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| 23/09/2008 | |||
| Ramsès 2009 (2) Vers une crise économique mondiale ? | |||
| (MFI) La présentation du rapport Ramsès 2009 a donné lieu, au siège de l’Institut français des relations internationales (Ifri), le 18 septembre 2008, à une table-ronde présidée par Jacques Mistral, son directeur des études économiques, qui avait sollicité l’avis de quelques grands spécialistes français sur la crise financière américaine et ses conséquences sur l’économie mondiale. Morceaux choisis. | |||
| L’économie mondiale a connu depuis dix ans « une croissance extraordinaire tirée par les Etats-Unis et les grands pays émergents », a expliqué Jacques Mistral, directeur des études économiques de l’Ifri. La crise financière des subprimes, déclenchée à l’été 2007, a entraîné un blocage des crédits disponibles et provoqué une crise des liquidités interbancaires qui a nécessité l’intervention des banques centrales. Le risque s’est accentué avec la faillite, au printemps dernier, d’une banque d’affaires américaine. « Un événement de très grande portée ». Ce 18 septembre 2008, l’attention est à l’extrême, au siège de l’Ifri, pour entendre les avis à chaud de quelques uns des plus grands spécialistes français sur l’actualité en cours. La crise bancaire américaine est à l’œuvre. Et dans la semaine écoulée, les « géants de Wall Street » sont tombés l’un après l’autre « comme un château de cartes », selon le quotidien Vingt Minutes : 12 septembre, sauvetage de Morgan Stanley et Washington Mutual ; 15 septembre, faillite de la Lehman Brothers, quatrième banque d’affaires américaine, nationalisée après intervention de la Fed, la banque centrale américaine ; 16 septembre, sauvetage du géant américain de l’assurance AIG... L’effet domino secoue l’ensemble de la sphère financière internationale, faisant chuter la bourse du monde entier tant les liens sont nombreux entre acteurs. Pour stabiliser les marchés, la banque centrale américaine a sorti son carnet de chèques, bientôt soutenue par le Trésor américain venu à la rescousse. Quand les investisseurs se sont retirés une première fois « Nous vivons une crise à la fois très classique et très nouvelle », a dit André Lévy-Lang, ancien président de Paribas et professeur associé à l’université de Paris Dauphine. Après le 11-septembre, la Fed a baissé ses taux pour doper l’économie. Les prêts consentis à bas prix et à taux variables étaient risqués par rapport à la solvabilité des emprunteurs (crise des subprimes). Le phénomène a pris une dimension financière quand ces emprunts ont été transformés en titres financiers et revendus à des investisseurs attirés par leur rendement. Quand la hausse des taux est intervenue, les ménages ont alors été pris à la gorge et les acheteurs ont perdu leur argent. « La bulle des crédits immobiliers a éclaté le 9 août 2007 quand les investisseurs se sont retirés une première fois. » A suivi, le 15 septembre suivant, la faillite de la Northern Rock (Angleterre) et, le 16 mars 2008, celle d’une banque américaine qui a vendu ses actifs à perte, provoquant la chute de leur valeur. Un scénario qui paraît identique aujourd’hui avec Lehman Brothers. La crise des crédits immobiliers est « une crise de confiance sur les liquidités interbancaires et sur les marchés où l’investisseur se retire désormais en cas de risque. (…) Le dégonflement de la bulle financière, extrêmement douloureux, devrait continuer tant que les investisseurs considéreront incertaine la valeur des actifs». Jusqu’ici, la conséquence majeure de cette crise a été « le regroupement à grande vitesse» des acteurs du système bancaire en général. A l’avenir, les banques centrales pourront-elles éviter la faillite des grands acteurs mondiaux ? « Oui, a répondu André Lévy-Lang, à condition qu’elles acceptent de prendre aussi longtemps qu’il le faudra des actifs douteux pour éviter une crise de type 1929 ». Mais il reste une question de taille : « Dans quelle mesure le resserrement mécanique du crédit va-t-il contribuer à accélérer ce qui était un simple ralentissement en récession ? » Comme une trainée de poudre, la crise bancaire américaine s’est mutée en crise financière planétaire. « Quand les autorités américaines – gouvernementales ou Fed – interviennent avec beaucoup de talent, elles ne peuvent répondre que pour l’Amérique, a rappelé Jean-Hervé Lorenzi, professeur à l’université de Paris Dauphine. La gouvernance mondiale n’est pas assurée. (…) Le mode de régulation économique mondial est le pur produit de ce qui fut la domination du capitalisme anglo-saxon depuis quarante ans. » Pour éviter une crise économique majeure, et face à la sophistication du système financier, il serait nécessaire d’introduire des « normes ». Le Cercle des économistes qu’il préside devrait en faire la proposition lors de la prochaine conférence internationale de l’Ifri à Evian en octobre 2008. « 1 500 milliards de dollars de pertes putatives perturbent le système. Il faut parvenir à les répartir dans le temps pour amortir la crise financière. Il y a un décalage absolu entre la pro-activité américaine et la passivité européenne. En cas de crise économique majeure où l’Europe entrerait en récession, l’Union européenne pourrait-elle prendre les décisions adaptées ? » « On est dans le chaos ! » De la crise financière à la crise économique, le pas est vite franchi. Contrairement à la sphère politique, en matière économique, « on est dans le chaos ! », a dit Eric Le Boucher, éditorialiste au journal Le Monde. Les conflits entre les pôles en Géorgie et l’échec du cycle de Doha sont autant de signes avant-coureurs d’une crise qui porte sur les principes mêmes du libéralisme occidental – qui n’ont cessé de prendre de l’importance depuis 1945. « Où allons-nous ? Mystère ». La grande liaison Chine-Amérique pourrait être la colonne vertébrale de la future économie mondiale. Reste que la régulation du système financier a été ébranlée par l’excès de crédits et a provoqué l’effondrement de la bulle. Ramsès 2009. Turbulences économiques et géopolitique planétaire. Rapport annuel de l’Institut français des relations internationales (Ifri), dirigé par Thierry de Montbrial et Philippe Moreau-Defarges. Dunod. | |||
| Antoinette Delafin | |||
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