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| 11/12/2007 | |||
| Questions internationales (3) A la frontière inter coréenne : une biodiversité menacée | |||
| (MFI) Interdite d’accès depuis 1953, la zone démilitarisée qui sépare les deux Corée abrite un écosystème exceptionnel. Il est aujourd’hui menacé par le développement des relations économiques entre les deux voisins. Les arguments des écologistes ne pèsent guère face à l’enjeu d’une paix durable dans la Péninsule. | |||
| L’amélioration des relations entre les deux Corée pourrait faire une victime collatérale : l’environnement. En effet, la fermeture hermétique de la frontière inter coréenne depuis bientôt soixante ans a permis à la nature de reprendre ses droits dans ce qu’on appelle la DMZ (pour zone démilitarisée), le no man’s land qui sépare les deux pays de part et d’autre du 38è parallèle, sur 250 km de long et 4 km de large. L’endroit constitue un sanctuaire unique au monde pour des dizaines d’espèces menacées dans le reste de la Péninsule par le développement économique et l’urbanisation. Non seulement les champs se sont transformés en prairies et les marais n’ont pas été asséchés, mais on peut y observer des cerfs, des ours, des renards gris, peut-être même des tigres. 230 espèces d’oiseaux y vivent, dont sept menacées d’extinction au niveau mondial, comme la cigogne à bec noir. La DMZ héberge aussi chaque année des milliers de grues blanches et de canards sauvages venus de Chine et de Sibérie. « A chaque fois que je vais dans la DMZ, je découvre quelque chose de nouveau. La biodiversité y est exceptionnelle », s’enthousiasme Kim Kwi-Gon, directeur du département Environnement à l’Université nationale de Séoul, et seul scientifique admis à visiter ce vestige de la Guerre froide. Succession d’estuaires, de plaines et de montagnes, la région est cependant aussi dangereuse que belle puisque des dizaines de milliers de mines – disséminées pendant la guerre de Corée (1950-1953) – sont encore actives. « La DMZ abrite 60 % de la biodiversité de la Péninsule. Mais ce n’est pas son seul intérêt. L’abondante couverture végétale offre un rempart contre les inondations, et les zones humides -en piégeant d’importantes quantités de CO2- jouent un rôle contre le réchauffement climatique », explique Kim Kwi-Gon. Détente contre environnement La détente entre les deux Corée devrait se traduire en premier lieu par un développement des relations économiques bilatérales, d’où une menace pour cet équilibre écologique toujours fragile. Ainsi, le complexe industriel de Kaesong se trouve-t-il à la limite de la DMZ, côté Corée du Nord. Déjà le fleuve Saechon, qui traverse la zone démilitarisée, montre des signes de pollution. « Les entreprises sud-coréennes implantées à Kaesong ont l’obligation de traiter leurs eaux usées. En pratique, elles ne le font pas. Elles se savent à l’abri de toute poursuite puisqu’en investissant à Kaesong, elles participent à l’amélioration des relations entre les deux Corée. On ne va pas leur reprocher alors de polluer une rivière », regrette un haut fonctionnaire du ministère de l’Environnement, à Séoul. « Le développement économique est la priorité des Nord-Coréens, la détente dans la Péninsule celle des Sud-Coréens. Cela ne laisse guère de place à la défense de l’environnement dans la DMZ. Que valent quelques fleurs par rapport à la paix dans la région, m’a-t-on déjà dit », ajoute Jeong Hoi-Seon, biologiste à l’Institut sud-coréen de l’environnement. Les associations écologistes espèrent qu’on ne va pas réitérer dans la DMZ, et en Corée du Nord, les erreurs commises au Sud dans les années soixante-dix et quatre-vingt, à savoir une industrialisation à marche forcée qui a défiguré le pays. | |||
| Jean Piel | |||
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