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| 16/10/2007 | |||
| Questions internationales (2) Australie : l’immigration en question | |||
| (MFI) Depuis son arrivée au pouvoir en 1996, le Parti libéral a renforcé le contrôle de l’immigration. Des mesures acceptées par une opinion facilement conservatrice. Pourtant, l’Australie est un pays de migrants et sa société est profondément multiculturelle. Les Asiatiques sont nombreux et bien accueillis. L’intégration est plus difficile pour les Africains et les musulmans. | |||
| C’est l’un des paradoxes de l’Australie. Historiquement, le pays est une nation de migrants. Les premiers habitants sont les Aborigènes, dont les paléoanthropologues ne savent pas très bien s’ils sont originaires du Timor ou d’Afrique. Reste qu’aujourd’hui, ces Aborigènes – qui ont toujours souffert et souffrent encore de discriminations sociales, économiques et culturelles – ne représentent plus que 1 % de la population ; 92 % des Australiens sont d’origine européenne et 7 % d’origine asiatique. Un test de citoyenneté La société australienne est profondément multiculturelle ; 22 % des 20 millions d’Australiens sont nés à l’étranger, et chaque année 100 000 personnes acquièrent la nationalité ; 900 000 autres pourraient le faire, mais y renoncent devant la complexité des procédures. Un test de citoyenneté est désormais obligatoire, qui impose de répondre correctement à 20 questions choisies sur une liste de 200 portant sur la société, la culture et l’histoire du pays. On peut ainsi vous demander quel fut le meilleur joueur de cricket australien de tous les temps, quel est l’emblème du pays ou l’année d’arrivée des premiers colons. Impératives également la maîtrise de l’anglais et l’adhésion aux valeurs du pays, comme l’égalité entre les sexes, la liberté religieuse ou le sens de la justice. « Ce test permet un juste équilibre entre la diversité de la société et la nécessaire intégration des immigrants. Notre société doit être plurielle, mais avec un socle commun de valeurs », défend Kevin Andrews, le ministre de l’Immigration. L’amalgame musulmans = islamistes Interviewé dans Le Monde, Graham Thom, le représentant à Sydney d’Amnesty International, regrette « la politique de John Howard qui consiste à stigmatiser certains immigrants, en particulier les musulmans et les Africains. L’amalgame avec le terrorisme islamiste est tellement facile. Quant aux structures réservées aux demandeurs d’asile, elles sont dans un état déplorable ». Le mois dernier, le Premier ministre australien a ainsi déclaré que « les 300 000 musulmans du pays doivent apprendre l’anglais et traiter les femmes de manière juste. C’est loin d’être toujours le cas ». Il a également annoncé la suspension de l’accueil des réfugiés politiques africains jusqu’en juin 2008, officiellement pour favoriser les demandeurs d’asile asiatiques et proche-orientaux. En 2005, 70 % des réfugiés étaient originaires d’Afrique. Selon le Parti travailliste : « Cette annonce est purement électoraliste. Avant chaque scrutin, John Howard brandit une nouvelle menace contre la sécurité du pays ou annonce le durcissement des lois contre l’immigration. Il cherche à caresser dans le sens du poil une opinion facilement conservatrice, au risque de favoriser de nouvelles émeutes raciales comme le pays en a connu en décembre 2006. » Depuis le retour des Conservateurs au pouvoir à Canberra en 1996, les lois sur l’immigration et l’asile politique se sont terriblement durcies. John Howard avait même envisagé de détenir tout demandeur d’asile en centre fermé à Nauru ou Manus (Papouasie-Nouvelle-Guinée), qui sont des pays voisins souverains, tant que l’instruction de leur dossier ne serait pas terminée. Les protestations ont été telles – même chez ses amis politiques – qu’il a dû faire marche arrière. « Mon objectif était de protéger nos frontières. Je pensais que les