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10/02/2008
IVème conférence des ministres francophones de la Justice
Les nouveaux plans de réforme et de modernisation de la justice


(MFI) La modernisation de la Justice n’est pas réservée aux pays les plus pauvres de la communauté francophone. L’ensemble des membres de l’OIF sont concernés. Pourtant, les priorités varient substantiellement d’un pays à l’autre en fonction des besoins qui évoluent au gré des situations politiques et économiques intérieures.

On peut ainsi passer d’une nécessaire réhabilitation ou d’une restauration de la justice dans les pays minés par les conflits (l’Opération des Nations unies pour la Côte d’Ivoire, l’Onuci, a ainsi été chargée de rétablir partout l’autorité du système judiciaire et l’Etat de droit), à son renforcement dans les pays en transition, jusqu’à son perfectionnement et sa rationalisation dans les pays plus développés. Ces réformes engagées partagent un but commun : rendre la justice plus performante.

Des stratégies communes malgré la diversité des réalités nationales

La qualité de la justice se mesure certes au respect des règles et des procédures mais aussi à sa capacité à favoriser le développement économique. La recherche d’une meilleure efficacité de la justice par l’adaptation du corpus juridique aux réalités économiques et sociales est ainsi une finalité parmi d’autres des plans de modernisation de la justice. Ceux-ci cherchent généralement à favoriser l’accessibilité des citoyens à la justice, à renforcer les capacités d’expertise, techniques et documentaires, à rendre les institutions plus transparentes et à lutter contre la corruption.
Depuis 1995, un nombre croissant de pays francophones se sont engagés dans un processus national de modernisation de leur justice, tant en Afrique qu’en Europe centrale et orientale, en Asie, ou encore dans la Caraïbe, souvent avec des appuis internationaux importants. L’état d’avancement des plans de modernisation est très variable : cela tient notamment à la nature et à la durée des programmes mis en place. Certains plans sont triennaux ou quinquennaux, quand d’autres sont décennaux. Ces plans sont inscrits soit dans des lois-cadres, soit dans des programmes sectoriels.
A titre d’exemple, le Togo a ainsi adopté un ambitieux Programme national de modernisation de la justice (PNMJ), d’une durée de cinq ans (2005-2010) et d’un montant total de 15 M€, tandis que le Mali, lui, figure parmi les premiers pays à avoir développé un programme de modernisation de grande envergure au travers d’une démarche intégrée complexe. Lancé en 2000, après concertation des acteurs judiciaires et de la société civile au travers du Forum national sur la Justice, le Programme décennal de développement de la justice visait à répondre à quatre difficultés majeures : la dispersion importante des sites judiciaires, l’inadaptation du droit positif aux réalités nationales et le manque de diffusion des textes, la vétusté des bâtiments judiciaires et de leur équipement, le manque de formation des personnels. A mi-parcours (en 2005), le bilan était plutôt positif malgré la nécessité d’associer davantage au projet la société civile et de mobiliser de nouvelles ressources pour atteindre les résultats fixés.


Le soutien de l’OIF aux plans de réforme et de modernisation

Le soutien de l’OIF à la modernisation de la justice s’inscrit dans le cadre de sa mission de promotion de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme. Dès le Sommet de Dakar en mai 1989, les chefs d’Etat et de gouvernements francophones ont mis l’accent sur le développement et la modernisation de la justice. La justice, « c’est le pilier des droits de l’homme, le fondement de la démocratie », rappelle le professeur Albert Bourgi. Une justice indépendante, accessible et équitable est un facteur fondamental de paix civile. Les plans de modernisation de la Justice ont, à ce titre, été visés par la déclaration et le plan du Caire adoptés lors de la 3è Conférence des ministres francophones de la Justice, le 1er novembre 1995.
La Francophonie offre un appui à la modernisation de la justice par le biais du renforcement des capacités matérielles et de la formation des personnels judiciaires – c’est le cas par exemple au Tchad, au Togo et en République démocratique du Congo. Elle peut aussi fournir une aide importante et spécifique aux Cours constitutionnelles – par exemple aux Comores –, en offrant un équipement informatique et de bureau mais aussi en proposant une assistance administrative.
Elle peut aussi développer, en amont, des missions d’évaluation du fonctionnement de la Justice, comme à Haïti, puis formuler des recommandations en vue d’établir un programme d’appui à la justice. L’OIF est ainsi partenaire de la mise en œuvre, par le ministère haïtien de la Justice, du projet quadripartite d’appui à la Justice en Haïti, lancé en septembre 2005. Ce projet est financé par la Commission européenne et par l’Agence canadienne de développement international. Il vise notamment, en étroite collaboration avec le ministère de la Justice et de la sécurité publique d’Haïti, à renforcer les capacités des juges de paix (la justice de proximité), à consolider l’appareil institutionnel (à travers la modernisation des moyens de la Cour de cassation et l’appui à la mise en place du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire) et à améliorer la diffusion du droit par la création de revues et de collections juridiques.
En Centrafrique, l’OIF a soutenu, en étroite collaboration avec l’Union européenne, l’action des autorités nationales en mettant à leur disposition une expertise scientifique et technique de haut niveau pour la préparation, l’organisation et la tenue des Etats généraux de la Justice.
La consolidation de la justice passe aussi par la mise en oeuvre d’une lutte plus efficace contre la corruption. L’ONG Transparency International relève, dans son rapport 2007, que la corruption du système judiciaire engendre l’impunité et sape l’Etat de droit. Les politiques de modernisation de la justice intègrent toutes un volet de lutte contre la corruption, qui se traduit le plus souvent par la création de Commissions indépendantes chargées de la répression. Il implique également, sur un plan préventif, de donner aux acteurs judiciaires des salaires décents. Cette lutte contre la corruption occupe une place primordiale dans les projets de modernisation de la justice, puisqu’elle permet de garantir son indépendance et son impartialité, et par là même, de restaurer son autorité et de redonner confiance aux citoyens.


Olivier Rabaey

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