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10/02/2008
IVème conférence des ministres francophones de la Justice
Le triptyque droit, investissement et sécurité des affaires


(MFI) Depuis plusieurs dizaines d’années, on assiste à la prolifération d’accords internationaux ayant des incidences sur l’investissement étranger et étant tributaires de la politique nationale en matière d’investissement et de sécurité des affaires. Les pays sont ainsi de plus en plus nombreux à adhérer à de tels accords internationaux sur l’investissement, tant au plan bilatéral que régional.

Selon les experts de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), les questions qui touchent à la capacité des pays en développement d’attirer les investisseurs et d’en tirer profit se retrouvent au premier rang des préoccupations des institutions internationales économiques, telle l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Pour eux, les pays en développement doivent trouver un équilibre entre les possibilités d’accroître les flux via ces accords et leur capacité à poursuivre une politique axée sur le développement d’investissements et la sécurité des affaires à travers notamment des codes d’investissement et le droit des affaires.

Garantir la transparence et la sécurité

Il faut donc préciser la limite entre le droit légitime de réglementer et les droits des détenteurs de capitaux privés, la portée du règlement des différends car elle met en jeu des acteurs non étatiques et détermine dans quelle mesure les différends en matière d’investissement pourront être réglés sans intervention extérieure. L’obligation de résultats, les incitations, les politiques de transfert de technologie et la politique de la concurrence, qui peuvent favoriser la réalisation des objectifs de développement, sont parmi les priorités.
Pour la Cnuced, il faudrait aussi accorder une place plus importante au rôle des pays d’origine pour encourager la transparence et encourager les sociétés transnationales, via les investissements qu’elles réalisent dans les pays en développement, à renforcer l’impact sur le développement – c’est-à-dire à agir en « sociétés responsables ». L’idée maîtresse est que la dimension du développement doit faire partie intégrante des accords internationaux sur l’investissement pour accompagner les politiques nationales, afin d’attirer un surcroît d’investissement étranger et de mieux en tirer profit. D’après la Cnuced, il existe un lien étroit entre le développement et la sécurisation de l’espace juridique et économique.
Cette notion fait partie intégrante de la doctrine de l’Ohada pour qui la sécurité juridique et judiciaire est un facteur important du développement des entreprises dans les Etats. Le droit Ohada joue un rôle clé dans ce domaine, du fait que l’arbitrage de la CCJA permet aux investisseurs d’avoir une sentence exécutoire dans l’ensemble des Etats membres. Cependant, les experts de l’Ohada estiment que si l’importance du droit communautaire économique, lié aux besoins de l’harmonisation et de la sécurisation de la vie des affaires est indéniable, le développement ne s’arrête pas à l’économie. Il va au-delà, jusqu’au développement durable, comme l’ont clairement montré les orientations récentes adoptées par les autres grandes organisations internationales.


Du développement économique au développement durable…

Le droit au développement durable doit en effet être appréhendé aussi à travers la lutte contre l’extrême pauvreté, la protection de l’environnement et les efforts pour régler les problèmes dans le domaine social. Ces considérations sont dans l’ensemble fondées sur la conviction que l’expansion du commerce extérieur et des transactions financières internationales constitue le meilleur moyen d’assurer une accélération du développement d’un pays, qui peut difficilement reposer sur ses seules ressources intérieures.
Cependant, pour que cette approche fonctionne au mieux, il faut maintenir des conditions ordonnées dans les relations économiques internationales. Cette tâche incombe dans une large mesure aux institutions établies à la fin de la deuxième guerre mondiale par la conférence de Bretton Woods, qui avait créé le FMI et la Banque mondiale. L’OMC, le troisième pilier de cette « architecture », a remplacé il y a à peine une décennie, l’Accord général sur les droits douaniers et le commerce (GATT), simple « contrat » établissant les règles de base, mais dépourvu du moyen d’imposer ses décisions. L’OMC est ainsi nettement mieux équipée pour assurer des conditions ordonnées dans le commerce international, basées sur des règles acceptées par tous.
En Afrique, comme sur les autres continents, les investisseurs évitent comme la peste tout ce qui peut apparaître comme des risques pour leurs engagements, et il appartient aux Etats de créer les conditions de sécurité nécessaires, notamment en mettant fin aux conflits qui sévissent encore. L’exemple angolais montre toutefois que même un pays en guerre civile peut attirer l’argent étranger : les compagnies pétrolières ont investi des milliards de dollars dans l’offshore angolais pendant ce conflit, les champs pétroliers étant hors d’atteinte des rebelles de l’Unita.



Marie Joannidis

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