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02/02/2007
Questions internationales (1)
La peine de mort en ligne de mire


(MFI) L’association Ensemble contre la peine de mort (ECPM) organise, du 1er au 3 février 2006 à Paris, le troisième congrès mondial contre la peine capitale. Celle-ci reste largement appliquée en Asie et au Moyen-Orient. Mais la cause des abolitionnistes progresse, notamment en Afrique. Tour du monde d’un châtiment que certains jugent barbare, d’autres nécessaire à la justice.

La peine de mort reste-t-elle largement appliquée dans le monde ?

A ce jour, 68 pays appliquent la peine de mort. A en croire Amnesty International, 2 148 prisonniers ont été exécutés et 5 186 condamnés à la peine capitale en 2005 ; au total, plus de 20 000 détenus croupissent dans les couloirs de la mort. Des chiffres sous-estimés cependant puisque les pays qui exécutent le plus – la Chine, l’Iran, l’Arabie saoudite – ne sont pas des modèles de transparence. Au Vietnam, le nombre d’exécutions est classé secret d’Etat.
Avec 1 770 exécutions reconnues en 2005, la Chine représente à elle seule 82,4 % des peines capitales dans le monde. Pire : un délégué à l’Assemblée populaire a révélé que 10 000 condamnations à mort suivies d’exécutions immédiates avaient été prononcées l’année dernière. Pékin n’a pas démenti cette indiscrétion. Si on ajoute à la Chine l’Arabie Saoudite, l’Iran et les Etats-Unis, ces quatre pays sont responsables de 94 % des exécutions perpétrées en 2005. Les Etats-Unis, le Japon et l’Inde sont aussi les seules démocraties où le gibet appartient toujours à l’arsenal juridique.
Si l’on raisonne régionalement, la peine de mort n’est plus appliquée en Europe, sauf en Biélorussie. Le dernier pays à l’avoir abolie sur le vieux continent est la Moldavie, en 2006. A l’exception du Guatemala, de Cuba et des Etats-Unis, la peine capitale a également disparu du continent américain. Les mauvais élèves en la matière restent l’Asie et le Moyen-Orient. En Asie, seuls le Cambodge, le Népal et les Philippines l’ont abolie. Elle n’a pas été appliquée
– officiellement – depuis dix ans au Sri Lanka et en Birmanie. Mais dans le reste du continent, les exécutions sont nombreuses. En Chine, même la fraude fiscale et la corruption sont passibles de mort. Comme le note Michel Taube, président de Ensemble Contre la Peine de Mort : « La peine capitale en Chine est un instrument de contrôle politique, social et économique pour le gouvernement. D’où les campagnes d’exécutions massives lorsque les autorités veulent reprendre en main une province contestatrice. D’où l’extrême sévérité à l’égard de la corruption lorsque l’auteur du délit est en disgrâce, ou que son enrichissement trop visible risque de provoquer des troubles sociaux, voire lorsque l’économie est en surchauffe. En Chine, la peine de mort est dangereusement liée à des intérêts financiers. Les profits tirés des greffes d’organes prélevés sur les suppliciés incitent aussi à conserver la peine de mort. »
A l’exception d’Israël, les 22 pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient prononcent toujours la peine capitale. L’Iran est même le seul pays au monde à exécuter des mineurs. Outre les crimes de sang, les délits religieux, les affaires de mœurs et le trafic de drogue sont passibles de mort au Moyen-Orient.

La cause abolitionniste progresse-t-elle ?

Sans conteste. Lorsque la France a aboli la peine de mort en octobre 1981, elle était le 36e pays à le faire. Aujourd’hui, 88 Etats ont rayé le châtiment suprême de leur arsenal répressif. Onze autres ont fait de même, mais en se réservant le droit de l’appliquer pour des crimes exceptionnels, notamment le terrorisme ou en temps de guerre. A ces 99 pays, on peut en ajouter 30 autres considérés comme abolitionnistes de facto puisqu’ils n’ont procédé à aucune exécution depuis dix ans, même si la peine capitale reste inscrite dans leur législation. Aux Etats-Unis, seuls une quinzaine d’Etats appliquent la peine de mort, en particulier le Texas, la Virginie et la Californie. Mais douze autres l’ont abolie, et elle reste exceptionnelle dans la vingtaine d’Etats restant qui, par contre, appliquent intégralement la détention à perpétuité. La Cour suprême des Etats-Unis a interdit l’exécution des handicapés mentaux en 2002 et des mineurs en 2005.
De son côté, la France devrait bientôt inscrire l’interdiction de la peine capitale dans la Constitution, conformément au vœu du président Jacques Chirac. Le texte de loi se résumerait à un bref article, mais d’une forte porté symbolique et juridique : « Nul ne peut être condamné à mort. »
Seul progrès enregistré en Chine : une loi, en vigueur depuis le 1er janvier 2007, impose que toutes les condamnations à mort soient approuvées par la Cour suprême, alors qu’auparavant les sentences prononcées par les tribunaux régionaux et locaux étaient immédiatement exécutoires. L’abolition de la peine capitale n’est en rien envisagée ; l’objectif est juste de réduire le nombre d’erreurs judiciaires, nombreuses dans l’Empire du milieu.
Autre motif d’encouragement pour les abolitionnistes : la Jordanie, où le nombre de crimes passibles de la peine capitale diminue régulièrement. Le roi Abdallah II souhaite que son pays soit le premier de la région à abolir la peine de mort. Sa politique est une abolition par étape, en réformant le code pénal. Le Maroc pourrait suivre cet exemple.

