Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Liste des rubriques
MFI HEBDO: Politique Diplomatie Liste des articles

20/08/2008
Questions internationales (2)
Etats-Unis / Mexique : Une coopération difficile contre les narcotrafiquants


(MFI) Les Etats-Unis et le Mexique souhaitent coopérer dans la lutte contre les cartels. Le Congrès américain a voté un budget de 350 millions de dollars dans ce sens. Mais cette coopération se limitera à des échanges d’informations et de technologies car le Mexique, soucieux de sa souveraineté, ne veut pas voir de militaires américains intervenir sur son territoire.

Lassé de l’augmentation du trafic de drogue aux Etats-Unis et de l’impunité dont semblaient bénéficier les cartels de Medellin et Cali, Bill Clinton lance en 1999 le « Plan Colombie », une vaste offensive contre les narcotrafiquants colombiens. Avec la participation de l’armée américaine, des milliers d’hectares de pavots sont détruits, les opérations coups de poing contre les parrains se multiplient, les réseaux sont désorganisés. Sans les avoir éliminé, le Plan Colombie a sérieusement affaibli les cartels dirigés par Pablo Escobar et consorts. Problème : comme la nature, le trafic de drogue a horreur du vide.

Des multinationales de la drogue

Publié en avril 2008, le dernier rapport de l’Organisation internationale de contrôle des stupéfiants (OICS) souligne : « Désormais, les narcotrafiquants et groupes criminels mexicains dominent la vente en gros de drogues aux Etats-Unis ». Un rapport confirmé par la DEA, l’agence antidrogue américaine. Selon cette dernière, les gangs mexicains contrôlent totalement le commerce des stupéfiants dans cent quatre-vingt-quinze villes des Etats-Unis, aussi bien Los Angeles que Miami ou Boston. Leurs « territoires de chasse » ne se limitent donc pas aux Etats frontaliers du Mexique. Entre 80 % et 90 % des drogues consommées aux Etats-Unis seraient fournies par les cartels mexicains. C’est particulièrement le cas pour le trafic de cocaïne et de marijuana - les Mexicains étant moins présents dans le trafic d’héroïne. Par contre, ils occupent une position hégémonique pour les drogues de synthèse : la méthamphétamine ou « ice » en anglais. « Nous avions affaire à des gangs ; nous sommes maintenant face à des multinationales», conclut la DEA.

L’offensive mexicaine

Face à cette recrudescence de l’activité des narcotrafiquants, les autorités mexicaines ont choisi la manière forte. Depuis décembre 2006, 36 000 soldats et policiers sont mobilisés dans cette « guerre », pour reprendre le mot du président Felipe Calderon. Malgré la corruption notoire de la police mexicaine, les résultats ne sont pas négligeables : en 2007, 50 tonnes de cocaïne ont été saisies, 450 pistes d’atterrissages clandestines détruites, des milliers d’hectares de pavots arrachés, 99 « gros bonnets » du trafic arrêtés et 4 000 armes saisies. Les pertes pour les trafiquants sont estimées à sept milliards de dollars. Mais cette fermeté des autorités mexicaines a aussi provoqué une flambée de violence : en 2007, 2 500 personnes ont été tuées, dealers, indics, policiers, trafiquants rivaux… ; et depuis janvier 2008, on a déjà enregistré 1 856 victimes : tous les jours des personnes tombent sous les balles des narcos. En outre, comme le souligne Raimundo Riva Palacio, un spécialiste des affaires de drogue : « Pour une tonne de cocaïne saisie, combien de tonnes sont vendues ? Pour un dealer arrêté, combien poursuivent leurs activités ? C’est tout le problème du narcotrafic ».

Une aide américaine sous condition

Dans leur lutte contre les cartels, les autorités mexicaines ont besoin de l’aide de l’administration américaine. Pour plusieurs raisons : cette dernière dispose d’informations et de savoir-faire que n’a pas Mexico ; tant que la demande sera forte aux Etats-Unis, le trafic de drogue continuera ; enfin, les arsenaux des cartels – du simple fusil d’assaut au bazooka – proviennent de l’Oncle Sam. En 2007, les autorités américaines avaient promis des sommes colossales pour lutter contre le narcotrafic depuis le Mexique. En mai dernier, le Congrès a revu à la baisse ce qu’on appelle l’Initiative Merida : 350 millions de dollars par an pendant trois ans, au lieu du milliard annuel promis. Il est vrai que, à la différence du Plan Colombie, les Etats-Unis n’auront pas toute latitude pour opérer au Mexique. « La question de la souveraineté est ici très sensible. Dans de nombreux domaines, nous avons déjà l’impression d’être l’arrière-cour de Washington. Pas question donc que des militaires américains interviennent dans le pays », explique José Carreno, journaliste au quotidien El Universal.

Le Mexique sous surveillance

A en croire Michael Chertoff, le conseiller américain à la sécurité nationale : « Définir ensemble une stratégie commune musclée est de l’intérêt de nos deux pays. Les mafieux savent se coordonner quand il le faut ; nous aussi. L’Initiative Merida mettra l’accent sur les échanges d’informations et de technologies ». Il est vrai qu’à la différence de la Colombie, au Mexique, les champs de pavot sont petits, morcellés et cachés en montagne. L’épandage est donc plus difficile. En outre, les cartels – pourtant extrêmement violents – sont mieux intégrés à la population, notamment dans les campagnes. De son côté, le Congrès américain – dominé par les Démocrates – entend conditionner son aide au respect des droits de l’Homme par la police mexicaine. En la matière, celle-ci n’a pas une excellente réputation. Pour obtenir ses crédits, le Mexique sera donc sous surveillance.

Jean Piel

retour