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18/08/2008
ONU/France
Un rapport critique du Comité des droits de l'homme


(MFI) Au moment où la France qui préside actuellement l'Union européenne tente d'obtenir l'aval de ses partenaires en faveur d'un pacte commun pour l'immigration et l'asile, dans un contexte international de plus en plus sécuritaire, le Comité des droits de l’homme de l’ONU met en cause sa politique en la matière.

Ce comité chargé de contrôler l’application du pacte international relatif aux droits civils et politiques a critiqué fin juillet le non respect par la France de certaines de ses obligations, en particulier celle concernant le sort des étrangers et des demandeurs d'asile, mais aussi son système pénitentiaire. Au nombre de vingt-six, les recommandations du comité concernent notamment le sort des étrangers et des demandeurs d’asile, le recours à l’ADN pour les étrangers, la situation carcérale, les violences commises par les forces de l’ordre, la législation anti-terroriste et certaines règles de procédure pénale, la prolifération des fichiers et la récente loi sur la rétention de sûreté ainsi que les discriminations raciales ou religieuses et entre hommes et femmes.
La Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) tout comme la Ligue internationale des droits de l'homme (LDH), se sont félicitées de la prise en compte des critiques adressées au gouvernement de Nicolas Sarkozy par plusieurs ONG françaises et internationales. Et constatent que les commentaires du comité sont identiques, selon elles, aux reproches qu’elles ne cessent de formuler et demandent instamment au gouvernement français de s’inspirer de ces recommandations pour modifier sa législation et la mettre en conformité avec les pactes internationaux dont elle est signataire.
La FIDH et la LDH réclament le respect de la prochaine échéance de 2012 qui lui a été fixée pour remettre un état des lieux et ne pas se contenter, « comme à l’habitude », d’ignorer les recommandations des instances internationales. La France qui assure depuis le 1er juillet la présidence de l'UE a fait de l’unification des politiques d'immigration une des priorités de sa politique européenne et a présenté un Pacte européen pour l’immigration et l'asile - qui prévoit également un volet consacré au développement solidaire et au co-développement.

Une conférence ministérielle sur le régime commun d'asile européen

Brice Hortefeux, ministre français de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire en avait brossé le tableau devant le Parlement le 29 mai 2008 et avait présenté officiellement le projet les 7 et 8 juillet à Cannes lors d’une réunion des 27 ministres européens chargés de l’immigration. Une conférence ministérielle sur le régime commun d'asile européen se tiendra en septembre 2008 à Paris, suivie de la deuxième conférence ministérielle euro-africaine sur la migration et le développement, les 20 et 21 octobre, également dans la capitale française, pour tenter de trouver une approche commune entre pays du Nord et du Sud. Pour Brice Hortefeux, ce pacte devra répondre à cinq priorités : organiser l'immigration légale en tenant compte des besoins et des capacités d'accueil, lutter contre l'immigration irrégulière en interdisant les régularisations massives (comme l'avaient fait l'Espagne et l'Italie), améliorer l'efficacité des contrôles aux frontières, poser les fondements d'une Europe de l'asile et, enfin, favoriser le développement solidaire.
Le Comité de l'ONU précise qu'il a eu avec l'Etat français « un dialogue ouvert et constructif » mais regrette que le rapport de la France ait été présenté avec un retard de six ans. Il invite instamment la France à soumettre à l’avenir ses rapports à intervalles réguliers, conformément à ce qui est prévu. Il note des aspects "positifs" tels que la mise en place d'un Contrôleur général des lieux de privation de liberté chargé de superviser la modernisation des prisons et le traitement des détenus, dans le cadre de l’action menée pour améliorer les conditions pénitentiaires et réduire la surpopulation carcérale. Il se félicite aussi de la création par la France de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) et de la définition d'une nouvelle infraction pénale concernant la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle ou des conditions de vie et de travail incompatibles avec la dignité humaine.

Sanctionner comme il convient les auteurs des violations

Mais des points noirs subsistent comme la longueur de la détention provisoire dans les affaires de terrorisme et de criminalité organisée, qui peut atteindre jusqu’à quatre ans et huit mois. Pour le Comité des droits de l'homme, la France devrait également revoir sa politique de détention à l’égard des étrangers sans papiers et des demandeurs d’asile, y compris des mineurs non accompagnés, et prendre des mesures pour atténuer la surpopulation et améliorer les conditions de vie dans les centres de rétention, en particulier ceux des départements et territoires d’outre-mer.
Il est aussi préoccupé par les allégations indiquant que des étrangers - dont des demandeurs d’asile -, détenus dans des prisons et des centres de rétention administrative, sont l’objet de mauvais traitements de la part des agents des forces de l’ordre et que l’État n’a pas ouvert d’enquête sur ces violations des droits de l’homme ni sanctionné comme il convient leurs auteurs. Le Comité note l’absence de renseignements statistiques détaillés sur les cas rapportés de mauvais traitements de ressortissants étrangers, y compris sur les sanctions prises contre les responsables.

Des étrangers renvoyés dans des pays où leur intégrité était en danger

Le Comité relève avec satisfaction la déclaration de l’État français qui affirme s’efforcer d’honorer l’obligation de « non refoulement » pour éviter le renvoi de toute personne vers un pays où il y a pour elle un risque réel de mauvais traitements. Il reste néanmoins préoccupé par des informations signalant que des étrangers ont en fait été renvoyés dans des pays où leur intégrité était en danger.
Le Comité s’inquiète également de ce qu’en vertu de la procédure dite « prioritaire », l’expulsion physique a lieu sans attendre la décision d’un tribunal si la personne est renvoyée vers un « pays d’origine sûr », apparemment incluant l’Algérie et le Niger, et qu'aucun recours en justice n’est ouvert pour les personnes expulsées à partir du territoire d’outre-mer de Mayotte (16 000 adultes et de 3 000 enfants chaque année) ni à partir de la Guyane française ou de la Guadeloupe.
Les étrangers sans papiers et les demandeurs d’asile doivent être correctement informés de leurs droits, lesquels doivent leur être garantis, y compris du droit de demander l’asile, et bénéficier d’une aide juridictionnelle gratuite, souligne l'ONU. Le Comité s'élève aussi contre les discriminations envers les élèves qui « veulent, pour des raisons de conscience et de conviction, avoir la tête couverte par exemple d’une calotte (kippa), d'un foulard (hijab) ou d’un turban » et estime que pour respecter une culture publique de laïcité, il n'est pas besoin d’interdire le port de ces signes religieux courants.

Marie Joannidis

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