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| 17/01/2007 | |||
| Questions internationales (2) La « rock-star de la diplomatie » quitte la scène | |||
| (MFI) A 68 ans, Kofi Annan prend sa retraite. Il laisse derrière lui l’image d’un diplomate engagé, à l’allure feutrée et au redoutable pouvoir de persuasion. Mais il n’a pas pu mener tous ses projets jusqu’au bout. | |||
| « Un homme de paix. » C’est ainsi que Jean-Marc de La Sablière, l’ambassadeur de France à l’Onu, qualifie Kofi Annan. Certes on n’en attend pas moins du secrétaire général des Nations unies. Mais tous ceux qui l’ont côtoyé ont été impressionnés par sa douceur, sa voix qui coule comme un murmure, son élégance discrète, son allure de sage. « Il vous enveloppe de son charme », sourit Ahmad Fawzi, l’un de ses plus anciens collaborateurs. « C’est un homme bon qui pense qu’il peut influencer tous les hommes, même s’ils sont mauvais », ajoute un proche. Naïf jusqu’à la crédulité pour les uns ; pragmatique et fin diplomate pour les autres. Les deux à la fois, peut-être. Mettre l’Onu au service de la société civile La certitude est que les deux mandats de Kofi Annan à la tête de l’Onu resteront dans l’histoire de l’institution. Non seulement à cause de son style, mais aussi par son action. Il a connu de grandes victoires, récompensées par un prix Nobel de la paix en 2001, mais aussi de sérieux revers, comme le scandale Pétrole contre nourriture en 2004 où il a été mis en cause personnellement. S’il n’a pas réussi à imposer les réformes structurelles qu’il souhaitait, il a néanmoins fait évoluer la « maison de verre » par petites touches, la faisant intervenir dans un nombre croissant de domaines : l’environnement, la santé, la justice pénale, le monde de l’entreprise aussi. Il le disait en janvier dernier au forum de Davos : « J’ai inlassablement essayé de changer les mentalités pour faire de l’Onu un instrument plus souple dont les Etats membres attendent des prestations de plus en plus diverses. Les relations internationales ne se limitent pas aux relations entre nations, et l’Onu n’est pas que le syndicat des Etats. Elle doit s’ouvrir à la société civile et placer la protection des peuples au centre de ses préoccupations. C’est pourquoi j’ai multiplié les contacts personnels avec des chercheurs, des universitaires, des artistes, des responsables associatifs. » Un extraordinaire pouvoir de persuasion Organisation décrédibilisée et au bord de la banqueroute lorsque Kofi Annan en a pris les commandes en janvier 1997, l’Onu est redevenue un acteur incontournable des relations internationales. Lui-même était décrit comme un diplomate courageux, mais sans guère d’envergure, incapable de résister aux grandes puissances, à commencer par les Etats-Unis qui avaient soutenu sa candidature. Deux ans plus tard, celui qui se voulait la « conscience du monde » est devenu l’interlocuteur obligé de tous les chefs d’Etats sur les dossiers chauds du moment. A plusieurs reprises, il a débloqué des situations de crise grâce à son extraordinaire pouvoir de persuasion, la seule arme à la disposition du secrétaire général de l’Onu. Son prix Nobel de la paix lui a même valu le surnom de « rock-star de la diplomatie ». Son opposition à la guerre en Irak en 2003 en fera la bête noire de la droite américaine. Mais pour nombre de spécialistes de l’Onu, il est l’un des meilleurs secrétaires généraux que l’organisation a jamais eu. Le goût des paillettes Certes, ce diplomate de carrière, né en 1938 dans une riche famille du Ghana, n’échappe pas à la critique. Il manie mieux le verbe que l’action, manque parfois de constance dans ses projets. On lui reproche aussi son goût du people, son plaisir à briller en société, un certain attrait pour l’argent aussi. Ces derniers mois, Kofi Annan semblait épuisé. Visiblement il avait perdu la flamme. Mais sa force a toujours été d’incarner l’Onu, ses valeurs comme ses limites. Eloge du multilatéralisme et attaque à peine voilée contre les Etats-Unis, son dernier discours – prononcé le 11 décembre 2006 – sonne comme son testament politique : « La responsabilité des grands Etats est de servir, et non de dominer, les peuples du monde. Aucun pays ne peut assurer sa sécurité en tentant d’imposer sa suprématie aux autres. La sécurité aujourd’hui, c’est aussi prévenir le changement climatique et lutter contre la pauvreté abjecte. » A l’heure où il prend sa retraite, il restera de Kofi Annan l’image d’un homme bon, d’un diplomate sincère et courageux, trop confiant peut-être, soucieux d’agir pour le bien-être de tous et en particulier des plus démunis. L’image aussi d’un homme qui, comme tout secrétaire général de l’Onu, n’avait comme pouvoir que celui que les Etats membres ont bien voulu lui conférer. | |||
| Jean Piel | |||
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