à de nouvelles générations de dirigeants, que se passera-t-il ? Peut-on faire en sorte que le processus révolutionnaire soit irréversible ? Il n’est pas exclu que le pays s’autodétruise ». Pour Fidel Castro, seul pouvait lui succéder son frère Raul, en tant que premier vice-président, conformément à l’article 94 de la Constitution. C’est donc ce qui se passe aujourd’hui, même si officiellement la retraite du « Lider Maximo » n’est que temporaire. Mais de l’avis des observateurs, Fidel Castro ne reviendra pas à la tête de l’Etat ou y reviendra affaibli. De toute façon, la question de la succession d’un homme qui a célébré ses 80 ans le 13 août se pose inéluctablement. Depuis plusieurs semaines déjà, la presse de La Havane multiplie les reportages élogieux sur Raul, dernier-né de la famille Castro, qui jusqu’à présent était resté dans l’ombre de son encombrant grand frère. « Comme la Corée du nord, Cuba met en place une succession dynastique dans un régime communiste. Un homme de 80 ans atteint d’un cancer du colon est remplacé par son frère de 75 ans, touché par un cancer du pancréas, alcoolique notoire et sans charisme aucun. Et les habitants –dont 75 % n’ont connu que Fidel comme dirigeant- ont trop peur pour réagir », se désole de son côté Jacobo Machover, auteur de Cuba, totalitarisme tropical. Néanmoins Raul n’est pas seul aux commandes. Il est entouré d’un conseil des ministres de six membres, tous désignés par Fidel Castro avant sa vacance du pouvoir et tous connus pour leur loyauté à l’égard du chef historique des Barbudos. Tous appartiennent également à une instance plus large. Fin juin en effet, le congrès du Parti communiste – qui n’avait pas été convoqué depuis 1997 – a réhabilité le secrétariat du comité central qui avait été supprimé en 1991. Raul Castro a lui-même déclaré que « l’unique et digne héritier de mon frère est le Parti communiste ». Pour les diplomates et les spécialistes de la grande île, ce comité central inaugure une direction collective et rajeunie du pays jusqu’au décès du Lider Maximo , et peut-être même des années après. Qui compose le pouvoir dirigeant ? On retrouve parmi les douze membres du comité central la famille (les deux frères Castro, et en cas de décès des fils de Fidel et un gendre de Raul se tiennent prêts), la vieille garde révolutionnaire incarnée par le vice-président Carlos Lage et José Ramon Machado Ventura, le gardien de l’orthodoxie castriste, et surtout huit personnalités de moins de 50 ans, que d’aucuns surnomme les Talibans car ils sont passés directement de l’université aux responsabilités politiques. Parmi eux, le ministre des Affaires étrangères, Felipe Perez Roque, qui intervient sur de nombreux dossiers ; Ricardo Alarcon, le président de l’Assemblée populaire, considéré comme le plus proche des Etats-Unis ; Otto Rivero, le leader de l’Union des jeunes communistes ; Francisco Soberon, le patron de la Banque centrale ; le journaliste Rogelio Polanco et Carlos Manuel Valenciaga, le secrétaire particulier de Fidel Castro. Reste à savoir comment tous travailleront ensemble lorsqu’ils ne seront plus unis par l’ombre du dirigeant historique. Certains analystes estiment que Raul, personnage falot et peu populaire, ne sera qu’une marionnette dans les mains de ce comité. Mais pour l’universitaire américain David Gonzalez « Raul Castro est discret, pas idiot. C’est un pragmatique, favorable à un rapprochement avec Washington. Depuis le début du régime castriste, Raul est l’organisateur, celui qui fait tourner la machine, tandis que Fidel est le visionnaire charismatique, le chef révolutionnaire. Il dispose de la légitimité ; rien ne se fera sans lui. Et il a en main un atout de taille : il est ministre de la Défense depuis 1959 ». Or l’armée va jouer un rôle essentiel dans la transition. Elle est non seulement le garant de l’ordre – et de la répression en cas de manifestations – mais aussi de la sécurité des frontières pour freiner de possibles exodes, et surtout un acteur-clé de l’économie. Elle contrôle les secteurs de l’informatique, des télécommunications, du tourisme… Elle possède les plus grandes fermes du pays, des entreprises de transport, les célèbres cigares Habanos. Soit 322 sociétés, 20 % de la main d’œuvre et 89 % des exportations. Ses activités sont contrôlées par une holding, Gaesa, dirigée par Luis Alberto Rodriguez qui n’est autre que le gendre de Raul Castro. Quelle politique devrait mener ce nouveau comité central ? Pas de virage à 180°. De l’avis de tous les spécialistes, la transition vers un régime démocratique sera