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26/06/2007
Drogue : l’Afrique et l’Afghanistan en ligne de mire

(MFI) L’Afrique et l’Afghanistan restent en ligne de mire dans la lutte contre le trafic mondial des stupéfiants même si la culture, la production et la consommation des drogues illicites semblent s’être stabilisées depuis deux ans. Le rapport mondial sur les drogues, publié le 26 juin 2007 par le Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre ce fléau, estime en effet que le problème est en train d’être globalement circonscrit, concernant aussi bien la cocaïne, l’héroïne, le cannabis et les amphétamines.

« L’Afrique est la cible des trafiquants de cocaïne qui viennent de l’ouest (Colombie) et des trafiquants d’héroïne qui viennent de l’est (Afghanistan) », a déclaré le directeur exécutif de l’ONUDC Antonio Maria Costa, à l’occasion de la publication du rapport mondial sur les drogues. « Il faut agir rapidement face à cette menace pour mettre un terme à la criminalité organisée, au blanchiment d’argent et à la corruption et empêcher que l’usage de drogues ne se répande et ne cause des ravages sur un continent déjà en proie à bien d’autres tragédies », a-t-il affirmé. Concernant l’Afghanistan, l’ONUDC estime que l’opium constitue un véritable cancer qui menace la sécurité, la santé et favorise la corruption.
Selon le rapport, les marchés mondiaux des drogues illicites sont pour l’essentiel demeurés stables en 2005-2006. La culture de la coca est toujours en déclin dans les Andes, et la consommation mondiale de cocaïne s’est stabilisée, même si la réduction enregistrée aux États-Unis est contrebalancée par des augmentations préoccupantes en Europe. Le marché des stimulants de type amphétamine comme l’Ecstasy a également été contenu, puisque les niveaux de production et d’abus sont restés inchangés dans beaucoup de pays. Et, pour la première fois depuis des dizaines d’années, les statistiques mondiales ne révèlent pas d’augmentation de la production et de la consommation de cannabis.
Mais « les drogues restent une forme mortelle de dépendance, et posent un véritable problème de santé, de sécurité et ruinent des millions de vies à travers le monde entier. Beaucoup reste donc à faire », a souligné Antonio Maria Costa. Parmi les mesures de lutte envisagées figurent la réduction de la vulnérabilité des cultivateurs face à la tentation du gain facile mais aussi la prévention et les soins prodigués aux millions de toxicomanes à travers le monde et, enfin, la répression des réseaux criminels. La coordination de l’action de détection et de répression a permis d’augmenter le volume de drogues saisies. Plus de 45 % de la cocaïne produite dans le monde est maintenant interceptée (ce qui représente une augmentation de 24 % par rapport à 1999), ainsi que plus d’un quart de l’héroïne (contre 15 % en 1999). Il s’avère toutefois plus difficile de saisir du cannabis ou des amphétamines car la chaîne d’approvisionnement est courte.

Le trafic de cocaïne explose en Afrique

Les pays africains sont depuis plusieurs années déjà utilisés par les trafiquants de cocaïne comme marche-pied vers les marchés consommateurs européens. Ces derniers mois, plusieurs saisies spectaculaires de cocaïne en provenance d’Afrique montrent que le phénomène prend de l’ampleur et que les trafiquants s’installent sur le continent, souligne le rapport.
En 2005, dernière année pour laquelle les résultats sont connus, les saisies de cocaïne rapportées de l’ensemble des pays africains étaient de 2,5 tonnes, 52 % de ces saisies ayant eu lieu en Afrique de l’Ouest, 33 % en Afrique du Nord et 14 % en Afrique du Sud. Les plus grosses saisies ont été enregistrées au Maroc (0,8 tonne), suivi du Ghana (0,7 t.), du Nigeria (0,4 t.), de l’Afrique du Sud (0,3 t.) et du Cap Vert (0,2 t.). Les résultats prévisionnels pour 2006 font état de 2 863 kg de cocaïne saisis en Afrique, soit une augmentation de 12 % par rapport à l’année précédente. Ce total provisoire a été établi à partir de données reçues par l’ONUDC sur des saisies individuelles de cocaïne, et notamment une saisie de 1 900 kg de cocaïne au Ghana en mai 2006. Parmi les cas cités figurent également l’interception, fin décembre 2006, d’une vedette par la marine espagnole. Partie de Casablanca, la vedette avait rejoint en mer un bateau en provenance d’Amérique latine pour prendre livraison de plus de 3 000 kg de cocaïne. Arrivée près des côtes espagnoles, la vedette a été repérée et a jeté sa cargaison à la mer. Finalement, les garde-côtes espagnols ont pu récupérer 1 800 kg de cocaïne et interpeller 28 personnes en Galice.

Au Burkina, cinq femmes simulant des grossesses sont arrêtées…

Si la plupart des saisies concernent surtout les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest du fait de leur situation géographique privilégiée pour les transports entre l’Amérique latine et l’Europe, la cocaïne circule aussi dans les pays plus enclavés d’Afrique, comme en témoigne la saisie de 49 kg à la gare routière de Faramana au Burkina Faso, à la frontière avec le Mali, le 26 mars 2007. La drogue était transportée par cinq femmes qui simulaient des grossesses. En avril, 635 kg de cocaïne ont été saisis en Guinée-Bissau, ce qui correspond à une valeur sur les marchés européens de 54 millions de dollars. En mai, en Mauritanie, un petit avion bimoteur Cessna est surpris sur l’aéroport de Nouadhibou, ville côtière proche de la frontière marocaine, en train de décharger 630 kg de cocaïne. Sept personnes ont été arrêtées, des Mauritaniens, deux Français et un Marocain. Entre la mi-avril et la fin mai 2007, les autorités de l’aéroport d’Orly, en France, ont saisi quant à elles près de 60 kg de cocaïne en 10 interventions sur des vols en provenance de Dakar.
La faiblesse institutionnelle des pays africains empêche d’avoir une idée précise sur l’importance de ce marché illicite : le niveau des saisies de cocaïne par l’ensemble des pays africains reste très faible par rapport aux prises importantes ayant un lien avec un pays africain des polices espagnole et anglaise. Si le nombre de consommateurs de cocaïne est estimé à environ 14 millions de personnes dans le monde, les informations sur l’Afrique restent très partielles, même si les experts estiment que l’utilisation de drogues ne cesse d’y augmenter.

Marie Joannidis

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