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| 16/02/2007 | |||
| Questions internationales (2) Olivier Dabène : « La samba crée du lien social » | |||
| (MFI) Trois questions à Olivier Dabène, spécialiste du Brésil et professeur de politiques latino-américaines à l’Institut d’études politiques de Paris. | |||
| MFI : Le carnaval de Rio est-il encore une fête populaire ou est-ce devenu une immense machine commerciale ? Olivier Dabène : C’est avant tout une immense fête populaire. Que les gens dansent dans la rue ou dans des clubs privés, l’idée première est de faire la fête pendant quatre jours. C’est une période très spéciale au Brésil, un peu hors du temps. Il est vrai que le carnaval de Rio brasse beaucoup d’argent. Certains Cariocas s’en plaignent, qui trouvent que les touristes sont trop nombreux dans les défilés, dansent mal, chantent faux. Mais ces touristes sont importants pour l’économie. De même, grâce au carnaval, les écoles de samba gagnent de l’argent, or ces écoles sont essentielles pour la vie des quartiers. Elles créent du lien social, elles représentent un lieu d’animation, elles fournissent des emplois. Certaines écoles de samba mènent des actions caritatives en ouvrant des dispensaires, des cours du soir… Les écoles de samba font vivre et rêver des quartiers entiers. Donc fête populaire et machine commerciale sont deux idées inséparables. Evidemment, le carnaval ne suffit pas à financer les écoles. La mafia y blanchit son argent, sauf peut-être les plus importantes qui sont sponsorisées par de grandes entreprises. Mais sinon, écoles de samba et argent sale sont deux autres notions inséparables. Il ne faut pas limiter le regard sur le carnaval de Rio aux images télévisées des défilés dans le sambodrome. Pour faire une comparaison avec un autre événement culte au Brésil, le football, les défilés du sambodrome, c’est la première division du carnaval. Mais il existe aussi la deuxième division, les divisions d’honneur… Cela correspond aux fêtes populaires dans les quartiers, moins organisées, plus spontanées, mais qui incarnent aussi l’essence du carnaval. Sans ces fêtes de quartier, le carnaval de Rio n’aurait pas la même âme. La fête ne serait pas totale. MFI : Autoriser une telle transgression sociale pendant quatre jours, n’est-ce pas le meilleur moyen de conserver une société très hiérarchisée le reste du temps ? O. D. : La transgression est le propre du carnaval, à Rio comme ailleurs. Encore une fois, les costumes excentriques, les travestis provocants, les maquillages outranciers ne sont qu’un aspect du carnaval qui reste avant tout une fête populaire. Mais il est vrai que le carnaval est aussi un défouloir qui permet de supporter la forte hiérarchie sociale le reste de l’année. Sans oublier cependant que toutes les classes sociales y participent. Ce n’est pas seulement la fête des pauvres ; les classes moyennes et supérieures sont nombreuses au Brésil et elles aussi font la fête. Mais ritualiser les transgressions – comme le fait le carnaval – permet en effet d’alléger leur charge sociale. Historiquement, la samba est une musique et une danse subversives puisqu’elle vient des pauvres et des noirs. La bourgeoisie la jugeait vulgaire. Maintenant que la samba s’est « folklorisée », elle a perdu son caractère subversif. Même les textes des chants sont moins revendicatifs. D’une certaine manière, la hiérarchie raciale se retrouve aussi dans les défilés. Les noirs dansent et jouent de la musique, tandis que les reines du carnaval sont des blanches, stars brésiliennes du cinéma ou de la télévision, assises sur les chars fleuris. MFI : Le carnaval de Rio est-il le lieu de messages politiques ? O. D. : Cela peut arriver parfois, mais c’est rare et l’impact du message est certainement limité. Puisque le carnaval est l’occasion de se moquer du pouvoir et des puissants, s’en servir pour diffuser un message peut être contre-productif ; tout est sujet à raillerie. Il ne faut pas oublier que les quatre jours qui précèdent le mercredi des Cendres, des carnavals ont lieu partout au Brésil, dans toutes les grandes villes et jusqu’aux plus petits villages. C’est une période spéciale, une période de fête et de vacances, et les Brésiliens n’ont pas envie alors de parler politique. Se servir du carnaval pour diffuser un message politique serait le meilleur moyen de lui faire perdre de sa force. | |||
| Propos recueillis par Jean Piel | |||
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