longue et douloureuse. Le nouveau pouvoir va chercher à assurer son emprise sur le pays, ne serait-ce que pour contrer d’éventuelles visées américaines. Les dissidents redoutent même une aggravation de la répression de la part d’un régime qui, privé de son dirigeant historique, ne voudra pas donner l’impression de ne pas contrôler la situation. Mais une timide ouverture n’est pas exclue, via la société civile (associations, Eglises, Ong…). « Ce sera au peuple cubain de décider de son avenir. Aucune solution ne devra être imposée de l’extérieur », défend le dissident Oswaldo Paya. Pour Ileana de la Guardia, aujourd’hui en exil, « il n’est pas exclu qu’une fois le chef disparu, des dissensions éclatent entre clans rivaux au sommet de l’Etat. On peut imaginer des échauffourées entre ceux qui veulent des changements rapides et les partisans du statu-quo. Mais je pense que les seconds l’emporteront. On va s’installer dans une dictablanca, une dictature molle, couplée à la signature d’un accord de sécurité avec Washington. Le chemin vers la démocratie prendra des années ». On dit Raul Castro séduit par le modèle chinois : libéralisme économique et fermeté politique. Dans un pays où le Pnb/tête est d’environ 200 dollars par mois, les Cubains pourraient donc améliorer leur niveau de vie en louant des chambres, en faisant le taxi, voire en créant des entreprises. Autant d’initiatives autorisées juste après la chute de l’allié soviétique, mais de nouveau interdites depuis 2004. Cette politique pourrait permettre de consolider un taux de croissance qui flirte avec les 10 % au moment où les devises apportées par le tourisme et l’aide généreuse du Venezuela d’Hugo Chavez contribuent à relancer une économie il y a peu encore en plein marasme. Comme le résume l’écrivain Leonardo Padura : « L’après-Castro pourrait être plus facile pour les Cubains. Mais Cuba sans Fidel est difficile à imaginer. On ne peut pas exclure un scénario catastrophe. La question de l’avenir de l’île est la plus posée par les adeptes d’Orula, le dieu du panthéon Yoruba et afro-cubain, qui possède des dons de divination. Mais il paraît qu’Orula ne répond jamais ». Jean Piel Repos en coulisse ou sortie de scène définitive ? Le flou règne autour de l’état de santé de Fidel Castro, alimentant les rumeurs N’est-on pas en train « d’enterrer » Fidel Castro un peu trop vite ? C’est la première fois, depuis son arrivée à la tête de Cuba le 1er janvier 1959, que Fidel Castro se place ainsi en vacance du pouvoir. Par contre ce n’est pas son premier accident de santé. En 2001, il avait perdu connaissance en plein discours, et en 2004 il avait fait une mauvaise chute. Rien de terrible pour un homme à l’emploi du temps surchargé qui a fêté ses 80 ans le 13 août. En novembre 2005, il prononçait encore un discours de cinq heures à l’université de La Havane, avant de discuter avec les étudiants jusqu’à l’aube. Discours dans lequel il démentait être atteint de la maladie de Parkinson comme l’affirmaient les Etats-Unis. Des déclarations contradictoires Mais des sources concordantes évoquent des difficultés croissantes à marcher, des « absences » fréquentes, une fatigue permanente. Les symptômes décrits laissent deviner aux spécialistes un cancer du colon. Fidel Castro avait prévenu qu’« en raison des plans de l’empire américain, mon état de santé devient un secret d’Etat qui ne peut être divulgué constamment ». Mais les déclarations contradictoires de son entourage suscitent des interrogations. Le vice-président, Carlos Lage, assure que « Fidel Castro ne souffre d’aucun cancer ; il reprendra ses fonctions dans quelques semaines », alors que Roberto Fernandez Retamar, membre du Conseil d’Etat, « n’imagine pas un retour avant plusieurs mois ». Les diplomates en poste à La Havane n’ont pas été surpris par cette retraite du Lider Maximo ; différents signes montraient qu’il se passait quelque chose à la présidence ces dernières semaines. Pour sa part, l’écrivain cubain en exil, Zoé Valdez, estime que « Fidel Castro est bien capable de récupérer rapidement et de nous infliger à nouveau des discours de cinq heures ». Diplomatique, sa maladie ne servirait qu’à faire du battage autour de son 80ème anniversaire et à tester les fidélités au sein de l’appareil d’Etat... Reste que, même s’il revient sur le devant de la scène, Fidel Castro sera probablement affaibli, et à 80 ans on est de moins en moins éternel. Lui-même l’a dit : « je ne compte pas rester au pouvoir jusqu’à 100 ans ». | |||
| J. P. | |||
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