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17/01/2007
Questions internationales (1)
L’Union européenne s’ouvre toujours plus à l’Est


(MFI) Après sept ans de négociations, la Roumanie et la Bulgarie ont rejoint l’Union européenne (UE) le 1er janvier 2007. Une adhésion qui va imposer des restructurations sévères à deux économies parmi les plus pauvres d’Europe. Les conditions posées par Bruxelles sont d’ailleurs très strictes. Mais il s’agit aussi d’un engagement durable en faveur de la démocratie alors que les frontières orientales de l’Europe apparaissent peu sûres.

Dans quelles conditions la Roumanie et la Bulgarie rejoignent-elles l’Union européenne ?

« Cette fois-ci, le mur de Berlin est définitivement tombé », s’est enthousiasmé le Premier ministre bulgare, Sergueï Stanichev, lorsqu’il a appris le feu vert de la Commission de Bruxelles à l’adhésion de son pays à l’UE. « Les Roumains peuvent être fiers d’eux-mêmes », lui a répondu en écho son homologue de Bucarest, Calin Tariceanu. De son côté, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a félicité les deux entrants pour « l’extraordinaire travail de réformes qu’ils ont mené ces dernières années ».
Malgré ces satisfecit, jamais l’Union européenne n’aura accueilli de nouveaux membres avec si peu d’empressement. Leur adhésion est en effet assortie de clauses de sauvegarde très strictes qui autorisent Bruxelles, pendant trois ans, à suspendre sa coopération si les deux pays n’adoptent pas les mesures voulues pour harmoniser leur législation (en matière économique, sociale et judiciaire) avec celle du reste de l’UE. Au point qu’à Sofia et Bucarest, une partie de la classe politique a dénoncé une « adhésion au rabais », une « mise sous tutelle de la souveraineté nationale » voire, comme l’a scandé le leader d’extrême droite bulgare, Volen Nikolov Siderov, « une humiliation pour notre pays ». Mais dans leur majorité, Roumains et Bulgares ont applaudi « cette adhésion arrachée in extremis, qui nous fait définitivement basculer du côté de la modernité malgré nos retards et nos handicaps », comme l’écrit le quotidien de Bucarest Ziua. De son côté, un haut-fonctionnaire européen explique : « Il ne s’agit pas de punir ces pays, mais de les inciter à accélérer leurs réformes. Nous aurions pu reporter d’un an leur adhésion. Nous ne l’avons pas fait pour ne pas briser la dynamique des réformes en cours. Mais des conditions étaient impératives. »


Pourquoi ces réserves de l’Union européenne ?

Jamais l’UE n’a accueilli en son sein de pays aussi pauvres. Le revenu moyen est de 200 euros par mois en Bulgarie, de 260 euros en Roumanie. En comparaison, le salaire moyen est de 1 903 euros en France et de 1 266 euros en Espagne. Le niveau de vie chez les deux entrants atteint à peine le tiers de celui constaté dans le reste de l’UE. Une situation économique qui entraîne de multiples conséquences politiques et sociales, d’où les clauses de sauvegarde imposées par Bruxelles.
La première clause porte sur la « justice et les affaires intérieures » et vise à lutter contre la corruption endémique dans l’administration et les tribunaux. La Roumanie – où politique et business font bon ménage – a renforcé sa législation en la matière et lancé une vaste opération « mains propres ». Résultat : une dizaine de ministres mis en examen dont l’ancien chef du gouvernement Adrian Nastase, et des centaines de fonctionnaires limogés. La situation est pire en Bulgarie, où le crime organisé règne en maître. Comme le reconnaît le secrétaire général du ministère de l’Intérieur, Boïko Borissov : « Le trafic de drogue et d’êtres humains, la fabrication de faux billets, le racket, le proxénétisme et le blanchiment d’argent sont en hausse vertigineuse et notre cadre juridique ne nous permet pas de lutter contre. » Enrichis grâce aux privatisations, les truands sont devenus des hommes d’affaires puissants. On les appelle les mutri (les gueules de voyous) : cheveux ras, regard sombre, cou de taureau et manières de parvenus… A ce même chapitre, les craintes de l’UE concernent le non-respect des minorités, particulièrement des tsiganes, et les risques d’immigration extra-européennes via ces deux pays tant les frontières sont poreuses.
La deuxième clause concerne le « marché intérieur ». L’UE attend de la Roumanie et de la Bulgarie qu’elles adoptent des normes anti-pollution plus strictes dans les transports comme dans les usines. Elle exige aussi des règles sanitaires plus contraignantes. Ainsi la viande de porc restera interdite d’exportation du fait de la persistance de la peste porcine dans les élevages. Les compagnies aériennes bulgares ne seront pas non plus autorisées à voler librement en Europe tant qu’elles n’auront pas amélioré leurs normes de sécurité.
Enfin la troisième clause de sauvegarde, plus fourre-tout, concerne « l’économie en général ». L’UE attend ainsi de Bucarest et Sofia un meilleur contrôle de la distribution des aides communautaires, des détournements de fonds par des mafias locales ayant déjà été constatés. Par ailleurs, les travailleurs bulgares et roumains ne seront pas autorisés à s’installer librement dans un autre pays de l’UE, au moins avant la fin 2008.

