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| 08/01/2008 | |||
| Questions internationales (1) La Slovénie, bonne élève des Balkans | |||
| (MFI) Depuis le 1er janvier, l’Union européenne est présidée par la Slovénie. Une première pour un ex-pays communiste. Il s’agit là d’un signe de reconnaissance pour cette ancienne province yougoslave, indépendante depuis 1991, devenue en un temps record un havre de paix et de prospérité. La Slovénie entend favoriser un rapprochement entre l’UE et les Balkans. Mais sa marge de manœuvre sera limitée, d’autant que c’est la France qui, le 1er juillet, lui succédera à la tête de l’Union. | |||
| Que représente la Slovénie au sein de l’UE ? Province yougoslave inconnue il y a seulement dix-sept ans, la Slovénie occupe depuis le 1er janvier, et pour six mois, la présidence de l’Union européenne, le premier bloc commercial au monde, fort de 450 millions d’habitants. Un parcours exemplaire pour ce petit pays de 2 millions d’âmes, grand comme trois départements français. « Mais dix fois plus grand que le Luxembourg », aime-t-on à préciser en souriant, à Ljubljana, la capitale. La Slovénie déclare unilatéralement son indépendance de la Yougoslavie le 25 juin 1991. Une déclaration qui sonne le début de la guerre dans les Balkans, mais paradoxalement la province échappe au conflit. Majoritairement catholique et ethniquement homogène (93 % des habitants sont slovènes), la région – enclavée entre les Alpes et la mer Adriatique – n’intéresse pas les leaders nationalistes serbes. Tandis que les provinces voisines – Croatie, Bosnie, Macédoine, Serbie – sont, dix ans durant, le théâtre de combats meurtriers, la Slovénie développe son économie et construit des institutions politiques stables. « Dès l’indépendance, notre objectif a été de rejoindre l’UE. Les gouvernements successifs, de centre-droit et centre-gauche, ont mené d’importantes réformes politiques et économiques dans ce seul but. Des réformes difficiles, mais acceptées par la population, car adhérer à l’Union européenne signifiait appartenir au monde libre et développé », explique, dans le quotidien Le Monde, Janez Lenarcic, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes. Ljubljana enchaîne alors les étapes. En 1996, elle fait acte de candidature auprès de Bruxelles. En mars 2003, l’adhésion est approuvée par référendum par 89,6 % des votants ; adhésion qui devient effective le 1er mai 2004. La même année, la Slovénie rejoint l’Otan. Deux ans plus tard, le pays satisfait aux critères de Maastricht concernant l’inflation, la maîtrise des comptes publics et la stabilité des taux d’intérêt. Des dix entrants dans l’UE en mai 2004, il est le premier à rejoindre la zone euro, le 1er janvier 2007. Puis le 21 décembre dernier, il adhère à l’espace Schengen sur la suppression des frontières intérieures. Depuis le 1er janvier, la Slovénie est donc le premier ex-pays communiste à présider aux destinées de l’UE. Les frontières de l’Europe se déplacent un peu plus de l’Ouest vers l’Est, de l’Atlantique vers l’Adriatique. Quelles qualités particulières valent à la Slovénie cette rapide promotion ? Au temps de la Yougoslavie, la Slovénie était déjà le grenier à blé de la région. Son agriculture est riche, tout comme les industries de transformation liées au secteur primaire : bois, papier, textile, agroalimentaire. Dès l’indépendance, le pays a encouragé la création d’industries mécaniques (automobile, machine-outils) et d’un secteur de pointe en chimie et en pharmacie. Comme le soulignait, dans l’hebdomadaire économique Challenges, Boris Luznyack, le directeur de la Chambre de commerce de Ljubljana : « La Slovénie dispose d’une main d’œuvre bien formée et bon marché, les infrastructures sont de bonne qualité et le pays se trouve à un carrefour géographique stratégique. Pour