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13/05/2008
Questions internationales (2)
La Géorgie sous le parapluie américain


(MFI) Dans le différend qui l’oppose à la Russie, la Géorgie peut compter sur le soutien de Washington. Les Etats-Unis disposent d’ailleurs de bases militaires près de Tbilissi. Les autorités géorgiennes espèrent désormais intégrer l’Otan, mais elles se heurtent aux réticences des Européens, soucieux de conserver de bonnes relations avec Moscou.

A chaque regain de tension avec la Russie, la Géorgie saisit le Conseil de sécurité de l’Onu ou réclame le soutien des pays occidentaux. Côté onusien, sa marge de manœuvre est limitée, Moscou y disposant d’un droit de veto. Par contre, Tbilissi sait pouvoir compter sur le soutien de l’Union européenne et encore plus des Etats-Unis.

Un intérêt géostratégique pour les Etats-Unis

Pour des raisons géostratégiques évidentes, Washington défend les anciennes républiques soviétiques qui ont fait le choix de l’économie de marché, comme l’Ukraine, les Pays baltes ou la Géorgie. Cette dernière présente en outre l’intérêt de voir transiter sur son territoire un oléoduc et un gazoduc qui transportent des hydrocarbures de la Mer Caspienne à la Turquie, sans passer par la Russie. Sa proximité avec l’Iran ajoute encore à l’attraction qu’elle exerce sur les Etats-Unis, d’autant que la Géorgie se dit prête à accueillir le bouclier antimissile américain. Tout comme l’Asie centrale, où l’Oncle Sam entend renforcer sa présence, le Caucase représente aux yeux de Washington un enjeu majeur. Ce sont des soldats américains qui entraînent la jeune armée géorgienne (28 000 hommes) et l’US Army dispose de plusieurs bases autour de Tbilissi. Le pays est frontalier de la Mer Noire, l’Afghanistan est à peine à deux heures de vol, Téhéran à moins d’une heure.
Après la décision de Moscou, le 16 avril dernier, de renforcer ses relations avec les provinces séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, la Maison blanche s’est déclarée « inquiète des informations qui proviennent de cette région. Nous appelons la Russie à la retenue ». L’envoi par Moscou, début mai, d’un contingent supplémentaire de 1 000 hommes en Abkhazie n’a pas contribué à apaiser les esprits. « Moscou doit retirer ses troupes », a déclaré la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice. De son côté, Javier Solana, le Haut représentant européen pour la politique extérieure, s’est dit « préoccupé par ces décisions unilatérales qui ne favorisent pas l’apaisement de la tension ». Le secrétaire général de l’Otan, Jaap de Hoop Scheffer, a dénoncé « cette décision qui sape l’intégrité territoriale de la Géorgie ». Jusqu’à présent, la Russie n’a pas obtempéré à ces requêtes. Elle estime qu’elle n’a en rien franchi « la ligne rouge », comme le dénoncent les autorités géorgiennes. Le Kremlin assure que son but n’est pas de menacer la Géorgie, mais de favoriser le développement économique de la région. Sans convaincre.

L’Otan en ligne de mire

L’intervention dans ce débat du secrétaire général de l’Otan ne doit pas surprendre. La Géorgie en effet est candidate à l’adhésion. Pour elle, être membre de l’Alliance atlantique est la meilleure garantie contre les velléités expansionnistes de Moscou. Si son budget Défense est passé de 27 millions de dollars en 2003 à 600 millions aujourd’hui, c’est notamment pour acquérir les équipements nécessaires à la modernisation de son armée. La Géorgie était persuadée de rejoindre l’Otan lors du Sommet de l’Organisation, à Bucarest début avril. Les Etats-Unis avaient fait le maximum de pressions diplomatiques en ce sens. Mais cela n’a pas suffi à vaincre les réticences des Européens, France et Allemagne en tête. Ces derniers ne souhaitent guère qu’un pays qui n’a pas réglé ses conflits intérieurs rejoigne l’Alliance. Les prétentions de la Géorgie sur l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud peuvent en outre se discuter. Les deux provinces ne sont devenues partie intégrante de la Géorgie que par la volonté de l’URSS dans les années vingt. Mais les Abkhazes et les Ossètes ne sont pas des peuples géorgiens. Aujourd’hui, ils réclament d’ailleurs leur indépendance. Certes, le référendum par lequel ils se sont exprimés a été organisé par la Russie. En s’opposant à l’adhésion de Tbilissi à l’Otan, les pays européens ont surtout voulu ménager leurs relations avec Moscou. Au demeurant, ils ne se sont pas déclarés contre cette adhésion par principe, mais ils l’ont jugé prématurée. Devoir ainsi patienter avant d’adhérer à l’Otan a profondément déçu les autorités géorgiennes. De passage à Paris, le ministre des Affaires étrangères, David Bakradzé, déclarait récemment : « Les Européens connaissent mal la Géorgie. Ils n’ont pas compris à quel point nous sommes proches culturellement et politiquement de l’Occident. » Et de rappeler que la Géorgie a déployé 200 soldats en Afghanistan et 700 en Irak aux côtés des forces de l’Alliance. « La Russie cherche à annexer illégalement l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud et compte sur l’usure du temps pour légitimer cette annexion. Les pays occidentaux devraient faire attention. Moscou rêve de retrouver sa gloire passée et lorsque les Russes s’ouvrent l’appétit, ils vont toujours plus loin si on ne les arrête pas. L’Ukraine sera sans doute le prochain sur la liste, puis la Moldavie », insiste David Bakradzé.

David contre Goliath

La Russie se défend de toute intention belliqueuse à l’égard de la Géorgie. Elle assure ne vouloir que la paix et la prospérité du Caucase. Elle assure également vouloir défendre ses concitoyens installés dans la région. Un argument facile puisqu’elle a délivré des passeports russes à 90 % des Ossètes et des Abkhazes, trop contents de bénéficier de l’aide économique de leur puissant voisin du nord. Au demeurant, Vladimir Poutine n’a pu s’empêcher une comparaison : « Puisque le Kosovo peut devenir indépendant avec l’appui des Etats-Unis et de l’Union européenne, pourquoi pas l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie ? » Néanmoins, le Kremlin ne pousse pas trop en avant cet argument. D’abord parce qu’il est lui-même opposé à l’indépendance du Kosovo ; il ne peut donc pas la revendiquer. Ensuite parce que l’émancipation de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie pourrait donner des idées aux minorités russes, en Tchétchénie ou au Dagestan par exemple. Ce serait ouvrir une boîte de Pandore dangereuse pour Moscou. Au demeurant, la Russie n’a pas reconnu l’indépendance des deux provinces sécessionnistes géorgiennes.
En attendant, le « David géorgien » continue de se défendre contre le « Goliath russe ». Il vient d’annoncer qu’il ferait tout son possible pour bloquer l’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) tant que ce pays n’infléchirait pas sa politique dans le Caucase. Mais sa plus grande victoire est certainement d’avoir convaincu les Etats-Unis et l’Union européenne que la Russie est le principal obstacle à la paix dans la région car elle seule profite de la poursuite des conflits existants.


Jean Piel

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