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03/06/2008
Laurent Cohen-Tanugi propose sa stratégie pour l’Europe dans la mondialisation

(MFI) « Aujourd’hui, notre planète évolue à une vitesse sans précédent, s’exclame Laurent Cohen-Tanugi, normalien et avocat de profession. C’est pourquoi deux ministres français – Christine Lagarde, à l’Economie, et Xavier Bertrand, au Travail – m’ont demandé d’initier une réflexion sur la stratégie européenne dans le contexte de la mondialisation. » Après six mois de travail marqués par de larges consultations en France et à travers l’Union, l’auteur du rapport L’Europe dans la mondialisation a présenté ses travaux à la presse fin mai à Paris.

« Il est important de ne pas penser l’Europe en tant que simple marché commun. Il faut se projeter dans le monde, explique Laurent Cohen-Tanugi. C’est pourquoi nous avons intitulé notre rapport " Euromonde 2015 " ». Intensification de la mondialisation, concurrence des grands pays émergents, vieillissement démographique au sein de l’Union, crise financière internationale, essor de problématiques énergétiques et environnementales : les enjeux auxquels doit faire face l’Europe sont de taille. Pour Laurent Cohen-Tanugi, membre du conseil d’administration du think tank « Notre Europe », fondé par Jacques Delors, la stratégie dite « de Lisbonne », qui visait à faire de l’Union européenne l’économie la plus compétitive et la plus dynamique au monde avant 2010, est ternie par de nombreuse déficiences. Car « huit ans après son lancement, du fait des carences de sa mise en œuvre, l’Europe est de nouveau en retard ». L’auteur du rapport explique donc qu’il est nécessaire de penser au-delà de cette stratégie, « afin de rester dans la course en termes de prospérité et d’influence internationale, dans un monde appelé à être dominé par un duopole américano-asiatique ». Le vrai défi, selon lui, auquel se trouve désormais confrontée l’Union européenne.

Promouvoir une nouvelle économie verte

Pour le relever, Laurent Cohen-Tanugi et son équipe du Centre d’analyse stratégique préconisent le renforcement de l’innovation, grâce à la promotion d’une « nouvelle économie verte » et à la valorisation du capital humain et de la connaissance. « L’Europe doit faire de la compétitivité et de l’innovation l’axe central de sa stratégie économique et sociale dans une compétition internationale de plus en plus vive et globale », explique Yves Bertoncini, qui a participé à l’élaboration du rapport. Les chercheurs insistent aussi sur la nécessité de mettre en place de nouvelles politiques extérieures communes, en matière énergétique et climatique notamment, mais également en matière de co-développement et de migrations. « Hormis le Danemark, plus aucun pays n’est aujourd’hui indépendant énergiquement en Europe, affirme Yves Bertoncini. Il est donc important d’avoir une diplomatie énergétique forte au niveau européen, afin de pouvoir négocier ensemble, avec la Russie par exemple. L’Europe, en tant que puissance économique, doit se doter d’une véritable stratégie extérieure commune et non d’une simple coordination intergouvernementale. »
Mais, pour ce faire, quels seront les moyens mis à disposition l’Union ? L’équipe du Centre d’analyse stratégique souhaite le maintien du budget européen – qui dépend des droits de douanes, d’un pourcentage de la TVA de chacun des 27 Etats membres et d’une contribution de chaque pays proportionnelle à sa richesse – à un niveau constant. C’est-à-dire « un peu plus de 1 % de la richesse nationale de l'Union ». Cependant, les auteurs du rapport souhaitent faire évoluer sa répartition : « Nous envisageons de consacrer une partie plus importante du budget à l’éducation et à la recherche et de réduire les dépenses concernant l'agriculture et le développement rural » (environ 40 % des crédits vont aujourd’hui à la politique agricole commune). Pour Laurent Cohen-Tanugi, ces objectifs ne pourront être atteints sans un renforcement de la gouvernance : « Il faut une stratégie claire, un calendrier précis, des incitations à agir plus vigoureuses pour les Etats membres, ainsi qu’une forte implication des responsables politiques nationaux. »
La prochaine présidence du Conseil de l’Union européenne, à partir du 1er juillet, offre à la France l’occasion de promouvoir ces ambitions. « La France a la possibilité d’influer sur la redéfinition de la stratégie européenne dans le cadre de la mondialisation, estime Laurent Cohen-Tanugi, même s’il lui reste beaucoup à faire pour améliorer ses performances nationales et accroître sa crédibilité au regard de l’agenda de Lisbonne ». Mais bâtir un consensus prendra des mois. L’auteur d’Euromonde 2015 le sait. Car en attendant, le cycle politique – élection du nouveau Parlement européen et renouvellement de la Commission en 2009 – continue…


Euromonde 2015 : une stratégie européenne pour la mondialisation, rapport final de Laurent Cohen-Tanugi, http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article=801

Martin Courcier

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