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10/02/2008
IVème conférences des ministres francophones de la justice
Harmonisation du droit (1)
Un processus en cours dans toutes les régions du monde


(MFI) La mondialisation, qui a multiplié les échanges commerciaux, et les nouvelles technologies, en particulier l’Internet qui se moque des frontières, ont favorisé une certaine harmonisation du droit des affaires et de la législation liée au développement durable à travers la planète, malgré les divergences politiques et des systèmes juridiques différents.

Les tenant du droit civil romano-germanique, qui définit des règles précises à appliquer par les juges en cas de litige, et ceux qui se réfèrent au droit anglo-saxon, appelé common law, qui se base davantage sur la jurisprudence et est considéré par certains comme le droit des affaires par excellence, s’affrontent toujours, mais se retrouvent de plus en plus sur un même terrain pratique.
En matière de droit de la mer par exemple, dont les règles ont été établies par l’Onu et adoptées par les pays signataires de diverses conventions, la piraterie et le dégazage sauvage de bateaux sont interdits et punissables par tous. Même si, en droit civil, la piraterie bafoue l’autorité des Etats alors qu’elle constitue, en common law, une menace à la propriété privée et au commerce. Quant au dégazage, il porte atteinte à l’environnement pour les uns et peut faire tort aux personnes pour les autres.


Comment favoriser le commerce ?

Ce vaste mouvement d’harmonisation du droit, qui a toutefois ses limites, est directement lié pour de nombreux experts à la multiplication des ensembles régionaux et des zones de libre-échange, même si l’objectif de ces constructions est d’abord de faciliter le commerce plutôt que de légiférer. De même, et toujours dans le cadre de la mondialisation, des organisations comme le Fonds monétaire international (FMI) ou l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont élaboré des « codes de conduite », en fait des règles, pour les transactions financières internationales ou les échanges afin de les rendre plus « équitables », ce qui n’est toutefois pas encore le cas, entre pays développés et en développement.
On a pu ainsi voir depuis quelques années naître nombre d’organisations régionales à vocation économique comme l’Union européenne, l’Alena (accord de libre-échange nord-américain), l’Asean (Asie du Sud-Est), le Mercosur (sud de l’Amérique latine) ou l’Apec (Asie-Pacifique). L’Union européenne constitue un des exemples les plus probants de cette harmonisation avec l’élaboration d’un droit communautaire qui prime sur les droits nationaux ou les accompagne. La Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), basée sur la libéralisation économique sur l’ensemble du continent, a de la peine à vraiment démarrer. En Afrique, de nombreux ensembles régionaux ou sous-régionaux ont vu le jour, comme la CEDEAO et l’UEMOA en Afrique de l’Ouest, la CEMAC en Afrique centrale ou la SADC en Afrique australe.
Dans ce contexte, l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada), qui regroupe 16 pays en majorité francophones, va encore plus loin en uniformisant le droit des affaires dans les pays membres. Destinée à favoriser le retour des investisseurs en Afrique mais aussi à mobiliser les entrepreneurs locaux, cette organisation cherche à doter ses membres d’un droit moderne et uniforme, assurer un règlement rapide et efficace des litiges et donner une formation de haut niveau aux magistrats et aux auxiliaires de justice pour pallier les faiblesses des systèmes judiciaires sur le continent. Malgré un certain nombre de problèmes, en particulier d’ordre financier, et les critiques des champions de la libéralisation économique et du droit anglo-saxon comme certains experts de la Banque mondiale – même si cette organisation soutient financièrement le processus ! –, l’Ohada, qui constitue à la fois un abandon exemplaire de souveraineté et une expérience unique d’intégration du droit, commence à faire des émules.


Bientôt un équivalent de l’Ohada dans les Caraïbes ?

Ainsi, des pays et territoires des Caraïbes tels que la Guadeloupe, la Martinique, Cuba et la Dominique envisagent de mettre en place l’OhadaC, directement inspirée de l’organisation africaine. Ils estiment en effet que les Caraïbes, constituées d’une mosaïque d’Etats issus des colonisations anglaise, hollandaise, espagnole et française, qui recouvrent des réalités juridiques et judiciaires différentes, ont un besoin vital d’harmonisation entre le common law pour la Caraïbe anglophone et le droit romano-germanique en vigueur dans la Caraïbe hispanophone et francophone. Les parties intéressées souhaitent harmoniser le droit des affaires et mettre en œuvre progressivement des actes uniformes dans les domaines tels que le droit des sociétés, le droit de l’arbitrage, le recouvrement des créances et les voies d’exécution, le droit commercial général, le droit du travail ou le droit des transports, ce qui leur permettrait d’accéder plus facilement au marché international.
De son côté l’Asean réfléchit à la problématique du droit et à l’intégration des systèmes juridiques en s’orientant vers une harmonisation consistant à proposer à ses Etats membres des modèles de lois-types que ces derniers peuvent ou non incorporer. D’autres régions sont également intéressées à des degrés divers par l’expérience Ohada, souvent pour des raisons d’accès au marché ou d’intégration régionale.
« Le monde des affaires pousse vers une intégration comme cela est prévu en Afrique de l’Ouest entre francophones et anglophones dans le cadre de la CEDEAO », souligne un expert de l’OIF, l’Organisation internationale de la Francophonie. Ainsi le Ghana a créé une commission Ohada et des clubs Ohada au sein du Ministère de la justice ; un club Ohada a vu récemment le jour au Nigeria à l’initiative d’un ancien bâtonnier de Lagos. Le Barreau de Ankara (Turquie) a également consacré à l’Ohada une journée d’échanges entre avocats africains, français et turcs. Le Vietnam a aussi organisé un séminaire sur le sujet et la Chine, le nouveau grand partenaire de l’Afrique, s’est également intéressée à l’Ohada au cours d’une récente réunion à Macao.


Marie Joannidis

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