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| 25/09/2007 | |||
| Ramsès 2008 Vers un monde multipolaire et hétérogène ? | |||
| Vers un monde multipolaire et hétérogène ? (MFI) Depuis un quart de siècle, l’Institut français des relations internationales publie, sous la direction de Thierry de Montbrial et de Philippe Moreau Defarges, son Rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies. Multipolarité en construction, persistance du fait national, importance de l’Afrique… tels sont quelques uns de points abordés. | |||
| Nous allons vers un monde « multipolaire et hétérogène ». Tel est le principal constat de Thierry de Montbrial dans Ramsès 2008, l’annuaire de l’Institut français des relations internationales. Principales tendances observées : « l’empreinte islamiste » continue à influencer durablement le point de vue des Occidentaux - et particulièrement celui des Américains. Aux côtés des Etats-Unis et de l’Union européenne, la Russie et la Chine (en passe de devenir la troisième puissance économique mondiale) figurent parmi les principaux pôles émergents. « L’activisme de la diplomatie chinoise s’affirme dans des Etats aussi divers et inattendus que la Serbie et le Timor-Leste. Quant à la Russie, son dynamisme retrouvé se déploie partout où l’occasion se présente, comme en Iran ou au Kosovo. » Mais contrairement à l’Europe, qui s’accommode « sans enthousiasme » du leadership américain, ces deux Etats, peu disposés « à entrer dans la sphère idéologique occidentale », défendent parfois « mezza-voce » des intérêts contraires. L’Europe, un pôle toujours en voie de formation « En partie du fait de leurs erreurs stratégiques et tactiques, les Etats-Unis sont en train de perdre la suprématie qu’ils semblaient avoir acquise durablement avec la chute de l’Union soviétique, poursuit-il. Et s’ils demeurent « de loin, et pour longtemps encore, la principale puissance de la planète (…) leur liberté d’action s’est durablement rétrécie avec leur enlisement dans “ la guerre contre le terrorisme ” ». La liberté d’action de l’UE, quant à elle, est limitée par sa « fragilité identitaire », tant politique que culturelle. Un phénomène qui s’est encore accentué avec l’entrée de nouveaux membres ouvertement pro-américains comme la Pologne. L’Europe demeure toutefois un « pôle en voie de formation dans le monde multipolaire qui s’esquisse ». L’Afrique, enjeu majeur des prochaines années ? Si « l’Onu continue à jouer un rôle majeur dans la mécanique diplomatique et à travers les institutions spécialisées », l’Organisation « ne ressemble en rien à un embryon de gouvernement planétaire », affirme encore Thierry de Montbrial, pour qui la « diplomatie multilatérale marque le pas ». Ainsi, la France et le Royaume-Uni agissent en tant qu’Etats indépendants au sein du Conseil de sécurité plutôt qu’au nom de l’UE. Autres candidats potentiels au statut de membre du Conseil, le Brésil et l’Inde (les Bric, avec la Russie et la Chine), « nouveaux acteurs majeurs dans les négociations commerciales multilatérales », ont « claqué la porte du cycle de Doha en juin pour protester contre les offres occidentales jugées insuffisantes en matière agricole ». Autant d’attitudes qui semblent conforter l’analyse d’Hubert Védrine, cet ancien ministre socialiste des Affaires étrangères qui a rendu début septembre au président Nicolas Sarkozy un rapport sur La France et la mondialisation : « Il ne s’agit pas de donner une place aux pays émergents, ils la prennent tous seuls. » Pour Montbrial, les véritables puissances émergentes au XXIè siècle sont asiatiques – sans présager des rivalités entre la Chine, le Japon et l’Inde. Malgré les réélections de Lula au Brésil et de Chavez au Venezuela, et le retour de Daniel Ortega au Nicaragua, le continent sud-américain dans son ensemble « n’est toujours pas sorti de la marginalité où sa position géographique l’a jusqu’ici cantonné ». En revanche, estime-t-il, « l’Afrique pourrait devenir un enjeu majeur dans les prochaines années. », en raison notamment des matières premières, associées aux « dangers politiques » (voir l’article d’Alain Antil, p. 251). La résistance du fait national Alors que la mondialisation a pour conséquence de lier entre eux la résolution des problèmes collectifs de la planète – prolifération des armes de destruction massive, blanchiment de l’« argent sale » –, « cette extension se heurte à la résistance du fait national (…). Qu’on le veuille ou non, le système international qui émerge n’est pas homogène. » Ainsi en va-t-il du bras de fer engagé ces derniers mois entre les Occidentaux et Téhéran. « L’Iran éprouve certes des difficultés économiques, aggravées par les sanctions imposées par l’Onu, mais son influence régionale grandit. » Ainsi « une grande négociation » à l’initiative du président iranien Ahmadinejad, malgré ses provocations répétées notamment à propos d’Israël, ne semblerait pas à exclure. Inversement, « le refus de négocier (…) également avec le Hamas, aura été une constante de l’attitude de G.W. Bush, et sans doute une des raisons de ses échecs ». Le multilatéralisme peut-il être inégalitaire ou partiel ? « Pourquoi le multilatéralisme n’est-il pas au rendez-vous ? », interroge Philippe Moreau Defarges qui souligne pour sa part la « mise à l’écart » de la grande réforme de l’Onu lancée en 2005 par Kofi Annan. Revenant à l’Iran, il estime que son cas « pose et posera de plus en plus la question de la légitimité du TNP [Traité de non prolifération, ndlr] : dans un monde démocratique, fondé sur l’égalité souveraine des Etats, certains peuvent-ils conserver le privilège de demeurer totalement maîtres de leurs armements nucléaires, alors que la très grande majorité des pays de la planète acceptent d’être sous surveillance ? Le multilatéralisme peut-il être inégalitaire ou partiel ?» Même imparfait, très complexe, le traitement des grandes questions comme les changements climatiques (avec la création d’un Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) ou encore la justice internationale (avec la mise en place progressive de la Cour pénale internationale qui « paraît réussir ses premiers pas en République démocratique du Congo, au Soudan et en Ouganda »), est une obligation. Y compris l’énorme défi que constitue la meilleure surveillance des flux financiers internationaux. | |||
| Antoinette Delafin Rapport annuel mondial sur le système économique et les stratégies, sous la direction de Thierry de Montbrial et de Philippe Moreau Defarges. Paris, Ed. Dunod, 2007. | |||
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