| |||
| 03/06/2008 | |||
| Rapport 2008 d’Amnesty International : le triste bilan des droits de l’homme | |||
| (MFI) « Il y a soixante ans, le 10 décembre 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme était adoptée par l’Onu. » Un anniversaire que n’a pas manqué de rappeler Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France, lors de la présentation du rapport 2008 de l’ONG. A cette occasion, elle est revenue sur la situation des droits humains et ses évolutions dans le monde. Un monde toujours marqué, selon elle, par l’injustice, l’inégalité et l’impunité… | |||
| « Soixante ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, Amnesty International constate que les dirigeants mondiaux n’ont pas su tenir les promesses contenues dans ce texte fondamental », lance Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France, au moment d’introduire le rapport annuel de l’organisation mondiale, le 27 mai à Paris. Pour l’ONG, qui milite notamment pour la libération des prisonniers d’opinion, l’abolition de la peine de mort et de la torture et l’arrêt des crimes politiques, le bilan de ce soixantième anniversaire est donc plutôt sombre. Car si les progrès en termes de normes internationales sont indéniables, les intérêts politiques des Etats ont, selon l’organisation, pris le pas sur le respect des droits des personnes placées sous leur responsabilité. Un certain « laxisme » perdure depuis le 11 septembre 2001 Torture, procès inéquitable, liberté d’expression restreinte, discrimination des minorités : les atteintes aux droits humains persistent dans de trop nombreux pays. Amnesty affirme que des actes de tortures ou des mauvais traitements ont été recensés dans 81 pays en 2007 (sur les 192 Etats membres de l’Organisation des Nations unies). Un chiffre inquiétant. D’autant plus que, sous couvert de lutter contre le terrorisme, des centaines de prisonniers sont en détention illimitée, sans inculpation ou jugement, en Afghanistan, à Guantanamo et en Irak. « Depuis le 11 septembre, un certain laxisme s’est installé et des personnes sont arrêtées en toute impunité, souligne Geneviève Garrigos. De plus, le gouvernement américain n’a pas respecté son obligation de rendre des comptes pour les violations commises par ses forces en Irak. » Concernant la peine de mort, l’organisation note des avancées positives, notamment au Rwanda où elle a été abolie en 2007. Cependant elle regrette que dans beaucoup de pays, des exécutions aient toujours lieu, souvent de façon sommaire. « Les conflits prennent en otage les populations civiles ; bien souvent les populations les plus marginalisées et les plus pauvres, affirme la présidente de la branche française d’Amnesty. C’est le cas en Colombie. En Irak, la situation est catastrophique ; on y dénombre des millions de déplacés. Au Darfour, les meurtres, les viols et autres violences ont continué au même rythme, les 26 000 hommes de la force mixte tardent à se déployer et l’espoir d’une solution politique s’est encore amenuisé. Des faits inacceptables, d’autant plus que les femmes sont les premières victimes de ces conflits, comme en République démocratique du Congo où le viol est toujours une arme de guerre… » Face à ces constats, la situation n’évoluera que si les gouvernements assument pleinement leurs responsabilités. Car, selon l’ONG, c’est aux politiques de prendre des mesures pour faire respecter les droits des populations. En Afrique, les luttes de décolonisation ont laissé place aux luttes de pouvoir « En 1948, les Africains attendaient beaucoup de la déclaration universelle des droits de l’homme, s’exclame Geneviève Garrigos. Mais soixante ans plus tard, le bilan est maigre. Car les luttes de décolonisation se sont transformées en luttes de pouvoir. Et les conflits qui ont cessé, au Libéria, en Angola ou en Sierra Leone, ont laissé la place à d’autres. » Concernant l’année 2007, Amnesty International se félicite des accords de paix en Côte d’Ivoire. L’ONG, qui considère la justice comme un droit humain fondamental, se réjouit également de la récente arrestation de Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président de la République démocratique du Congo. Mais elle pointe du doigt la lenteur des procès de Charles Taylor, ancien président du Liberia, et de Germain Katanga, ancien chef de milice en Ituri, à la Cour pénale internationale. Par ailleurs, l’ONG considère la situation en Afrique du Sud – où la xénophobie, qui s’était déjà manifestée ces dernières années, est récemment montée d’un cran – comme dramatique et inadmissible. Aussi va-t-elle y mener des actions afin de faire pression sur le gouvernement. Quant au Zimbabwe, Amnesty déplore la montée des violences pour faire taire l’opposition après les élections du 29 mars 2008. « Le Zimbabwe connaît une crise profonde depuis de nombreuses années, explique Francine Guillot, responsable pour Amnesty des pays de l’Afrique australe. Mais en ce moment, la situation se dégrade. Des personnes sont battues à mort. Nous avons été déçus du rôle de médiateur joué par le président sud-africain, Thabo Mbeki. A notre sens, il faudrait une intervention des pays voisins pour calmer les tensions. En attendant, nous allons continuer à soutenir la société civile… » Avoir « le courage d’appliquer » la Déclaration universelle des droits de l’homme Selon Amnesty, les progrès effectués en matière de défense des droits humains ont permis de grandes améliorations dans de multiples endroits du monde. Aujourd’hui, les pays offrant des dispositifs constitutionnels et juridiques pour la protection des citoyens sont, selon l’organisation, plus nombreux que jamais et seule une poignée d’Etats refuse explicitement que la communauté internationale se penche sur leur bilan dans ce domaine. Concernant l’année 2007, Geneviève Garrigos met en exergue l’influence croissante de la société civile : « Même si les gouvernements n’ont pas rempli leurs objectifs concernant les droits de l’homme, les citoyens se sont soulevés pour que les choses évoluent, explique-t-elle. Ce fut le cas lors des protestations pour la justice et l’égalité en Egypte, lors des manifestations pour la démocratie au Nigeria ou au Kenya, ou lors des soulèvements contre la hausse des denrées alimentaires un peu partout dans le monde. » Face à ces revendications, Amnesty attend une réaction de la part des gouvernements. Pour l’ONG, la Chine doit, entre autres, profiter des Jeux olympiques pour améliorer la situation des droits humains ; les Etats-Unis, fermer Guantanamo ; la Russie, lutter contre l’impunité en Tchétchénie ; l’Union européenne, exiger le respect des droits humains par ses membres et arrêter de bafouer les droits des migrants. « Si en 1948 les Etats ont eu le courage d’adopter la Déclaration universelle des droits de l’homme, nous leur demandons, en 2008, qu’ils aient le courage de l’appliquer. » Voilà le message fort que la présidente d’Amnesty International France a fait passer lors de la présentation de son rapport. En savoir plus : http://www.amnesty.fr/rapport_annuel_2008 | |||
| Martin Courcier | |||
|