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| 27/11/2007 | |||
| Questions internationales (2) Russie : un nationalisme exacerbé | |||
| (MFI) La défense de l’identité russe est l’un des thèmes de la campagne pour les élections législatives du 2 décembre 2007. La Russie connaît en effet ces dernières années un réveil du nationalisme, parfois de manière violente. Cela n’est pas sans conséquence sur la politique étrangère du Kremlin. | |||
| « La renaissance de la Sainte Russie », « La Grande Russie est de retour », « Moscou de nouveau aussi puissante que Washington »… Ce sont quelques expressions employées par des dirigeants politiques russes, et relevées par l’hebdomadaire Courrier international. Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en décembre 1999, le nationalisme a le vent en poupe dans l’ancienne URSS. Un nationalisme interprété comme un signe de plus de la dérive autoritaire du pays, et qui passe par une glorification à outrance de la « nation russe ». Dans les discours politiques, le terme Fédération de Russie – en référence aux multiples nationalités qui composent le pays (Tatares, Bachkires, Tchétchènes…) – a disparu au profit du seul vocable Russie. A l’automne 2006, réagissant à une vague de pogroms anti-caucasiens, Vladimir Poutine avait qualifié les Russes de « population de souche dont les droits doivent être préservés en priorité ». Parmi les soutiens affichés du chef de l’Etat figurent plusieurs mouvements ouvertement antisémites. La Douma – le Parlement russe – a même réclamé, en 2005, l’interdiction des organisations juives, accusées de « pactiser avec le diable pour déstabiliser le pays ». Régulièrement, des jeunes néo-nazis – regroupés au sein de Patrouille blanche ou d’Unité nationale russe – défilent dans les rues, célébrant « le Troisième Reich et le retour de la terreur russe », sous le regard bienveillant des forces de l’ordre. Dans l’opinion, Vladimir Poutine est associé à la force, au courage, à la défense de la nation, bref au bien, tandis que l’opposition est présentée comme une cinquième colonne vendue aux pays occidentaux pour affaiblir la « Grande Russie », donc comme le mal. Les étrangers pris pour cible Ce réveil du nationalisme s’accompagne d’une multiplication des crimes racistes. Depuis le mois de janvier, 32 personnes ont ainsi été assassinées et 245 gravement blessées, selon le décompte de Sova, une Ong de lutte contre le racisme. En sont victimes : des Arméniens, des Tadjiks, des Chinois, des Indiens… étudiants, diplomates ou salariés. Dans le quotidien Le Monde, des résidents africains reconnaissaient avoir peur en permanence, ne jamais sortir seuls et toujours rester chez eux à la nuit tombée. En avril 2006, Lanzar Amba, un étudiant sénégalais de Saint-Pétersbourg, défenseur des droits des Africains, a été abattu en pleine rue d’un coup de fusil. Invité en janvier 2006 au 60è anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, Vladimir Poutine avait déclaré sa « honte de voir ressurgir l’antisémitisme et le racisme dans mon pays ». Les lois punissant ces crimes ont été renforcées, mais elles ne sont pas appliquées. Les juges ne retiennent jamais la qualification de crimes racistes ; les coupables écopent de peines légères pour hooliganisme. Comment s’en étonner lorsque les hommes politiques relaient la propagande haineuse des groupuscules néo-nazis ? Ainsi Sergueï Babourine, député de Russie Unie, a récemment expliqué que « le principal problème, ce sont les attaques d’honnêtes citoyens russes par des étrangers, pas le contraire ». A en croire Alexandre Verkhovski, l’un des responsables de Sova : « Les jeunes de Patrouille Blanche ou de Fierté Slave, mais aussi de Nachi, le mouvement de la jeunesse pro-Poutine, font le coup de main contre les grévistes. Ils tabassent les petits dealers de drogue ou protègent les meetings politiques de Russie Unie. En échange, le pouvoir ferme les yeux sur leurs activités ». Sentiment anti-occidental Le corollaire de ce réveil du nationalisme russe est un fort sentiment anti-occidental qu’attise à dessein le pouvoir. Dans les tracts de Russie Unie, les discours des dirigeants politiques ou les sites Internet des mouvements de jeunesse, les pays occidentaux, particulièrement les Etats-Unis, sont accusés de vouloir empêcher la renaissance de la « Grande Russie ». L’adhésion des Pays baltes à l’Union européenne et à l’Otan, le projet américain de bouclier antimissile, la probable indépendance du Kosovo, sont autant d’éléments présentés par le Kremlin comme des attaques occidentales. « Notre pays développe une mentalité isolationniste, un culte de la nation assiégée. Lorsqu’un ministre menace de pointer des ogives contre l’Europe en cas de déploiement du bouclier antimissile, on revient à une rhétorique de la guerre froide digne de la pire époque soviétique », écrivait Igor Romanov, l’éditorialiste de Nezavissimaïa Gazeta. Champion du retour de Moscou sur la scène internationale, Vladimir Poutine ne cesse de scander que son pays peut offrir « une alternative à la politique unilatérale de Washington », comme l’URSS en son temps. « Que Moscou défende une autre politique étrangère que celle des Etats-Unis n’est en rien condamnable. En Europe comme au Proche-Orient, notre pays défend ses intérêts bien compris. Le problème est d’encourager une paranoïa qui voit dans toute décision américaine ou européenne un acte de russophobie, voire un complot pour affaiblir la Russie », souligne le politologue Anatoli Alexeïeva. Et Boris Doubine, le directeur du centre d’études politiques Levada, d’ajouter : « Les Russes sont encore traumatisés par la chute de la puissante URSS. Les années Eltsine, synonyme de crise économique, d’affairisme, de pouvoir faible, restent dans les esprits. Aujourd’hui, nous avons un président jeune, déterminé, charismatique, qui redonne leur fierté aux habitants. Les Russes aiment un pouvoir fort. En outre, la hausse des cours des matières premières dynamise l’économie. Tout cela additionné, les dérapages ne sont pas surprenants. » | |||
| Jean Piel | |||
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