| |||
| 20/05/2008 | |||
| Crises touarègues (2) Niger, Mali : deux approches différentes | |||
| (MFI) L’aggravation de la situation au Nord-Niger semble aller de pair avec celle du Nord-Mali. Le retour de l’Algérie dans la médiation malienne et son feu vert à la tenue d’un sommet régional vont-ils changer la donne ? Les gouvernements maliens et nigériens appréhendent différemment leurs rébellions armées – tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de leurs frontières respectives. | |||
| Deux jours avant le retour en force de l’Algérie dans le règlement des crises touarègues, la visite à Alger, le 17 mai, du Premier ministre libyen Al Baghdadi Ali Al Mahmoudi mettait un terme à une tournée qui l’avait successivement mené au Niger et au Mali – prouvant s’il le fallait l’implication libyenne dans ce dossier sensible. A l’escale de Niamey, Al Baghdadi s’est entretenu avec le président nigérien Mamadou Tandja, en vue de raffermir la coopération entre les deux Etats dont les relations s’étaient largement dégradées l’an dernier. Le président nigérien accusait Mouammar Kadhafi de soutenir la rébellion du Mouvement nigérien pour la justice (MNJ), en vue d’empêcher la prospection d’importants gisements de pétrole et d’uranium dans leur zone frontalière. Des accusations réfutées par la Libye. La libération, en mars 2008, de vingt-cinq otages détenus par le MNJ après la médiation de la Fondation Kadhafi a renforcé les soupçons du Niger. D’autant que le Guide revendiquait au même moment la zone de Mangueni, dans l’extrême nord, riche en pétrole. Un différend frontalier que Niamey voulait porter devant la Cour internationale de justice de La Haye - et qui avait autrefois empoisonné les relations avec le régime de Seïni Kountché (1974-1987). Le MNJ est apparu en février 2007, suite à l’attaque d’un poste militaire à Iferouane, au nord d’Agadez. Il affirmait que « la région d’Agadez est marginalisée par Niamey et que ses ressortissants sont sous-représentés dans les emplois du secteur minier, l’administration et les forces de sécurité », explique Yvan Guichaoua, chercheur à l’université d’Oxford (voir interview). A l’époque, Français, Américains et Chinois étaient sur les rangs des renégociations des concessions minières dans cette zone – au terme desquelles, un an plus tard, le Niger a accordé onze permis d’exploitation de mines d’uranium à des sociétés étrangères – supprimant de facto le monopole du groupe français AREVA. Contrairement à ATT, Tandja refuse de discuter avec les rebelles Contrairement au président malien Amadou Toumani Touré qui prône le dialogue, le président Tandja a toujours refusé de discuter avec les rebelles. D’escalade militaire en représailles, l’engrenage a causé de nombreux morts au sein des Forces armées nigériennes, poussant le gouvernement à décréter le 24 août « l’état de mise en garde » dans la région de l’Aïr. Depuis, les axes routiers autour d’Agadez sont coupés par les rebelles. Et les journalistes interdits dans la zone. Mais la solution du tout militaire n’est pas parvenue à venir à bout du MNJ, qui a multiplié ses attaques depuis novembre 2007, délocalisant même le conflit, « qui n’épargne plus aucune région du pays », comme l’a reconnu le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Albadé Abouba, le 22 mars dernier devant le Parlement - répondant à une interpellation des députés sur la situation sécuritaire. Le 12 avril, les parlementaires appelaient le gouvernement à « un règlement pacifique » du conflit. Et l’Association nigérienne pour la défense des droits de l’homme (ANDDH) réclamait l’ouverture d’une enquête parlementaire sur les présumés cas d’exécutions sommaires et d’exactions contre des civils dans le nord du pays. Son vice-président, Badié Hima, demandait en outre que « les auteurs de crime de guerre et de crime contre l’humanité qui seraient perpétrées (…) soient traduits devant les tribunaux compétents et indépendants ». « Nous nous sommes installés dans une impasse qui tend vers un pourrissement, lequel pourrissement favorise l’action des rebelles », déplorait Djibo Hamani, de l’université de Niamey, à l’occasion d’une table ronde sur le conflit organisée par la société civile. Dans son message à la nation, le 24 avril, à l’occasion de la fête de la Concorde qui célèbre depuis treize ans la fin de la précédente rébellion, le président nigérien a donné une fin de non recevoir à la proposition du Conseil national de dialogue politique (CNDP) d’organiser un forum national sur l’insécurité au nord. Evitant toutefois de qualifier les rebelles de bandits et de trafiquants, il a exhorté les « groupes armés » à cesser la « violence gratuite », dans un pays qui « n’a nullement besoin, aujourd’hui ou demain, d’un conflit au demeurant fratricide », les appelant à se joindre aux autres Nigériens pour construire le pays. Sans faire cas des différents appels au dialogue du MNJ – ce qui équivaudrait à sa reconnaissance comme mouvement politique –, il a répété avec force que « le Niger est un pays souverain, et à ce titre, il défendra, sans faiblesse, son intégrité territoriale et veillera à la préservation de sa sécurité intérieure. » Des investissements publics libyens au Mali Défense de la souveraineté nationale et sécurité intérieure : deux valeurs également partagées par les autorités maliennes et nigériennes. Ainsi, le 22 août 2007, peu après la création de l’Alliance touareg Niger-Mali qui voulait établir une jonction avec le MNJ, les ministres de l’Intérieur respectifs ont convenu à Gao, au nord de Bamako, d’un droit de poursuite réciproque, autorisant les forces de sécurité des deux pays à pourchasser d’éventuels bandits sur le territoire de l’un et l’autre pays. Mais les options communes aux deux pays pour un retour à la paix ne vont guère au-delà. Ainsi, le 9 mai, au contraire de Niamey, le voisin malien accueillait à bras ouverts le Premier ministre libyen à Bamako. M. Al Baghdadi venait finaliser le cadre juridique des investissements publics libyens au Mali, qui se chiffrent à plus de 250 milliards de F CFA investis dans l’hôtellerie, l’agriculture et les secteurs des banques, des transports, de la commercialisation du pétrole et la prospection minière. Le 29 avril, la Libye avait expédié à Gao un avion cargo contenant de l’aide humanitaire destinée aux habitants déplacés de la région de Kidal. Dans la foulée, le président Touré recevait, le 16 mai, une délégation des tribus du Grand Sahara dépêchée par le Guide, en vue d’une médiation avec les tribus touarègues maliennes. Ces missions de bons offices ont toutefois provoqué un tollé de l’opposition malienne – pour qui la Libye cherche en retour à ce que le Mali adhère à son projet de Grand Sahara, que la Jamahiriya voudrait implanter dans la région après l’échec de la création des Etats-Unis d’Afrique. Des options qui sont peut-être moins d’actualité avec le retour en force du médiateur algérien. | |||
| Antoinette Delafin | |||
|