rejoindre l’UE, nous avons mené des réformes structurelles en profondeur et réussi une mutation en un temps record. En outre, nous sommes un modèle de stabilité politique au cœur d’une région tourmentée. » Résultat : le taux de croissance dépasse les 5 % et le chômage atteint à peine 6 %. Le PIB/habitant vaut 80 % de la moyenne européenne, soit le même montant que celui de la Grèce ou du Portugal. Depuis le passage à l’euro, les investissements étrangers affluent. Auteur d’un pamphlet C’est beau d’être slovène mais c’est difficile, l’écrivain Ciril Zlobec insiste sur la spécificité culturelle de son pays et l’atout que représentent sa petite taille et sa faible population : « Tout ici est négociable ; tout se décide par consensus. Notre histoire est marquée par le refus d’être assimilé par nos puissants voisins. Nous sommes farouchement indépendants, mais nous avons aussi fait de la discipline et de la volonté de réussir un art de vivre. » Le voyageur a du mal à imaginer que la sérieuse Slovénie a appartenu un temps au même pays que ses bruyants voisins serbes ou croates. Venise et Vienne sont d’ailleurs plus près de Ljubljana que ne l’est Belgrade. Les campagnes sont propres comme des pâturages helvétiques ; avec ses façades viennoises et ses ponts en arc sculptés, Ljubljana rappelle la capitale autrichienne ; les pistes cyclables n’ont rien à envier à celles d’Amsterdam et le tri sélectif des déchets est une règle depuis des années. « Même notre hymne national semble extrait d’un film de Sissi impératrice », s’amuse Ciril Zlobec. Depuis son indépendance, la Slovénie est aussi un modèle d’équilibre politique. Le gouvernement est dirigé par Janez Jansa, issu d’un parti de centre-droit, tandis que le président de la République, Danilo Türk, est soutenu par les partis de centre-gauche. Le poste est essentiellement honorifique, mais c’est néanmoins lui qui représente désormais la Slovénie dans les instances européennes. Entre son succès économique, sa stabilité politique, sa discipline et sa qualité de vie, la Slovénie apparaît un peu ennuyeuse à certains. D’autres l’ont, sans surprise, surnommée la Suisse des Balkans. Quels sont néanmoins les handicaps du pays ? Si la Slovénie connaît un réel succès économique, elle n’est pas riche pour autant. Son PIB/habitant est la moitié de celui de la France. Les rigidités du marché du travail et le poids de l’administration – héritages de la période communiste – découragent parfois les investisseurs, d’autant que la pression fiscale reste forte. Réplique de Boris Luznyack, le directeur de la Chambre de commerce de Ljubljana : « Notre indépendance est récente et nous avons fait des progrès considérables en peu d’années. Les Slovènes ont accepté sans rechigner d’importants sacrifices et de profonds changements. Les impôts vont baisser et plusieurs secteurs industriels seront bientôt privatisés. En terme de rigidité économique, la Slovénie n’est certainement pas pire que la France ou le Benelux. » La principale inquiétude des Slovènes aujourd’hui est la valse des étiquettes. Depuis le passage à l’euro, le taux d’inflation – qui était de 2,6 % en 2005 – est passé à 5,7 %. Le 17 novembre dernier, 30 000 personnes ont défilé à Ljubljana contre la vie chère. La plus importante manifestation en Slovénie depuis l’accession à l’indépendance en 1991. Autre inquiétude pour l’avenir : la faible croissance démographique (0,01 %) qui pourrait à terme handicaper l’activité. Le pays a pourtant pour animal fétiche la cigogne… Certains reprochent aux Slovènes de ne guère partager leur bonheur. En novembre 2006, un référendum sur l’extension des droits des minorités ethniques (7 % de la population) a été rejeté à près de 90 %. Quant à Zmago Jelincic Plemeniti, le leader du Parti national slovène, une formation d’extrême droite, il a