Quelle est la position des organisations internationales en matière de peine de mort ?

Les organisations internationales encouragent l’abolition. Ainsi, pour adhérer à l’Union européenne, c’est un pré-requis. Aucun membre de l’UE ne peut appliquer la sanction suprême. La Pologne souhaiterait pourtant la rétablir. Le président conservateur, Lech Kaczinski, a déclaré en août : « Les pays qui renoncent à cette peine accordent un avantage inimaginable au criminel par rapport à sa victime, l’avantage de la vie sur la mort. J’espère que l’Europe va changer d’opinion. » Mais la Commission de Bruxelles lui a signifié une fin de non-recevoir : la peine capitale est incompatible avec les valeurs de l’UE.
La Cour pénale internationale, inaugurée le 1er juillet 2002, refuse aussi la peine de mort, de même que les tribunaux internationaux ad hoc (pour le Rwanda, l’ex-Yougoslavie, la Sierra Leone). « L’humanité interdit ainsi de livrer au bourreau même les bourreaux de l’humanité. C’est reconnaître que la peine de mort est une violation des droits de l’homme », se félicite l’avocat français Robert Badinter, auteur de la loi abolissant la peine capitale dans l’Hexagone.
Pour sa part, l’Onu est moins audacieuse. Dès sa création en 1948, elle a indiqué dans la Déclaration universelle des droits de l’homme que « nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ». Mais elle n’interdit pas formellement la peine de mort. Elle a cependant adopté en 1989 le 2e protocole du Pacte international des droits civils et politiques qui réclame un moratoire définitif des exécutions et l’abolition par tous les pays. Mais ce Pacte, ratifié par 57 pays, n’a pas force obligatoire. Reste que, comme le souligne Michel Taube : « Un nombre croissant de pays abolit la peine de mort ; aucun ne la rétablit. Un mouvement irréversible est lancé. »

Qu’en est-il de la peine de mort en Afrique ?

Rarement abolie, mais rarement appliquée, telle est, en résumé, la situation de la peine capitale en Afrique. Depuis 1990, plusieurs nations africaines ont rejoint le camp des abolitionnistes : l’Afrique du Sud, le Mozambique, la Namibie, l’Angola, les Seychelles, la Guinée-Bissau, Djibouti, Maurice, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et, dernier en date en 2005, le Liberia. Plusieurs autres pays, sans avoir rayé le châtiment suprême de leur arsenal juridique, ne l’appliquent plus depuis de nombreuses années. C’est notamment le cas du Burkina Faso, où la dernière exécution remonte à 1988, de Madagascar qui n’a envoyé personne à la potence depuis 1958, du Niger, du Mali, de la Gambie, du Togo, du Congo, de la Centrafrique, du Bénin… Dans tous ces pays, aucune exécution judiciaire n’a été perpétrée depuis au moins quinze ans. Alors pourquoi ne pas changer la législation ? « Parce que cela ne constitue pas la priorité de pays confrontés à bien d’autres difficultés. Ce n’est pas un sujet de discussion dans la société. En outre, certains de ces pays sont confrontés à une déliquescence de leur système judiciaire et carcéral. Nous avons réalisé une enquête en RDC ; le ministère de la Justice ne savait pas qu’il y avait encore des condamnés à mort en prison », explique Michel Taube.
Le prochain pays africain abolitionniste pourrait être le Rwanda. Le gouvernement a adopté un projet en ce sens qui doit encore être approuvé par le Parlement. Une telle révision corrigerait une grave contradiction judiciaire, à savoir que les auteurs du génocide de 1994 qui comparaissent devant le tribunal spécial d’Arusha ne peuvent pas être condamnés à mort, alors que les criminels de droit commun peuvent l’être face à un tribunal ordinaire rwandais. En outre, l’abolition permettra l’extradition de personnes impliquées dans le génocide, que les pays où elles sont exilées refusent de livrer par crainte de leur exécution. S’il abolit la peine de mort, le Rwanda sera le premier pays des Grands lacs à le faire.
D’une manière générale, le nombre d’exécutions est en baisse en Afrique. Il y en a eu 56 en 2003, et seulement 12 l’année dernière. C’est en Egypte, au Soudan et en Somalie que les condamnations à mort sont les plus fréquentes. « Néanmoins les atteintes aux droits de l’homme restent fréquentes. Des exécutions extra-judiciaires remplacent encore trop souvent un procès et bonne et due forme », avertit Amnesty International.

Jean Piel

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