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09/05/2007
Questions internationales (2)
Trois questions à Jean-Jacques Gabas


(MFI) « L’existence des non-alignés n’a plus de sens », estime ce professeur d’économie du développement à l’Institut d’études politiques de Paris*. Selon lui, le MNA n’existe que virtuellement ; ses membres ne partagent plus ni projet ni idéal communs.

Le Mouvement des non-alignés existe-t-il encore ?

On peut se poser la question sans ironie aucune. La configuration géopolitique du monde a tellement évolué que l’existence même du MNA n’a plus beaucoup de sens. Elle en avait au temps de la Guerre-froide et de la concurrence entre les deux super-puissances. Aujourd’hui, on assiste à une reconfiguration des alliances qui rend moins nécessaire la notion de non-alignement. Par exemple, la Chine et l’Afrique redéfinissent actuellement leur relation. Pékin a besoin des richesses du sous-sol africain, mais le continent trouve aussi dans l’Empire du Milieu des réserves financières bon marché. A contrario, des pays auparavant proches de Pékin comme le Vietnam, améliorent leur relation avec Washington. Les alliances sont beaucoup plus complexes qu’autrefois. Elles sont aussi très intéressées - économiquement. Mais le bouleversement des relations internationales depuis la chute de l’URSS n’explique pas seul les difficultés du MNA. Les pays-membres ont aussi provoqué leur propre échec par leurs atteintes répétées aux droits de l’Homme et leur incapacité - pour nombre d’entre eux - à sortir du sous-développement. En outre, ils ne proposent guère de réflexions originales sur un nouveau modèle économique et social. Auparavant, leur idée d’un développement autocentré, plus lent mais plus équilibré, avait le mérite de sortir de la dichotomie capitalisme contre communisme. Aujourd’hui, beaucoup critiquent les Etats-Unis quand ils s’estiment victimes des règles du marché mais approuvent le système libéral quand ils en tirent avantage.

Cela signifie-t-il que les pays pauvres ne peuvent pas avoir d’influence politique ?

C’est plus difficile aujourd’hui que lorsque le tiers-monde espérait représenter une troisième voie diplomatique dans les années soixante et soixante-dix. Désormais, un pays réellement pauvre, exclu des circuits financiers et commerciaux, ne compte guère sur la scène internationale. Cela ne signifie pas que son influence soit nulle. Ainsi, la Chine n’approuve pas l’envoi de casques bleus au Darfour parce qu’elle a des intérêts économiques au Soudan. Khartoum lui a demandé, en échange de l’exploitation de son sous-sol, de s’opposer à une telle mission de maintien de la paix. Peut-être faut-il qu’un pays représente une menace militaire, comme l’Iran, ou nucléaire, comme la Corée du Nord, pour compter sur la scène internationale. Cela laisse peu de perspectives aux pays africains. Le mouvement alter-mondialiste prouve cependant que l’idée de nouvelles règles du jeu dans les relations internationales séduit de très nombreuses personnes et associations. La société civile influe sur les choix des gouvernements. Ce mouvement se rencontre toutefois beaucoup plus au Nord qu’au Sud. Non pas que son discours ne séduise pas le Sud, mais la société civile y est moins organisée. En outre, il n’y a pas de adéquation parfaite entre non-alignés et alter-mondialistes. Plusieurs membres du MNA sont adeptes d’une politique économique libérale et ne recourent au protectionnisme que lorsque cela les arrange. Les gouvernants des pays du Sud n’approuvent pas forcément le discours alter-mondialiste.

A quelles conditions le MNA pourrait-il connaître un nouvel élan ?

Cela me semble de plus en plus compromis. Le vocable « non-alignés » recoupe des réalités tellement diverses sur le plan économique, politique et social. Le mouvement n’a plus aucune unité. Pour qu’il connaisse une nouvelle jeunesse, il faudrait que ses membres se définissent des objectifs communs, subissent des contraintes communes et soient guidés par la même vision du monde. Ce n’est absolument pas le cas aujourd’hui. On peut cependant imaginer différentes solutions : regrouper les pays-membres par zone régionale ou par niveau de développement pour créer autant de nouveaux MNA. On peut aussi concevoir un mouvement à géométrie variable selon les problématiques posées. Aujourd’hui, le MNA est un résultat de l’Histoire qui a réuni différents pays, guidés un temps par un idéal commun. Ce n’est en rien l’expression de projets et d’une volonté de construire une identité commune.

Propos recueillis par Jean Piel


* Auteur de Nord-Sud, l’impossible coopération (Presses de Science Po).



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