Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Liste des rubriques
MFI HEBDO: Politique Diplomatie Liste des articles

28/08/2007
Onu : des réformes qui tardent à se mettre en place

(MFI) Lancé en 2005, le train des réformes de l'organisation des Nations unies tarde à se mettre en place. En commençant par l'élargissement du Conseil de sécurité que vient de relancer le nouveau président français Nicolas Sarkozy.

Le chef de l'Etat français a en effet plaidé fin août 2007, à l'occasion de la réunion annuelle des ambassadeurs français à travers le monde, pour un élargissement du Conseil de sécurité à l'Allemagne, au Japon, à l'Inde et au Brésil et pour une « juste représentation de l'Afrique » qui compte un milliard d'habitants. Il a aussi préconisé dans son premier grand discours de politique étrangère depuis son élection en mai dernier la transformation du G8 en G13, pour y inclure des pays émergents comme la Chine, l'Inde, le Brésil, le Mexique et l'Afrique du Sud traditionnellement invités aux sommets des huit pays les plus industrialisés de la planète.

Pour l’élargissement « nécessaire » du Conseil de sécurité

« Les réformes engagées en 2005 dans le système des Nations unies vont dans le bon sens. Ce qui a manqué jusqu'à présent est la volonté politique de les mener à terme », a déclaré le président français lors de l'ouverture de la 15è conférence des ambassadeurs. Dans ce cadre, il s'est prononcé pour « l'élargissement nécessaire du Conseil de sécurité, dans les deux catégories de membres, avec comme nouveaux membres permanents l'Allemagne, le Japon, l'Inde, le Brésil et une juste représentation de l'Afrique ». Le Conseil de sécurité compte aujourd'hui cinq membres permanents (Chine, Etats-Unis, Grande-Bretagne, France et Russie) et 10 membres non permanents.
Nicolas Sarkozy compte sur ces réformes pour bâtir « un ordre mondial efficace et juste » et répondre aux menaces du XXIè siècle que sont, notamment, le réchauffement climatique, les nouvelles pandémies et les menaces sur la pérennité de l'approvisionnement énergétique.
La réforme de l’ONU avait été lancée par son ancien secrétaire général, le Ghanéen Kofi Annan, et reprise par son successeur, le Sud-Coréen Ban Ki-moon. Mais malgré des appels répétés pour sa "démocratisation", aucun accord n'a pu se faire jusqu'à présent quant à l’élargissement du Conseil de sécurité non seulement parmi les cinq membres permanents qui disposent d’un droit de veto - qu'ils ne paraissaient pas prêts à partager - mais aussi au sein des candidats potentiels qu’ils soient du Nord comme du Sud.

Dans une liberté plus grande

Le Conseil de sécurité avait été créé comme un organe essentiel ayant pour tâche d’assurer la paix et la sécurité internationales dans le cadre de l'Onu - qui avait succédé après la fin de la Deuxième Guerre mondiale en 1945 à la Société des nations (SDN). Le seul élargissement de sa composition est intervenu en 1965 avec l’adoption d’un amendement de la Charte de l’Onu portant de onze à quinze le nombre de ses membres, sans conséquence pour les Cinq qui ont conservé leur double privilège : permanence et droit de veto.
Les choses ont toutefois bougé après les attentats terroristes du 11 septembre 2001 et la guerre en Irak qui ont donné une dimension nouvelle aux problèmes de sécurité. Un rapport d’un groupe de personnalités internationales mandatées par Kofi Annan portant sur Les menaces, les défis et le changement, publié en décembre 2004, avait suggéré d’élargir le Conseil de sécurité à 24 membres sans nouveau droit de veto selon des formules variées. Ce document a servi de base au propre rapport du secrétaire général de mars 2005 intitulé Dans une liberté plus grande.
Trois propositions ont été avancées sans faire l’unanimité. La première dite du G4 – Allemagne, Brésil, Inde et Japon – prévoyait un Conseil élargi de 15 à 25 membres dont six nouveaux sièges permanents, quatre pour eux bien sûr, et deux pour l’Afrique, sans forcément réclamer le droit de veto.
Ce projet s’était heurté à l’hostilité des Africains qui, tout en restant profondément divisés sur le choix de leurs candidats, demandaient onze sièges supplémentaires, leur continent bénéficiant de deux sièges permanents et cinq non permanents.
Enfin un groupe d’Etats mené par l’Italie avait proposé une alternative avec un élargissement du Conseil à 25, mais sans nouveau détenteur du droit de veto. On ignore donc pour le moment si un accord pourra se faire lors de la prochaine réunion de l'Assemblée générale de l'Onu en septembre.

Rendre l’Onu plus verte

Pour le moment, Ban Ki-moon a concentré ses efforts sur les changements climatiques et sur sa volonté de rendre l'organisation des Nations unies « plus verte » pour donner l'exemple. Il a ainsi invité tous les Etats à participer aux négociations d'un nouveau traité sur le climat d'ici à 2009 au cours d'un débat organisé à l'Assemblée générale sur le thème « Changements climatiques, un défi mondial ». Ce débat a permis de préparer le terrain pour une réunion de haut niveau sur les changements climatiques qui se tiendra à l'ouverture de la prochaine session de l'Assemblée générale, le 24 septembre prochain, puis pour les négociations prévues dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, en décembre, à Bali. Ban Ki-moon est assisté dans ses efforts par trois envoyés spéciaux pour les changements climatiques, dont l'ancien Premier ministre norvégien Gro Harlem Brundtland. Une de ses priorités est un projet intitulé « Rendre l'Onu plus verte », pour faire des Nations unies une organisation écologique et « neutre » au niveau climatique en réduisant de manière sensible les émissions de carbone. Le Secrétaire général a ainsi invité tous les responsables des institutions et des autres organes des Nations unies à travailler avec lui sur un plan d’ensemble qui s’appliquerait à tous les locaux et installation de l’Organisation à travers le monde en commençant par la rénovation prévue du siège à New York.

Eviter les scandales du passé

Il a aussi lancé une réforme sur la gestion du personnel et leur mobilité pour obliger notamment toutes les catégories à bouger tous les cinq ans. Il veut ainsi rationaliser les activités des différentes agences de l'Onu. Huit pays pilotes - Albanie, Cap vert, Mozambique, Pakistan, Rwanda, Tanzanie, Uruguay et Vietnam – participent au programme « Une Onu » (One UN) qui vise à améliorer la coordination des activités de développement au niveau national en les regroupant en une seule unité. Les objectifs du Millénaire destinés à combattre la pauvreté mais aussi une plus grande efficacité du maintien de la paix tout comme les problèmes du désarmement qui dépendent désormais directement du secrétaire général sont parmi les autres priorités héritées de Kofi Annan. Concernant le maintien de la paix, deux entités différentes s'en occupent de manière coordonnée, l'une sur un plan politique et diplomatique, et l'autre en ce qui concerne la logistique au sens très large (contrats, acquisitions) pour éviter les scandales du passé.
Il reste cependant encore à définir le rôle exact et l'importance du Conseil des droits de l'homme qui a remplacé la commission du même nom et qui peine à se mettre en place.

Marie Joannidis

retour