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| 31/10/2007 | |||
| Sahel : à nouveau des bruits de bottes | |||
| (MFI) Considéré par les Américains comme une des zones d’insécurité de l’Afrique et d’agitation de l’islam intégriste, le Sahel connaît à nouveau des bruits de botte avec la résurgence de mouvements de rébellion touaregs au Mali et au Niger, ce qui suscite aussi l’émoi de la France, principal partenaire de ces pays. | |||
| Le président français Nicolas Sarkozy a proposé à son homologue malien, Amadou Toumani Touré, de passage à Paris fin octobre, une aide en matériel à l’armée malienne confrontée à une rébellion touareg dans le nord-est du pays. ATT, comme on l’appelle familièrement, a souligné qu’il voulait préserver son pays d’une guerre inutile, préférant combattre pour le développement. Mais il a souligné que ce développement ne peut se faire sans paix, sans stabilité et sans sécurité. « Nous ne pouvons pas demander à la France de construire des centres de santé et des puits si, dans la région du Kidal (nord-est), nous n’avons pas la sécurité », a-t-il dit, estimant que si « la solution militaire n’est pas la meilleure », il sera obligé de passer par là s’il n’y a « rien d’autre à faire ». Malgré un accord de paix signé en juillet 2006 à Alger, un groupe de Touaregs maliens dirigé par Ibrahim Ag Bahanga a multiplié les opérations contre l’armée dans le nord-est du Mali, enlevant notamment une cinquantaine de personnes. Depuis un mois toutefois, une trêve est respectée sur le terrain et Amadou Toumani Touré a proposé une conférence sur la sécurité réunissant tous les pays de la bande sahélo-saharienne. Au Niger, les incursions rebelles ont suscité un durcissement du régime et l’arrestation de plusieurs journalistes soupçonnés de complicité avec les Touaregs, accusations qu’ils réfutent, dont le correspondant de RFI Moussa Kaka emprisonné depuis le 20 septembre 2007. Dans le passé, des Touaregs qui se sentaient marginalisés par les pays où ils vivent et qu’ils traversent avaient pris les armes pour se faire entendre. Le Mali avait conclu en 1992 un "Pacte National" alors que le Niger avait signé en 1995 un "Accord établissant une paix définitive entre le Gouvernement de la République du Niger et l’Organisation de la Résistance Armée". La France plus calme que les Etats-Unis La France a déjà condamné les attaques au Mali et au Niger – avec ce pays, elle est engagée dans des négociations difficiles concernant l’uranium dont elle a besoin pour son arsenal nucléaire. Mais elle reste plus calme que les Américains concernant les menaces terroristes, se basant plutôt sur ses réseaux de renseignement et sa connaissance du terrain pour les contrer. Les Etats-Unis ont intensifié ces dernières années leur coopération militaire avec le Mali où ils ont organisé des exercices antiterroristes. Washington considère en effet le désert du Sahara comme une zone d’activités de l’ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), rebaptisé Al-Qaïda au Maghreb. Selon le dernier rapport du Département d’Etat américain sur le terrorisme dans le monde et en Afrique, les groupements terroristes affiliés à Al-Qaïda ont été présents et actifs en Afrique du Nord-Ouest en 2006. Ils ont lancé des attaques de faible ampleur contre les pouvoirs publics et contre les intérêts des États-Unis, collecté des fonds, fait des recrues et mené d’autres activités de soutien dans le Trans-Sahara. Le Groupe salafiste pour la prédication et le combat a fusionné avec Al-Qaïda et pris le nom d’Al-Qaïda pour le Maghreb islamique. Il a continué d’être actif au Sahel, franchissant les frontières difficiles à surveiller entre le Mali, la Mauritanie, le Niger, l’Algérie et le Tchad pour recruter des extrémistes aux fins d’entraînement et de lancement d’opérations dans le Trans-Sahara et peut-être à l’extérieur. Dans ce contexte, les rebelles touaregs sont soupçonnés de trafics de drogue et d’armes pouvant justement favoriser les extrémistes musulmans. Les Etats-Unis apportent une aide aux pays sahéliens dans le cadre du Partenariat antiterroriste transsaharien (« Trans-Sahara Counter-Terrorism Partnership » ou TSCTP), programme qui vise à juguler la menace dans le Sahel au moyen d’une stratégie intégrée alliant l’aide au contre-terrorisme, une aide ciblée au développement et des initiatives de diplomatie publique destinées à priver les groupes terroristes de tout asile sûr. Les Africains partagés sur l’installation d’un QG américain en Afrique Ces activités doivent s’intensifier avec la création d’un nouveau Centre de commandement des États-Unis pour l’Afrique, dénommé Africom, entré officiellement en activité le 1er octobre 2007. Cette création constitue selon Washington une réorganisation de la structure régionale de commandement du ministère de la Défense des Etats-Unis, pour mieux coordonner les relations militaires avec 53 pays du continent africain, en coopération avec l’Union africaine. Pendant sa première année d’activité, l’Africom fonctionnera dans le cadre du Centre de commandement des États-Unis pour l’Europe (Eucom), à Stuttgart en Allemagne. Le lieu où sera installé le QG sur le continent africain n’a pas encore été choisi mais déjà les Africains sont partagés sur cette nouvelle structure. Ainsi le Liberia a proposé de l’accueillir alors que la Mauritanie dément tout projet de ce genre, critiqué par la Libye ou l’Algérie et même l’Afrique du Sud. Les responsables américains précisent qu’« aucune nouvelle base ne sera créée (en dehors de Djibouti) et qu’aucune force nouvelle ne sera déployée en rapport avec Africom », soulignant qu’il n’y avait pas de changement de la politique des Etats-Unis en Afrique. Le président américain George W. Bush avait lui-même annoncé la création de l’Africom qui devrait permettre aux Etats-Unis d’être plus « efficaces » qu’avec le dispositif précédent qui partageait l’Afrique en trois commandements régionaux. Cette réorganisation survient alors que les Etats-Unis ont intensifié leurs activités militaires – entre autres dans la Corne de l’Afrique et dans le Sahel – pour empêcher les groupes islamistes de la mouvance terroriste Al-Qaïda de trouver des bases de repli. | |||
| Marie Joannidis | |||
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