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17/01/2007
Questions internationales (1)
Dix ans à la tête de l’Onu


(MFI) Kofi Annan a quitté le poste de secrétaire général des Nations unies qu’il occupait depuis dix ans. Pour nombre d’observateurs, le diplomate ghanéen a été l’un des meilleurs « patrons » de l’Onu. Il aura en tout cas marqué l’histoire de l’organisation. Retour sur dix ans de missions, de succès et d’échecs.

Peut-on définir un « style de fabrique » propre à Kofi Annan ?

A son arrivée à la tête de l’Onu, Kofi Annan – diplomate de longue date ardemment soutenu par Washington – devait faire oublier ses échecs au Rwanda et en Bosnie alors qu’il dirigeait les opérations de maintien de la paix. Il va rapidement y parvenir. Non seulement par son style lisse mais ferme, sa magie du verbe et sa capacité de persuasion, mais aussi en définissant de nouvelles priorités à l’organisation : hausse des budgets en faveur du développement de l’Afrique, de la protection des femmes, de la lutte contre le sida. Il milite aussi pour le droit d’ingérence humanitaire, la défense de l’environnement, un partage plus équitable des fruits de la mondialisation, une meilleure protection des civils durant les conflits. Des idées qui se traduisent par un rapide développement de UNaids, le programme inter-agences de la lutte contre le sida qui avait été créé en 1996, l’acceptation formelle par les Etats qu’ils ne peuvent pas invoquer leur souveraineté pour laisser commettre des génocides, le recours croissant par l’Onu à des sanctions économiques non seulement contre des Etats mais aussi contre des mouvements rebelles, la hausse de 50 milliards de dollars des budgets de lutte contre la pauvreté… Le nouveau secrétaire général sort du rôle de « premier fonctionnaire des Nations unies » au service des Etats, pour accorder davantage d’attention à la société civile et aux problèmes sociaux.

Quelles ont été ses principales actions en matière de résolution des conflits ?

L’actuelle guerre en Irak l’a fait oublier, mais en 1998 Kofi Annan a réussi une médiation remarquée à Bagdad, empêchant une guerre contre les Etats-Unis qui apparaissait inéluctable. A son retour au siège de l’Onu à New York, il eut droit à une standing ovation des employés. Un an après, l’intervention de l’Onu au Timor-Leste met un terme à la guerre civile et favorise l’accès à l’indépendance de l’ancien territoire indonésien. Entre son implication croissante dans des questions sociales à dimension internationale (lutte contre le sida, défense de l’environnement…) et plusieurs médiations réussies, Kofi Annan s’impose comme un acteur de la diplomatie incontournable. En 2001, il reçoit le prix Nobel de la paix. Celui que certains surnommaient avec mépris « l’Africain de service » est devenu le « sorcier ghanéen », celui qui incarne la « voix morale des Nations unies ».
Ces cinq dernières années, le nombre de casques bleus dans le monde est passé de 20 000 à près de 100 000. Des casques bleus qui ont vu leur mission s’élargir ; ils ne se contentent plus de faire respecter un cessez-le-feu, mais participent au désarmement des belligérants, à la réfection de routes, d’écoles et d’hôpitaux, à l’organisation d’élections… De même, ils peuvent riposter, non seulement lorsqu’ils sont attaqués, mais aussi désormais pour protéger les civils. La paix revient au Mozambique, en Angola, en Sierra Leone, au Liberia, en Haïti, au Timor-Leste ; des élections ont été supervisées par l’Onu au Burundi, en RDC, en Afghanistan, au Cambodge, au Salvador, en ex-Yougoslavie… On compte aujourd’hui cinq fois moins de victimes de guerres qu’au cours des années quatre-vingt-dix.


Des succès certes, mais des échecs, aussi ?

Les échecs sont inévitables lorsqu’on dirige l’Onu. Pour Kofi Annan, ils vont apparaître d’autant plus cinglants que le personnage est brillant et que son premier mandat avait impressionné même les plus sceptiques. Certains regrettent que nombre de ses discours sur des thèmes comme les droits de l’homme, la lutte contre la misère, la protection de l’environnement… constituent certes des aiguillons dans la carapace des gouvernements, mais restent sur le mode incantatoire. Les nouveaux programmes et les hausses substantielles de budgets sont là, mais il reste tant à faire.
Surtout, malgré ses efforts de médiation et le soutien de la majorité des pays, Kofi Annan n’arrivera pas à empêcher la guerre en Irak en 2003. Une guerre qu’il qualifiera d’« illegal », à la grande fureur des milieux conservateurs américains. Mais cet échec signe la faiblesse des Nations unies qui ne peuvent rien contre la volonté du plus puissant de leurs membres. En août de la même année, un attentat contre le siège de l’Onu à Bagdad fait 22 morts, dont l’un de ses collaborateurs les plus estimés, Sergio Vieira de Mello.
Puis 2004 ressemble à un cauchemar pour le secrétaire général. L’Onu est accusée de corruption, de détournement de fond et d’incompétence dans la conduite du programme Pétrole contre nourriture qui vise, depuis 1997, à atténuer les effets de l’embargo en Irak. La commission d’enquête n’épargne pas Kofi Annan qui se voit reprocher des « erreurs de gestion substantielles ». Son fils, Kojo, est personnellement mis en cause, accusé d’avoir abusivement utilisé de son patronyme pour décrocher des contrats. Kofi Annan, qui ne souffre pas qu’on doute de sa probité, est profondément affecté. La même année, des casques bleus sont accusés d’abus sexuels en Afrique, déclenchant une crise morale à l’Onu.
L’année 2005 ne se présente guère sous de meilleurs auspices. A l’occasion du 60e anniversaire de l’Onu, Kofi Annan propose des réformes ambitieuses, notamment une réorganisation administrative qui lui confèrerait plus d’autonomie, un nouveau Conseil des droits de l’homme, une augmentation significative de l’aide au développement. Il souhaite aussi modifier la composition du Conseil de sécurité pour qu’il soit plus représentatif des réalités géopolitiques d’aujourd’hui. Ce vaste projet n’accouchera que de réformettes, les membres permanents du Conseil de sécurité refusant d’abandonner leurs privilèges et ne voulant pas conférer trop de pouvoir au secrétaire général. Quant au nouveau Conseil des droits de l’homme, il sera aussitôt aussi peu crédible que la Commission qu’il remplace.
Ces évènements entament sérieusement le moral de Kofi Annan. Il songe à démissionner. Ses collaborateurs lui aménagent une demi-journée de congé supplémentaire par semaine. Le « diplomate virtuose » n’a plus le feu sacré.


Kofi Annan a-t-il réussi sa sortie ?

Sa dernière année de mandat marque un retour en grâce. On le voit partout : au Darfour, au Liban, en Egypte, en Israël… C’est sur sa pression que Ehud Olmert, le Premier ministre israélien, ordonne le retrait de Tsahal du Sud-Liban, après les 33 jours de guerre qui ont opposé l’armée israélienne au Hezbollah l’été dernier. Sans toujours obtenir de résultats tangibles (notamment en Iran), il fait néanmoins progresser la diplomatie sur les dossiers les plus chauds qui attendent son successeur. A en croire les spécialistes de l’Onu, Kofi Annan a été l’un des meilleurs secrétaires généraux que l’organisation a connu. Il devrait désormais se consacrer à sa passion, la marche en montagne, et au développement agricole de l’Afrique.

Jean Piel

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