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16/04/2007
Présidentielle française 2007 (2)
Quel avenir pour les relations franco-africaines?


(MFI) La plupart des grands candidats à l’élection présidentielle ont affirmé leur attachement à l’Afrique et leur souci d’établir une coopération rénovée avec le continent. Mais les Africains tout comme les observateurs attendent de voir comment s’articuleront ces nouvelles relations, tributaires des réalités du terrain mais aussi des changements engendrés par la mondialisation et l’arrivée de partenaires comme la Chine ou l’Inde.

Nicolas Sarkozy, qui veut mobiliser les électeurs français autour du thème Ensemble, tout est possible, estime qu’il faut « définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés, notamment avec nos partenaires africains et arabes ». « Les relations entre des Etats modernes, a-t-il précisé, ne doivent pas dépendre seulement de la qualité des relations personnelles entre chefs d’Etat, mais d’un dialogue franc et objectif, d’une confrontation des exigences respectives, du respect des engagements pris et de la construction d’une communauté d’intérêts à long terme », dans une critique à peine voilée des précédents présidents y compris son ancien mentor, Jacques Chirac.

Nicolas Sarkozy pour une réduction de la présence militaire française en Afrique

Le candidat UMP, qui s’est prononcé pour une réduction de la présence militaire française en Afrique, a insisté sur une aide accrue aux capacités de maintien de la paix africaines et à un élargissement du Conseil de sécurité des Nations unies (Onu). « Nous ne devons plus, a-t-il aussi précisé, accepter que l’aide au développement puisse devenir une prime à la mauvaise gouvernance et aux régimes prédateurs… De même la corruption doit cesser d’être regardée avec complaisance comme un mal inévitable. La France devra donner la priorité à ceux des pays d’Afrique, et pas seulement des pays francophones, qui respectent ces principes. »
Précisant cette politique, son conseiller Michel Barnier explique qu’il faut « concevoir d’une autre manière la coopération bilatérale », mettant l’accent sur les discussions avec la société civile. Michel Barnier prône aussi la « mutualisation des politiques européennes plutôt que la juxtaposition de politiques bilatérales » en matière de coopération, dans l’esprit de la nouvelle stratégie africaine mise en place à Bruxelles par le commissaire au Développement, le Belge Louis Michel. Nicolas Sarkozy reste un farouche partisan du libre-échange pour tous, souhaitant toutefois l’amélioration du fonctionnement de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et parlant de « discrimination positive » pour les plus pauvres.

Ségolène Royal pour la renégociation des accords de défense

Dans son projet pour l’Afrique, Ségolène Royal veut rompre avec le passé. « La France doit à nouveau porter en Afrique un message de démocratie, de solidarité, de paix et de défense des droits de la personne humaine, sans qu’il soit possible d’opposer à cette ambition la réalité des interventions de notre pays », affirme-t-elle, critiquant la politique de la "Françafrique". Elle souhaite la clarification, voire la renégociation des accords de défense et de coopération militaire avec l’Afrique après examen par le parlement. « Je propose qu’un débat à l’Assemblée nationale soit obligatoire en cas d’intervention armée dans un conflit sur le continent africain », précise-t-elle, se prononçant pour la mise en place d’une délégation parlementaire aux négociations et à la coopération internationales qui permettra de clarifier le rôle des différents acteurs de la coopération.
« Nous devons veiller à préserver les capacités des pays africains à vivre de l’exploitation durable des ressources dont ils bénéficient sur leur territoire. Il n’est pas acceptable que certaines entreprises, dont certaines ont leur siège en France, procèdent à un véritable pillage de ces ressources en privant les Africains des plus-values qui permettraient le décollage économique. Il est encore plus préoccupant de constater que ce pillage, en appauvrissant les populations, force certains à l’émigration vers l’Europe. Il serait plus intéressant d’éviter ces pillages et d’encourager l’économie locale au bénéfice de populations qui, dès lors, préféreraient vivre et prospérer dans leur propre pays », a-t-elle dit. Harlem Désir, chargé de la mondialisation au sein du PS, souligne que « les deux grandes priorités géographiques de Ségolène Royal sont l’Afrique et le bassin méditerranéen ».

François Bayrou pour un grand plan Marshall de coopération en Afrique

François Bayrou affirme pour sa part que l’Afrique est l’un des quatre grands sujets de politique internationale qui exigent du courage de la part des gouvernants, avec le Proche et le Moyen-Orient, le climat et la biodiversité et l’idéal européen. Pour lui aussi, il faut en finir avec la "Françafrique", soulignant que « corruption et clientélisme fondent des relations d’un autre temps ». Il préconise un contrôle démocratique des banques et de leurs filiales de gestion d’actifs financiers, et fustige la politique agricole mondiale mise en place par l’OMC, la qualifiant de désastre « aussi bien pour les peuples que pour l’environnement. Elle ruine et affame les pays du Sud, qui ne peuvent aider financièrement leurs paysans comme le font les pays riches… C’est pourquoi elle doit être profondément transformée. » François Bayrou veut refonder la politique d’aide publique au développement (APD) en instaurant une loi d’orientation et de programmation pour la coopération solidaire, qui permettra d’atteindre l’objectif de 0,7 % tout en concentrant l’aide sur les plus pauvres et sur les besoins fondamentaux. Avec, au préalable, l’annulation de la dette insupportable et le gel des avoirs des dirigeants corrompus. Selon le député de Nice Rudy Salles, François Bayrou souhaite mobiliser les pays européens pour lancer un grand plan Marshall de coopération en Afrique afin de « lui permettre de sortir de l’ornière ». Cette coopération devrait s’appuyer sur la multiplication des actions de coopération décentralisée et sur le co-développement, en utilisant notamment le savoir-faire de gens issus de l’immigration que la France a la chance d’avoir.

Dominique Voynet pour le renforcement du rôle des ONG dans la coopération

Dominique Voynet, candidate des Verts, se prononce pour un contrôle par le Parlement de la politique africaine de la France, qui devrait être fondée sur des principes de transparence et tournée vers de nouvelles priorités comme le développement durable, l’accès de tous à la santé, à l’eau, à l’éducation, le soutien aux sociétés civiles africaines et à la démocratisation. « Les ONG françaises, précise-t-elle, devront être reconnues comme des acteurs à part entière de la politique de coopération et mettre en œuvre 5 % de l’APD française. La coopération décentralisée doit être renforcée, les moyens de l’APD portés à 0,7 % du PIB et la dette des pays pauvres annulée. La transparence de nos politiques est une exigence démocratique, mais également une condition de l’efficacité de l’aide et de la lutte contre le détournement des ressources du continent. C’est le sens de l’initiative sur les revenus pétroliers (ou miniers) Publiez ce que vous payez, que je soutiens avec le Parti socialiste. » La député européenne Hélène Flautre précise que les Verts souhaite un audit de l’APD pour savoir exactement où vont les fonds et comment ils sont utilisés.

Marie Joannidis

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