séduit 20 % des électeurs au premier tour de l’élection présidentielle, le 21 octobre 2007. Une menace que relativise le journaliste Bogdan Benko : « La Slovénie a longtemps vécu sous le joug communiste. Aujourd’hui, nous sommes indépendants, riches, libres, nous avons le droit de voyager. Nous voulons en profiter un peu égoïstement, comme un enfant refuse de prêter son nouveau jouet. Mais avec le temps, nous apprendrons à partager ce bonheur avec les autres ; les Slovènes sont des gens ouverts. Vous rendez-vous compte qu’il n’y a plus de contrôle à la frontière avec l’Italie, alors qu’il y a seulement 20 ans des gens étaient arrêtés à cette même frontière pour avoir sur eux un livre qui parlait de la démocratie ? Le succès électoral de Plemeniti est conjoncturel ; il s’explique par l’inflation. Si les Slovènes étaient si redoutables, les étrangers ne seraient pas aussi nombreux à acheter une maison dans notre pays ». Quel est le programme de la Slovénie pour sa présidence de l’Union européenne ? Les autorités slovènes n’ignorent pas les difficultés qui les attendent. « La désignation de la Slovénie à la présidence de l’UE est une marque de confiance qui nous impose de grandes responsabilités. C’est l’un des plus importants défis depuis l’indépendance, tant en terme d’organisation que de contenu », a déclaré le Premier ministre Janez Jansa. Pour ce faire, Ljubljana n’a pas lésiné sur les moyens : un nouveau centre de conférences a été construit à proximité de l’aéroport, et 1 700 fonctionnaires (un sur dix) ont été affectés à cette mission. Pour la Slovénie, une présidence réussie serait un moyen d’asseoir son autorité, de poursuivre son développement économique et de mieux faire connaître un pays souvent confondu avec la Slovaquie. La marge de manœuvre des dirigeants slovènes sera néanmoins limitée. Ces derniers n’ont ni l’expérience ni la légitimité historique ni l’influence économique et diplomatique qui leur permettraient d’imposer leurs décisions. Ainsi, Ljubljana n’a pas d’ambassade dans 110 pays, où elle doit être représentée par la France. A Bruxelles, certains diplomates se frottent déjà les mains. « La Commission apprécie les petits pays car c’est l’assurance d’une présidence sans envergure, qui se soumet à tous nos avis. Pas d’initiatives tapageuses à gérer comme avec les pays poids-lourds », sourit un fonctionnaire européen, cité par L’Express. En outre, cette présidence slovène sera suivie, le 1er juillet, par celle de la France, pays fondateur de l’UE et acteur incontournable de la politique européenne. « Notre mission sera remplie si nos partenaires reconnaissent que nous avons bien travaillé », admet modestement Janez Jansa. Sur quels dossiers la Slovénie pourra-t-elle néanmoins peser ? Même si son pouvoir est limité, la Slovénie entend jouer pleinement son rôle de président de l’UE. Quatre dossiers ont été définis comme prioritaires par les autorités slovènes. D’abord celui du développement de la compétitivité de l’Union, sujet sur lequel un sommet est prévu en mars entre les 27. Ensuite, celui de l’environnement ; il s’agit de définir la future politique énergétique de l’UE et les moyens de mettre en œuvre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre tels que définis par Bruxelles et confirmés lors de la récente conférence de Bali. « Le plus délicat sera de déterminer la contribution de chaque pays à la lutte contre le réchauffement climatique », soulignait le Premier ministre slovène dans une interview au Monde. Les spécialistes estiment cependant que, sur ces deux dossiers, le rôle de Ljubljana sera essentiellement protocolaire. Les enjeux sont trop lourds et les calendriers trop incertains pour que le pays puisse imposer des réformes décisives. Sur deux autres dossiers par contre, la Slovénie pourrait apporter une contribution