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10/06/2008
Le rapport d’Hervé Bourges
Comment relancer la Francophonie ?


(MFI) Au moment où la France s’apprête à assumer, à partir du 1er juillet 2008 et pour six mois, la présidence tournante de l’Union européenne, Paris cherche à relancer la Francophonie mise à mal par la mondialisation et les contraintes budgétaires ainsi que la prépondérance anglo-saxonne, malgré le nombre croissant des membres de Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Dans une étude commandée il y a six mois par le secrétariat d’Etat à la Coopération et à la Francophonie et rendue publique début juin (1), Hervé Bourges présente les principales pistes d’une Renaissance de la Francophonie qu’il articule en seize propositions regroupées autour de trois priorités : rendre la Francophonie plus visible, redonner une impulsion concrète à la Francophonie et reprendre l’offensive en matière linguistique face à l’anglais. Homme de médias mais aussi ancien ambassadeur à l’Unesco et ancien président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, Hervé Bourges a présenté lui-même son étude au nouveau secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, Alain Joyandet, qui doit l’étudier de près mais qui d’ores et déjà a souligné que la Francophonie occupe une place centrale dans la relance de la coopération française. Le ministre a aussi préconisé des partenariats publics/privés pour surmonter les difficultés budgétaires éventuelles.
Pour Hervé Bourges, qui se veut à la fois optimiste et réaliste, la Francophonie n’est pas une cause perdue mais méconnue, notamment en France, premier bailleur de fonds du mouvement. « La Francophonie est à la fois une réalité vécue (de nombreux pays ont aujourd’hui le français en partage et s’expriment couramment dans notre langue commune) et une institution, l’OIF, dirigée par un secrétaire général (Abdou Diouf) qui a statut de chef d’Etat, et qui a été le président d’un des Etats emblématiques de la Francophonie, le Sénégal, et l’héritier spirituel et politique de Léopold Sédar Senghor, lui-même l’un des pères des institutions francophones », a-t-il dit. « Il m’apparaît essentiel que la France prenne quelques mesures fortes, de nature à faire ressortir plus clairement l’importance qu’elle accorde à la Francophonie », a-t-il ajouté. Autre problème à résoudre, selon lui : « La perception diffuse d’un manque d’efficacité de la Francophonie » qui n’apparaît pas, « face aux grands problèmes de notre époque, comme une communauté solidaire et agissante » car la Communauté francophone « reste dans l’ombre, ses orientations sont peu reprises et peu commentées et ses actions mal médiatisées ».

Une enceinte "expérimentale pour les relations internationales"

Parmi ses atouts figure toutefois celui de rassembler des pays extrêmement différents, les uns en voie de développement, les autres déjà développés, qui sont confrontés de manières diverses aux évolutions majeures du 21e siècle. Elle peut donc être une enceinte « expérimentale pour les relations internationales » et « jouer un rôle exemplaire, pour faire émerger une prise de conscience collective sur toute une série de thèmes majeurs sur lesquels les nations du monde doivent apprendre à trouver des solutions communes ».
Pour Hervé Bourges, la Renaissance de la Francophonie doit aujourd’hui s’appuyer sur une perception décomplexée et objective de l’atout que représente pour chacun des pays francophones, le fait de disposer d’une langue qui est encore et qui doit rester l’une des principales langues de communication internationale et adopter à la fois des mesures symboliques et des actions pratiques.
Dans ce "rapport de combat", il préconise ainsi l’inscription des noms de Léopold Sédar Senghor et de l’homme politique et poète antillais Aimé Césaire au Panthéon, pour que la France rende ainsi hommage à deux grandes figures emblématiques de la Francophonie et leur dise sa reconnaissance « pour leur rôle au service du rayonnement de notre langue commune ».
Proposition pratique, la création d’un « visa francophone », qui matérialisera cet espace linguistique en espace politique. Ce visa permettra de mieux concilier politique migratoire et francophonie, en mettant en évidence le fait que la maîtrise du français est une condition qui facilite les échanges internationaux, à l’image du visa "Commonwealth" pour les pays anglophones.

Chaque année, un grand concert mondial francophone

Le rapport propose aussi la création "d’Etats généraux" francophones sur les grands problèmes mondiaux, le déploiement de l’accès gratuit à Internet pour dépasser la dimension purement étatique des institutions francophones et leur donner un caractère plus populaire afin de mieux peser sur les décisions internationales comme ce fut le cas pour la diversité culturelle.
L’étude préconise la tenue d’une grande manifestation culturelle et médiatique annuelle, si possible en marge des Sommets francophones, par exemple un grand concert mondial, qui créerait un lien entre les populations et les institutions francophones autour de vedettes internationales venues de toute la Francophonie.
Autres mesures : la création d’une "Académie francophone" à l’instar de l’Académie française, où les écrivains français seraient minoritaires, le développement des échanges entre lycées francophones et la mise en place d’un "programme Erasmus" francophone pour démultiplier les passerelles entre universités francophones, à la fois au Nord et au Sud.

Consolider les réseaux d’enseignement dans le monde

Sur un plan plus politique, l’étude recommande l’adoption par les Sommets francophones d’objectifs communs sur les grands sujets de l’heure : un "pacte francophone" contre le réchauffement climatique, la conception d’une "alternative de développement" pour assurer la "sécurité énergétique mondiale", et face à la crise alimentaire, la mise en avant d’un "plan solidaire contre la faim".
Concernant la défense des Droits de l’homme et de la liberté de la presse, la Francophonie est invitée à agir contre les violations en la matière et à intervenir par ailleurs plus efficacement pour prévenir les conflits armés : consolider les capacités d’observation et de veille de l’OIF, renforcer le dispositif d’alerte précoce, ainsi que les capacités de médiation francophones sont parmi les axes évoqués tout comme une participation plus importante des francophones aux opérations de maintien de la paix. « La Francophonie doit être perçue comme une arme au service de la paix », souligne Hervé Bourges qui souhaite également la création d’une Fondation de la Francophonie, qui pourra collecter des dons dans le monde entier pour soutenir les actions entreprises et « sortir d’un financement public trop français de l’OIF pour démultiplier ses capacités d’action et d’initiative ».
Concernant la langue, la francophonie est invitée à démultiplier l’action de soutien à l’apprentissage du français, en consolidant les réseaux d’enseignement dans le monde, avec des fonds nouveaux déployés sur des actions d’accompagnement et de soutien (fourniture de matériel scolaire aux alliances françaises, par exemple…) De même, la présence d’un bouquet de chaînes francophones par satellite dans toutes les régions du monde est jugée indispensable.
Pour Hervé Bourges, le « français constitue une langue d’avenir, c’est une langue de la modernité politique, culturelle et sociale » et sa présence internationale doit être défendue, partout où c’est possible et d’abord dans la vie des institutions, à commencer par l’Union européenne. Il envisage ainsi la mise en place d’une Haute autorité de la Francophonie sur le modèle de la Halde – qui lutte contre les discriminations en France – avec un pouvoir d’enquête et de sanction.


Pour une renaissance de la Francophonie, par Hervé Bourges, juin 2008.

Marie Joannidis

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