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16/03/2007
Dossier : Francophonie dans le monde (1)
Les bons comptes de la Francophonie


(MFI) A l’heure où l’Organisation internationale de la Francophonie met le cap en 2007 sur la rigueur financière, les données relevées sur l’évolution de la place des Francophones dans le monde inclinent plutôt à l’optimisme. C’est ce qu’indique le rapport 2007 sur la Francophonie dans le monde, publié dans une nouvelle mouture aux éditions Nathan.

« Invitation au voyage », comme l’indique dans sa préface Abdou Diouf, voyage du moins dans les espaces de la Francophonie, ce rapport 2007 sur la Francophonie dans le monde en propose un panorama ambitieux. Au terme, il est vrai, d’une année particulièrement riche pour les institutions francophones. Année des cultures francophones (le festival Francoffonies), année Senghor, mais aussi année de l’adoption par l’Unesco de la Convention sur la Diversité culturelle : le cru 2006 a été spécial, surtout si l’on y ajoute la mise en œuvre de la réforme institutionnelle de l’OIF, intronisée comme organisation unique ; et la tenue du sommet de Bucarest qui a fait de l’Europe le nouvel horizon politique de la Francophonie.
D’autres raisons de satisfaction sont signalées dans le rapport. A commencer par l’augmentation globale du nombre de francophones dans le monde : ils seraient aujourd’hui quelque 200 millions, dont 72 millions de francophones « partiels », les chiffres ayant ici une valeur relative. Car l’augmentation observée est liée notamment aux nouvelles adhésions d’États membres ou observateurs; ainsi qu’à l’évolution démographique, qui a permis des réévaluations, en particulier dans les pays d’Afrique subsaharienne comme le Tchad ou le Togo. Le continent américain, apporte lui aussi son volume de francophones, estimés selon une nouvelle enquête à 1 800 000 (pour 600 000 francophones partiels). Et l’on note une progression au Canada : 9,2 millions, dont 6 millions pour le Québec.

On aurait 15 millions de personnes en plus qui apprennent le français

Au jeu des hiérarchies, les pays les plus francophones sont, par zone : en Afrique du Nord le Maroc ; en Afrique subsaharienne la République démocratique du Congo ; en Europe centrale et orientale la Roumanie, et au Moyen-Orient le Liban. L’autre indicateur significatif concerne l’évolution de l’enseignement du français : elle est étudiée sur une décennie (1994-2002) et connaît une progression sensible, de l’ordre de 20 %. On aurait ainsi 15 millions de personnes en plus qui apprennent le français ou en français, l’augmentation la plus importante se situant en Afrique et au Moyen-Orient. Mais si en Afrique subsaharienne et dans les pays de l’océan Indien les effectifs scolaires sont plus importants dans de nombreux pays, le taux général de scolarisation reste insuffisant. Et bien sûr l’état général du système éducatif limite cette tendance.
En Asie et en Océanie, la situation de l’enseignement du français est globalement en régression. Et en Europe, le français - deuxième langue enseignée et langue de travail et langue officielle des institutions européennes – « a indéniablement régressé dans les faits », note le rapport. Les tendances pourraient être plus favorables dans les prochaines années, avec l’élargissement de l’Union européenne à 25, un point de vue optimiste permettant d’espérer un meilleur respect du plurilinguisme officiel, ainsi que les effets des dispositions favorisant l’apprentissage de plusieurs langues vivantes dans l’enseignement.

Un coup de projecteur sur la Louisiane…

Le rapport propose un coup de projecteur sur la Louisiane, où le français n’est pas réellement une langue d’utilisation courante. Mais le rapport parle d’« environnement francophone chaleureux » : comprenons que la chanson, le dynamisme associatif et culturel y seraient favorables. Depuis la fin des années 1960, l’enseignement du français s’est globalement développé. En 1983, l’apprentissage devenu obligatoire d’une deuxième langue a favorisé le français (30 % des enfants l’ont choisi dans la ville de Lafayette) - mais plus encore l’espagnol. Et l’on indique que deux grands établissements privés enseignent le français dans le secondaire à La Nouvelle-Orléans et à Bâton-Rouge, et que toutes les universités de l’État proposent un enseignement de français. On peut suivre en Louisiane des cursus de doctorat en études françaises et francophones, et les universités publient des revues en français (Études francophones et Mondes francophones).
L’importance du phénomène d’immigration sud-nord est prise en compte dans le rapport, qui se penche sur les politiques d’intégration passant par l’enseignement du français. Pour noter que des efforts sont produits, notamment au Canada : où, depuis 1988, la Loi sur le multiculturalisme canadien fait de celui-ci une valeur fondamentale de la société, et favorise l’intégration linguistique.

Médias : audiovisuel et internet

La Francophonie dans le monde se penche sur les tendances dans de nombreux domaines : culture, médias en particulier. Sous cette rubrique, on observe qu’en Europe centrale et orientale, les publications en français perdent beaucoup en importance, mais que l’audiovisuel se porte un peu mieux : les quelques journaux et revues encore édités dans les capitales (Les Échos de Pologne, Bucarest Hebdo, À tout Prague…) sont « sous perfusion, et largement distancés par la presse anglo ou germanophone ». Côté audiovisuel, RFI, diffusée dans presque toutes les capitales, a développé des partenariats avec de nombreuses radios locales (quatre au Belarus, une vingtaine en Pologne, etc.) ; TV5 a gagné du terrain et touche par câble et satellite 26 millions de téléspectateurs. CFI, Arte sont également présentes, ainsi que des groupes privés comme Europe 1 (une radio à Prague), ou encore RTL (présente en Roumanie). Ceci sans oublier Internet : selon une enquête, la présence de l’anglais sur la Toile aurait diminué de 30 points, passant de 75 % à 45 % de 1998 à 2005. Et « la présence relative comme le nombre total de pages en langue française » sont en progrès. Si bien que le français occuperait la troisième place, devant l’espagnol, l’italien et le portugais.

Thierry Perret

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