déterminante. En premier lieu, mener à bien la ratification par les 27 pays membres du traité de Lisbonne sur les institutions européennes. Le Drzavni Zbor – le Parlement slovène – devrait donner le bon exemple en ratifiant le texte dès la fin janvier. « Nous serons satisfaits si, à la fin de notre présidence, le traité a été ratifié par 20 pays au moins », a précisé Janez Jansa. Mais c’est surtout sur la situation du Kosovo que l’expérience de Ljubljana est attendue (voir article ci-après). La province à majorité albanaise entend déclarer son indépendance de la Serbie dans les prochains mois, cela malgré l’opposition de Belgrade évidemment, mais aussi de la Russie et de quelques pays européens. « Nous avons pour nous l’avantage d’une excellente connaissance de la région et une crédibilité dans nos rapports avec nos interlocuteurs serbes et kosovars. Nous comprenons mieux que les autres Européens quand une discussion commence à déraper, comment il est possible de la rattraper, ce qu’il faut dire ou ne pas dire. Nous appartenons nous aussi à cette région des Balkans », insiste le Premier ministre Janez Jansa. Sans jamais prononcer le mot tabou d’indépendance, celui-ci espère que « le processus de négociation sur le Kosovo sera conclu d’ici la fin de la présidence slovène, le 30 juin 2008. Nous espérons aussi obtenir que, sur ce dossier, l’Europe parle enfin d’une seule voix ». Plus largement, Ljubljana entend favoriser le rapprochement entre l’UE et les anciennes républiques yougoslaves. Comme le confiait au magazine Challenges Janez Lenarcic, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes : « Nous ne demandons pas un rabotage des critères d’adhésion, mais nous souhaitons que l’Europe soit plus volontariste dans son assistance aux Balkans. Cela ne sert ni les intérêts de l’UE, ni ceux des Balkans que les deux blocs s’ignorent. » Ljubljana aimerait parvenir à des Accords de stabilisation et d’association avec ces pays, ce qui représenterait un pas important vers l’adhésion à l’UE. Certes, la Slovénie défend là aussi son intérêt bien compris, elle qui préfère avoir des voisins riches et pacifiés. Elle entend faire valoir sa prospérité nouvelle et sa stabilité politique pour convaincre tant la Serbie que la Bosnie et la Croatie qu’une ouverture sur l’Europe est davantage payante qu’un repli nationaliste. Comme le souligne Janez Jansa : « Un petit pays comme la Slovénie n’a pas le pouvoir d’imposer ses vues, mais il peut être plus efficace dans la recherche et l’obtention d’un consensus. Sur tous les dossiers délicats, nous allons utiliser nos armes favorites, l’humour, la patience et le calme. » La Slovénie en bref Capitale : Ljubljana (prononcer Loubiana) Superficie : 20 254 km² Frontières : avec l’Italie, l’Autriche, la Croatie, la Hongrie, débouché maritime sur l’Adriatique Population : 2 millions d’habitants (50 % de population urbaine) Espérance de vie : 72 ans (hommes) ; 79 ans (femmes) Croissance démographique : 0,01 % Alphabétisation : 99,7 % Religions : catholiques (71 %), orthodoxes (3 %), musulmans (3 %), protestants (1,5 %) PIB : 29,7 milliards d’euros PIB/habitant : 14 843 euros Salaire moyen : 800 euros / mois Croissance : 5,2 % (en 2006) Chômage : 5,8 % Répartition du PIB par secteur : agriculture : 2 % ; industries : 35 % ; services : 63 % Principales activités : agriculture, sylviculture, métallurgie, électronique, pharmacie, tourisme Equipement : 462 voitures, 380 télévisions, 835 téléphones, 318 ordinateurs… pour 1 000 habitants Armée : 6 500 soldats Budget militaire : 1,76 % du PIB Budget de l’éducation : 4,2 % du PIB Budget de la santé : 6,3 % du PIB Sources : L’année stratégique 2007, Le Monde, Wikipédia, ministère français des Affaires étrangères | |||
| Jean Piel | |||
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