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| 05/06/2007 | |||
| Spécial G8 à Heiligendamm Un sommet à l’ombre de la Chine… et des altermondialistes | |||
| (MFI) L’aide à l’Afrique mais aussi l’ombre de la présence chinoise à travers le continent sont parmi les priorités du G8 qui réunit, du 6 au 8 juin 2007 à Heiligendamm, en Allemagne, les principaux pays industrialisés et la Russie. Au menu également, le réchauffement climatique qui menace l’avenir de la planète. | |||
| Forte de sa nouvelle puissance économique, la Chine prend bien soin d’affirmer qu’elle ne veut pas rejoindre le club très fermé du G8, étant elle-même un pays en développement, et se défend de toute volonté de mainmise sur l’Afrique. Ce qui ne suffit pas à dissiper les soupçons, d’autant que son soutien au régime de Khartoum, alors qu’elle possède d’importants intérêts pétroliers au Soudan, a jusqu’à présent empêché toute véritable sanction – Pékin dispose en effet du droit de veto au sein du Conseil de sécurité de l’Onu – à propos du Darfour, région de l’ouest du pays, dont la situation préoccupe la plupart des membres du G8. Selon les Nations unies, 200 000 personnes ont été tuées et 2 millions déplacées par des combats entre des rebelles et des milices liées au gouvernement au Darfour. Au nom de la longue amitié sino-africaine… Avant le sommet, les ministres des Finances du G8 réunis à Postdam ont affirmé leur intérêt pour l’Afrique et accusé implicitement la Chine d’être en partie responsable de l’aggravation actuelle de sa situation économique à travers un nouveau surendettement. Ils estiment que, malgré l’effacement de la dette de certains pays africains les plus pauvres, décidé par les bailleurs de fonds occidentaux et le Fonds monétaire international, ces mêmes pays commencent à se réendetter en raison du comportement de la Chine, « alléchée par les ressources naturelles du continent noir », qui prête et investit généreusement en Afrique sans être trop regardante sur la capacité de ces pays à rembourser et sur la nature des régimes qui gèrent cet argent. La Chine a, par avance, balayé ces critiques en défendant la longue amitié qui la lie au continent africain. La chancelière allemande, Angela Merkel, hôte du sommet du G8 à Heiligendamm, sur la Côte baltique de l’Allemagne, qui réunit à ses côtés les dirigeants du Canada, des Etats-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Italie, du Japon et de la Russie, a pris soin de faire venir d’autres invités pour des rencontres séparées. Côté africain ont été conviés les présidents de l’Egypte, d’Algérie, du Nigeria, du Sénégal et de l’Afrique du Sud, les principaux promoteurs du Nouveau partenariat pour le développement économique de l’Afrique (Nepad). L’Afrique du Sud se retrouve également aux côtés du Brésil, de la Chine, de l’Inde et du Mexique dans le groupe des pays émergents, invités par ailleurs. Honorer l’engagement pris par les pays de l’Union européenne Les membres du G8 sont d’accord sur la nécessité d’apporter leur aide à l’Afrique malgré des divergences sur d’autres sujets. Les Européens, et au premier chef l’Allemagne, souhaitent une réduction de moitié des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 alors que les Etats-Unis, premiers pollueurs, proposent que les 15 principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre, dont l’Inde et la Chine, se fixent des cibles non contraignantes. De son côté, le président russe Vladimir Poutine menace de pointer des missiles sur l’Europe pour répliquer à un projet américain de bouclier anti-missiles, destiné selon Washington à se protéger des « Etats-voyous ». Pour Angela Merkel, l’aide publique au développement (APD) et la réduction de la dette ne suffiront pas à permettre aux Africains d’atteindre les objectifs du Millénaire pour réduire la pauvreté. Il faudra aussi une croissance économique et des investissements adéquats dans la région. Pour le nouveau président Nicolas Sarkozy, dont c’est le premier sommet de ce genre, le développement de l’Afrique est également une priorité. Il souhaite notamment « honorer l’engagement pris par les Etats de l’Union européenne de porter leur aide publique au développement à 0,7 % de leur PIB d’ici 2015 ». Nicolas Sarkozy dit souhaiter aussi la sécurisation de l’accès des populations du Darfour à l’aide humanitaire, le déploiement d’une force hybride Union africaine-Union européenne et la reprise de négociations en vue d’une solution politique. Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a entre autre proposé l’ouverture de corridors humanitaires sécurisés afin d’acheminer les secours aux populations civiles. Altermondialistes et Banque mondiale, une alliance contre nature ? Les altermondialistes, qui mettent en accusation la politique du G8, ont trouvé dans la Banque mondiale un allié inattendu. Celle-ci a en effet estimé que les pays riches ne tiennent pas leurs promesses pour l’aide à l’Afrique et l’ouverture de leurs marchés aux exportations africaines. Ces pays s’étaient engagés, lors du sommet de juin 2005 à Gleneagles, en Ecosse, à augmenter leur aide annuelle pour le développement de l’Afrique à 50 milliards de dollars en 2010. Or les montants accordés aux programmes de développement pour de nombreux pays africains sont restés quasiment inchangés depuis. Les difficultés rencontrées par les négociations engagées au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur la libéralisation du commerce mondial ont également empêché l’ouverture des marchés des pays riches aux produits africains, souligne la Banque mondiale. Selon ses estimations, les flux d’aide publique ont baissé de 35,8 milliards de dollars en 2005 à 35,1 milliards en 2006. « Les chiffres disponibles jusqu’à maintenant montrent qu’à part la réduction de la dette, les pays africains n’ont pas engrangé les résultats des promesses faites lors du sommet du G8 il y a trois ans à l’occasion de l’année de l’Afrique », affirme John Page, économiste en chef de la Banque pour l’Afrique. « De nombreux pays donateurs ont accru leur aide pour l’assistance humanitaire et la réduction de la dette ces quarante dernières années mais cela ne s’est pas traduit par des ressources supplémentaires pour les pays africains afin de rebâtir leurs infrastructures, former des enseignants et combattre le sida et la malaria », a-t-il souligné. Un sommet alternatif à Sikasso Les altermondialistes ont organisé plusieurs manifestations – dont certaines ont dégénéré – à Rostock en Allemagne. L’Afrique n’a pas été en reste. Ainsi un des sommets alternatifs du G8 s’est tenu à Sikasso, à 370 km au sud de Bamako, au Mali. Ce Forum des peuples, avec pour slogan Passer à l’action, a accueilli près d’un millier d’altermondialistes originaires de Côte d’Ivoire, du Bénin, de la Guinée, du Niger, du Sénégal, de France, de Belgique et du Canada qui réclament « l’annulation totale et inconditionnelle de la dette des pays du Tiers Monde, la cessation des privatisations et la nationalisation des secteurs stratégiques déjà privatisés ». Ils mettent en garde contre le danger des organismes génétiquement modifiés (OGM) et demandent l’instauration de règles de commerce international « justes et équitables », sans oublier des sujets brûlants comme l’accès à l’eau et l’immigration. | |||
| Marie Joannidis | |||
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