Australiens seraient d’accord », a-t-il alors déclaré benoîtement. A en croire Grant McCall, directeur des études sur le Pacifique à l’université de Sydney : « Il y a une quinzaine d’années, l’Australie s’interrogeait sur son appartenance au monde asiatique. C’était très tendance, et correspondait à une fascination pour la culture et le succès économique de l’Asie. John Howard a inversé cette tendance, et réaffirmé l’attachement du pays au monde occidental. » Des Asiatiques de plus en plus nombreux Et pourtant… John So est le premier maire de Melbourne d’origine chinoise. Si le Parti travailliste remporte les élections législatives à la fin de l’année, Kevin Rudd deviendra le premier Premier ministre d’un pays occidental à parler couramment mandarin. Le mandarin qui est d’ailleurs la seconde langue du pays, du fait des 700 000 membres de la communauté chinoise. « Il arrive dans certaines classes que tous mes élèves soient d’origine asiatique. Ce n’est que lorsque je les entends parler avec notre fort accent australien que je réalise qu’ils sont nés ici », témoigne un enseignant dans le magazine économique L’Expansion. A regarder un planisphère, la proximité de l’Australie avec l’Asie est une évidence. Perth, dans l’ouest du pays, est plus proche de Singapour que de Sydney, de même que Darwin est plus proche de l’Indonésie. Pour la première fois en 2007, l’équipe nationale de football a participé à la Coupe d’Asie ; elle a été éliminée en quarts de finale par le Japon. Pour Ross Garnaut, ancien ambassadeur d’Australie en Chine : « Jusqu’au début des années soixante-dix, notre politique d’immigration était exclusivement réservée aux Européens. En l’espace d’une génération, tout a changé ; nous sommes devenus l’une des sociétés les plus diversifiées de la planète. Peu importe le discours des Conservateurs sur l’immigration ; il attise certes les craintes et les rancœurs des perdants de la mondialisation, mais il ne pourra pas renverser l’évolution de la société. Le péril jaune n’a plus cours en Australie. » Une analyse partagée, dans L’Expansion, par John Button, l’ancien ministre travailliste de l’Industrie : « Nous sommes la seule nation industrialisée à considérer la montée en puissance de la Chine comme une formidable opportunité, alors que les Américains et les Européens la vivent d’abord comme une menace. » Conclusion de Grant McCall : « Le Parti libéral de John Howard tient un discours parfois inquiétant sur les “valeurs” australiennes. Encore faudrait-il les définir. Mais cela est conjoncturel ; nous resterons une terre d’immigration. Par contre, en Australie, l’intégration passe par la réussite économique et la discrétion. C’est pourquoi les Asiatiques – et les Chinois en particulier – sont mieux acceptés que les réfugiés politiques afghans ou africains. » L’Australie en bref Capitale : Canberra Principales villes : Sydney, Melbourne, Perth Système politique : monarchie constitutionnelle et démocratie parlementaire ; Etat fédéral, membre du Commonwealth Superficie : 7 741 220 km² Population : 20,1 millions (dont 91 % de population urbaine) Densité : 2,6 habitants/km² Religions : 42 % de protestants, 26 % de catholiques, 3 % d’orthodoxes, 2 % de bouddhistes… Langues : anglais. 2 % de la population parlent chinois. Espérance de vie : 81 ans (femmes) ; 77 ans (hommes) Croissance démographique : 1,1 % par an Alphabétisation : 99 % PIB : 420 milliards de dollars PIB/tête : 22 452 dollars Croissance : 3,8 % (en 2006) Principales richesses : industrie agroalimentaire, machines-outils, agriculture (blé, orge), uranium, nickel, aluminium, cuivre, services financiers… Equipements : 496 voitures, 740 télévisions, 700 téléphones, 578 ordinateurs… pour 1 000 habitants. Budget de la défense : 2,47 % du PIB Sources : Courrier international, Le Monde, l’Etat du monde | |||
| Jean Piel | |||
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