Quelles sont les conséquences de l’entrée dans l’UE pour la Roumanie et la Bulgarie ?

Selon les sondages, Roumains et Bulgares espèrent avant tout une plus grande liberté de circulation afin de pouvoir choisir le pays où ils vivront, étudieront, travailleront. Un espoir qui risque d’être déçu les premières années. Les habitants des dix pays qui ont rejoint l’Europe en 2004 en ont fait l’amère expérience : l’UE n’est pas synonyme de prospérité subite, mais exige au contraire des efforts d’adaptation qui se traduisent dans un premier temps par une hausse du chômage et de l’inflation. La Roumanie et la Bulgarie n’échapperont pas à ce scénario. Il s’agit d’économies en transition, au tissu industriel souvent obsolète, avec une sur-représentation de l’industrie lourde et de l’agriculture, une sous-représentation des services. La concurrence nouvelle va imposer une restructuration de l’économie avec, à la clé, la disparition de centaines de PME improductives et de milliers de petites exploitations agricoles. Mais comme le souligne Jérôme Creel, économiste à l’OCDE : « Ces deux pays vont aussi devenir une destination d’investissements grâce à une main d’œuvre qualifiée et bon marché, un cadre juridique communautaire et une proximité géographique avec les sièges sociaux. Pourquoi ne pas délocaliser en Roumanie plutôt qu’en Asie ? »
L’UE va offrir 32 milliards d’euros d’aide à la Roumanie entre 2007 et 2013, et 12 milliards à la Bulgarie. Sur la même période, les efforts d’adaptation devraient coûter 800 millions d’euros par an à Bucarest et 500 millions à Sofia, selon l’OCDE. Comme le souligne Jérôme Creel : « Il va falloir entre quinze et vingt ans à ces deux pays pour rattraper les autres pays européens. » Mais le président roumain, Traian Basescu, interviewé par Le Monde, se veut confiant : « Les Roumains sont mieux préparés à affronter l’impact social de l’intégration à l’UE que ne l’étaient les dix pays qui en sont devenus membres en 2004, car aucun homme politique n’a fait de démagogie à ce sujet, aucun n’a présenté l’adhésion comme un remède miracle. Cela fait dix ans que nous menons des efforts d’adaptations. » Et le chef de l’Etat d’ajouter : « Ces sept prochaines années, nous allons consacrer 60 milliards d’euros à des investissements dans les transports, la protection de l’environnement, les infrastructures, l’agriculture… L’UE nous offre le développement, et nous lui offrons un marché de 22 millions de consommateurs et une main d’œuvre qualifiée. »
En effet ni la Roumanie ni la Bulgarie ne partent de zéro. Leur taux de croissance flirte avec les 6 % depuis 2000, l’inflation est faible, le déficit budgétaire maîtrisé, le chômage en diminution constante. Déjà membre de l’Otan, les deux pays opèrent aussi un choix politique en rejoignant les 25. Comme le dit le président Traian Basescu : « Notre objectif est de bâtir un Etat démocratique orienté vers l’économie de marché. Nous qui sommes depuis toujours entourés par les grandes puissances riveraines de la mer Noire savons que la démocratie ne peut perdurer qu’à l’intérieur d’un grand ensemble comme l’Union européenne. » Quant à l’Union européenne, elle va gagner, avec ces adhésions, un débouché politique, culturel et économique vers la mer Noire. Un espace largement convoité par la Russie et les Etats-Unis.

Jean Piel


La Roumanie

Capitale : Bucarest
Population : 22 millions d’habitants
Superficie : 238 390 km²
Langues : roumain, hongrois, romani
Religions : orthodoxes (87 %), protestants (7 %), catholiques (6 %)
Espérance de vie : 74 ans (femmes), 67 ans (hommes)
Population urbaine : 55,2 %
Part des moins de 15 ans : 17 %
Alphabétisation : 98,4 %
PIB : 78,6 milliards de dollars
PIB/habitant : 3 590 dollars
Croissance : 5,8 % en 2005 ; 8 % estimé en 2006
Principales richesses : textiles, exploitation minière, agriculture tourisme
Equipement : 697 télévisions, 236 téléphones, 139 voitures, 69 ordinateurs… pour 1 000 habitants
Budget de l’éducation : 3,5 % du PIB
Budget de la défense : 3,6 % du PIB


La Bulgarie

Capitale : Sofia
Population : 7,7 millions d’habitants
Superficie : 110 912 km²
Langue : bulgare, turc
Religions : orthodoxes (86,3 %), musulmans (12,7 %), catholiques (1 %)
Espérance de vie : 75 ans (femmes), 68 ans (hommes)
Population urbaine : 69 %
Part des moins de 15 ans : 14 %
Alphabétisation : 98,6 %
PIB : 21,4 milliards de dollars
PIB/habitant : 2 771 dollars
Croissance : 5,5 % (en 2005)
Principales richesses : lignite, ciment, agriculture (riz, pommes de terre, vin, tabac…)
Equipement : 453 télévisions, 338 téléphones, 234 voitures, 52 ordinateurs… pour 1 000 habitants
Budget de l’éducation : 3,2 % du PIB
Budget de la défense : 3,3 % du PIB

Sources : L’Année stratégique ; ministère des Affaires étrangères ; Le Monde.



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