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02/10/2007
Conflits en Afrique
Une mobilisation commune, des stratégie individuelles


(MFI) La communauté internationale a renouvelé, fin septembre 2007, à l’occasion de l’Assemblée générale de l’Onu à New York, son soutien à la résolution des conflits en Afrique qui pénalisent le continent, en commençant par la crise du Darfour et la situation chaotique en Somalie. Mais il reste à concrétiser les paroles par des actes: appui financier et logistique des pays riches et volonté politique de tous, du Nord comme du Sud, de rétablir la paix.

Dans le cadre de la présidence française du Conseil de sécurité en septembre, le chef d’Etat français, Nicolas Sarkozy, en a réuni les membres afin de « mobiliser davantage encore la communauté internationale face aux défis de la paix et de la sécurité en Afrique », particulièrement au Darfour et en Somalie, pour lesquels il a proposé des « actions concrètes ». Cette réunion a permis de mettre l’accent sur le renforcement, que souhaite le président français, du partenariat entre les Nations unies et l’Union africaine. Elle a par ailleurs donné l’occasion aux dirigeants africains d’affirmer leur volonté d’assumer leurs propres destins tout en déplorant une certaine carence de l’Onu mais aussi des partenaires du monde développé.
Ainsi, le président sud-africain Thabo Mbeki a assuré le Conseil de sécurité de l’engagement du continent africain à régler lui-même les questions de paix et de sécurité. L’Afrique prend ces problèmes très au sérieux, a-t-il déclaré, soulignant le rôle moteur de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest au Liberia et en Côte d’Ivoire et les initiatives africaines au Burundi, en République démocratique du Congo et au Soudan. Il a cependant déploré le manque de capacités dont dispose l’Afrique pour mener à bien ses efforts et invité le Conseil de sécurité à trouver un moyen d’aider l’Union africaine dans cette voie.

Vers le « dépérissement » des bases militaires étrangères sur le continent ?

Pour Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l’Union africaine, les efforts de paix et de sécurité entrepris par les Africains nécessitent un accompagnement sous la forme, notamment, d’un financement régulier et non pas au cas par cas. « Il faut que nos partenaires laissent les Africains gérer leurs affaires », a-t-il dit, estimant que le financement, s’il était important, ne donnait pas droit à n’importe quelle intervention ou comportement. « Vous avez parlé de rupture, a-t-il dit à l’adresse de Nicolas Sarkozy dont c’est un slogan récurrent. Elle s’impose à tous égards, au-delà des liens hérités de la colonisation », a-t-il poursuivi, en soulignant qu’il n’y avait pas de chasse gardée, ni de pré carré, ni d’arrière-cour, et que l’Afrique ne devait plus être le théâtre de luttes d’influence. Il a enfin affirmé que la dynamique de l’intégration devait conduire au « dépérissement » des bases militaires étrangères sur le continent. Ce qui, en fin de compte, n’est pas contradictoire avec la volonté affirmée de Nicolas Sarkozy d’aider l’Union africaine à s’occuper du maintien de la paix dans ses pays membres et de réduire à terme la présence militaire française en Afrique.

Protéger les civils touchés par le conflit au Darfour

La réunion du Conseil de sécurité s’est traduite par la décision de déployer une force mixte Onu-Union européenne au Tchad et en Centrafrique, destinée à protéger les civils touchés par le conflit au Darfour. Le projet de résolution 1778 présenté par la France a été adopté le 25 septembre par tous les membres permanents et non permanents. Selon Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, qui accompagnait Nicolas Sarkozy, cette présence internationale permettra de faciliter un retour volontaire des déplacés et réfugiés dans leurs régions d’origine et un effort de reconstruction et de développement de ces zones.
La Minurcat, placée sous l’égide des Nations unies sera composée de trois éléments : une police tchadienne pour la protection humanitaire (environ 850 policiers et gendarmes), chargée d’assurer la sécurité au sein des camps de réfugiés et des sites de déplacés ; une mission de police des Nations unies (environ 300 policiers internationaux) chargée de la sélection et de la formation des policiers tchadiens ; une présence militaire de soutien chargée de contribuer à la sécurité de la zone qui sera prise en charge par l’Union européenne.
Avant la convocation du Conseil de sécurité, Ban Ki-moon et Alpha Oumar Konaré avaient présidé une réunion de haut niveau sur le Darfour à New York, qui a lancé un appel pressant au déploiement rapide de la Mission conjointe UA/Onu ("force hybride"), qui comptera au total 25 000 hommes, et à la participation de toutes les parties aux négociations de paix qui doivent reprendre en octobre à Tripoli en Libye. Le président américain George Bush, présent lui aussi à New York, a appuyé tous ces efforts et continue à qualifier les exactions commises au Darfour de « génocide », sans aller plus loin pour le moment.

Les Etats-Unis ont modifié leur dispositif concernant l’Afrique

Concernant la Somalie où la violence sévit toujours, les discussions sur la réconciliation nationale se poursuivent, en l’absence toutefois des islamistes qui avaient pris le pouvoir à Mogadiscio avant d’en être délogés par la force et notamment l’appui militaire de l’Ethiopie voisine. La France a proposé d’envoyer au large des côtes somaliennes un navire pour protéger les convois d’aide humanitaire de la piraterie, et certains pays arabes se déclarent prêts à participer à une force de maintien de la paix avec l’Union africaine.
Tout comme la France et son dispositif d’aide au maintien de la paix africain, Recamp, qui est en train de s’européaniser, les Etats-Unis ont modifié leur propre dispositif concernant l’Afrique. Le nouveau commandement militaire régional américain pour l’Afrique (Africom) aura pour mission d’aider les dispositifs militaires africains à faire face aux conflits et à mettre en place des solutions africaines grâce au partage des connaissances et de l’expérience militaires. « L’objectif principal n’est pas d’aller guerroyer sur le continent africain, a déclaré Theresa Whelan, vice-ministre adjointe de la Défense pour l’Afrique, mais plutôt de renforcer la capacité militaire des Africains afin que ceux-ci puissent faire face eux-mêmes à toute agression, sans devoir solliciter l’aide militaire de la communauté internationale. » Elle a souligné que les Américains n’avaient pas l’intention d’ouvrir de nouvelles bases militaires sur le continent.

Les Chinois veulent faire « respecter les réalités nationales »

Autre son de cloche, celui de la Chine, qui a voté les nouvelles résolutions malgré ses liens étroits avec Khartoum, mais qui parle avant tout de développement. Le ministre des Affaires étrangères Yang Jiechi a ainsi déclaré, à New York, que la réconciliation, le développement et la coopération doivent constituer les trois piliers principaux de la paix sur ce continent. « Nous appuyons la communauté internationale pour son aide à l’Afrique, étant entendu qu’elle doit respecter les réalités nationales et les modes de développement des pays africains », a-t-il ajouté

Marie Joannidis

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