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16/03/2007
Dossier : Francophonie dans le monde (2)
Diversité culturelle : la mobilisation a porté ses fruits


(MFI) La Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles entre en vigueur le 18 mars 2007 - soit trois mois après le dépôt du 30è instrument de ratification, le 18 décembre 2006, au siège de l’Unesco. « Un grand succès », selon le Directeur général de l’organisation culturelle internationale, pour qui « le processus de ratification a connu un rythme inédit » - plus rapide que pour aucune précédente convention culturelle.

« La Francophonie poursuivra sa mobilisation au service de la diversité culturelle au cours des prochains mois. C’est une des conditions de l’émergence d’industries culturelles viables, notamment dans les pays du Sud qui n’ont pas encore valorisé leur patrimoine et leurs créateurs », déclarait Abdou Diouf à la veille de l’entrée en vigueur de la Convention sur la diversité des expressions culturelles. Le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) estime en effet que « la mobilisation a porté ses fruits mais que la vigilance demeure nécessaire ». Pour mieux comprendre cette prudence, il faut revenir un peu en arrière et se souvenir des étapes à l’adoption de cette Convention.

148 voix pour, deux contre et quatre abstentions

Bien qu’une trentaine d’amendements aient été déposés par les Etats-Unis, la Convention sur la diversité des expressions culturelles avait été adoptée en session plénière de l’Unesco le 20 octobre 2005 à une majorité écrasante : 148 voix pour, deux contre et quatre abstentions. Lors de sa 21è session, en novembre, la Conférence ministérielle de la Francophonie recommandait aux États et gouvernements membres « de mettre en oeuvre le plus rapidement possible les procédures de ratification de la convention et d’en déposer les instruments auprès du Secrétariat de l’Unesco sans tarder ». Le Canada signa la convention en novembre 2005, suivi en 2006 par Maurice, Monaco, la Roumanie, la Croatie, Djibouti, le Burkina Faso, Madagascar et le Togo, la Moldavie, l’Albanie, le Cameroun, le Mali et le Sénégal, et enfin par l’Autriche, la Bulgarie, la France, la Lituanie, le Luxembourg, la Slovaquie et la Slovénie.

Nombre de ministres s’étaient déplacés pour l’occasion

Pour entrer en vigueur, la Convention devait être ratifiée par 30 Etats au moins dans les deux ans qui ont suivi son adoption (elle ne vaut que pour les Etats qui l’ont adoptée). Au 18 décembre 2006, vingt-et-un États membres ou observateurs de la Francophonie avaient déposé leur instrument de ratification, d’acceptation, d’approbation ou d’adhésion. Hors Francophonie, quatorze pays l’avaient également fait. Et l’adhésion de la Communauté européenne, en tant qu’organisation d’intégration économique régionale, constituait une première. Pour sa part, le représentant de la Grande-Bretagne déclarait au nom de l’Union européenne que le texte offrait « un cadre cohérent, clair et équilibré ». Nombre de ministres s’étaient déplacés pour l’occasion, marquant ainsi l’importance et l’enjeu des débats, ainsi que des représentants du Groupe des 77 ou de la zone Caraïbe.

Un traitement préférentiel pour les pays en développement

Que dit la Convention ? Elle vise à « reconnaître la nature spécifique des activités, biens et services culturels en tant que porteurs d’identité, de valeur et de sens » qui ne sont pas des produits comme les autres. Elle « réaffirme le droit souverain des Etats de conserver, d’adopter et de mettre en œuvre les politiques et mesures qu’ils jugent appropriées pour la protection et la promotion des expressions culturelles sur leur territoire » - ce qui permet aux pays signataires d’élaborer des politiques autonomes de soutien au patrimoine culturel et à la création artistique : défiscalisation, subventions, mesures réglementaires, etc.), « quels que soient les moyens et techniques utilisés », et d’échapper au droit commun du commerce international. En outre, elle prévoit une nouvelle forme de solidarité, dans le cadre de la coopération internationale, plaçant la culture au cœur du développement et, pour ce faire, « un traitement préférentiel pour les pays en développement », avec la mise en place d’un fonds de coopération alimenté par des contributions volontaires des Etats et des dons privés.
La Convention a la même valeur juridique que les autres instruments existants – Organisation mondiale du commerce (OMC), traités bilatéraux ; elle ne doit pas être en conflit mais plutôt venir en complément des autres traités et ne pas leur être subordonnée… D’autre principes directeurs mettent aussi en avant le respect des droits de l’homme ou encore l’égalité et le respect des cultures, la libre circulation des idées et des œuvres… L’article 14, Coopération pour le développement, met l’accent sur le renforcement des industries culturelles des pays en question et de leurs capacités de production, par le biais notamment d’un accès plus large de leurs biens et services culturels au marché mondial, de la mobilité de leurs artistes ou de l’émergence de marchés locaux et régionaux viables. De même, seront soutenus les transferts de technologies et de savoir-faire, la formation, l’échange d’expériences et d’expertise. A cet effet, un Fonds international pour la diversité culturelle est prévu, ainsi que des prêts à faible taux ou des subventions. Ou encore, une banque de données concernant les différents secteurs et organismes concernés par le développement des industries culturelles.

Antoinette Delafin


La Francophonie dans le monde. Rapport 2006-2007. Organisation internationale de la Francophonie. Editions Nathan, 2007. 320 p.



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