| |||
| 23/09/2008 | |||
| Ramsès 2009 (1) Le passage au monde multipolaire et hétérogène enfin accompli | |||
| (MFI) Ramsès, le rapport de l’Institut français des relations internationales (Ifri), fournit chaque année depuis vingt-sept ans une grille de lecture et des repères utiles à la compréhension d’un monde en mutation. Turbulences économiques et géopolitique planétaire, son édition 2009, fait le point sur les grandes tendances à l’œuvre sur la planète. | |||
| Ouvrant Ramsès 2009, les Perspectives de Thierry de Montbrial, directeur général de l’Institut français des relations internationales (Ifri), offrent une analyse originale de l’année écoulée. « Vingt ans après l’effondrement de l’URSS, le système international, devenu difficile à lire depuis la fin de la Guerre froide, paraît sorti du “ chaos ” de la transition. Il a enfin accompli le passage d’un monde bipolaire à un monde multipolaire et hétérogène », a-t-il dit lors de la conférence de présentation du rapport au siège de l’Institut. Le système international est hétérogène « parce que les unités politiques n’ont pas toutes le même système de valeur ». Ainsi, les droits de l’homme, valeur universelle, n’ont pas le même sens pour tous. Les « droits-de-l’hommistes », tenants d’une démocratisation à l’occidentale globalisée, l’utilisent comme « arme idéologique de combat » ; tandis que pour l’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, ce processus s’évalue sur le long terme et ne peut s’inviter à tout moment à la table diplomatique. Dans ce système multipolaire, quatre Etats ou entités politiques sortent du lot : Etats-Unis, Chine, Russie et Union européenne. Toutefois, un pays émergent comme le Brésil « compte économiquement » tandis que l’Inde, « acteur principal des négociations commerciales multilatérales », est un « pôle émergent » très observé depuis qu’il a signé en 2005 un accord sur le nucléaire civil avec les Etats-Unis. Etats-Unis : un recul durable et irréversible Le jugement de Thierry de Montbrial sur les Etats-Unis est laconique. Premier des pôles, ce pays a « constamment reculé en poids relatif depuis la chute de l’URSS. Un recul qui paraît durable et irréversible », même s’il se reprenait après les prochaines élections. Second pôle, la Chine. Entrée depuis trente ans dans l’ère des réformes sous la houlette de Deng Xiao-Ping, elle a parcouru un chemin « époustouflant », maintenant sans dérapage une croissance élevée quand la légitimité du Parti communiste chinois (PCC) reposait sur l’amélioration des conditions de vie. « Il ne faut jamais sous-estimer le savoir-faire chinois dans l’art de gouverner. » Ses ambitions mondiales potentielles sont dominées par une « finesse dans la conduite des affaires politiques ». Ancienne civilisation, son unité politique n’est plus à prouver. Pôle majeur, la Russie est une puissance qui va du Moyen-Orient à l’Asie centrale, et dont les liens se reconstituent avec l’Amérique latine. « Oui, la Russie est de retour», a affirmé Thierry de Montbrial, prenant l’exemple de Grozny, capitale de la Tchétchénie, « entièrement reconstruite » et où il ne subsiste « aucune trace de la guerre »… La « renaissance » de la Russie n’est pas le fait de la seule manne pétrolière. Héritière d’un grand système éducatif, elle a pu redresser son économie malgré l’obstacle démographique. Elle ne veut plus « se faire marcher sur les pieds » et entend « faire valoir ses intérêts qu’elle considère avoir été bafoués ». Enfin, l’Union européenne est « un pôle de nature très particulière ». Puissance économique latente, « sa faiblesse politique congénitale lui interdit durablement de jouer un rôle proactif, sauf circonstances particulières comme celle des deux voyages de Nicolas Sarkozy à Moscou et Tbilissi ». Et cela encore davantage après l’échec du Traité de Lisbonne. Elle peut toutefois jouer la carte du « soft power européen », avec un effet attractif en matière de maintien de la paix et de soutien économique pour cette partie du monde – par opposition aux « effets impériaux des Etats-Unis ». « L’interaction entre ces pôles sera dominant ». Opérant un focus sur l’affaire de la Géorgie, « une crise prévisible » intervenue alors que le rapport était sous presse, le directeur de l’IFRI a affirmé que celle-ci n’était pas synonyme d’un retour à la Guerre froide. « Il ne s’agit pas d’une lutte idéologique bipolaire mais plutôt d’un conflit d’intérêts extrêmement classique », territorial, économique, ethnique. Dès lors, comment la gérer pour ne pas détruire un système que tout le monde veut préserver, les intérêts communs étant considérables ? Michael Sakachvili « a commis des erreurs monumentales de jugement ». Il a « surestimé le soutien des Etats-Unis pour bouter les Russes dehors », alors que pour Thierry de Montbrial, « l’Ossétie du sud et l’Abkhazie n’ont rien de géorgien ». Les Russes, en stratèges aux capacités militaires suffisantes, ont profité des circonstances. Une réponse du berger à la bergère. Déjà, ils avaient exprimé leur mécontentement sur la question du Kosovo, « extrêmement mal gérée », et dont l’indépendance est « une décision unilatérale » que beaucoup de pays d’Europe n’ont d’ailleurs pas reconnue. « L’Ouest a profité des faiblesses russes pour étendre ses avantages, notamment à travers l’Otan », qui n’est ni une organisation internationale ni multilatérale. Le discours selon lequel le dispositif n’était pas dirigé contre les Russes n’est « pas convaincant ». Citant la Transnistrie, l’Ukraine, dont un tiers des 14 millions d’habitants sont russophones, et la Crimée, entièrement russe, il a conclu que si le monde occidental parvient à marche forcée à faire entrer l’Ukraine dans l’Otan, ce pays éclatera, entrainant « une crise majeure sur le continent européen ». Appelant les Occidentaux, « les plus idéologiques », à plus de retenue, il a annoncé la tenue, début octobre à Evian, d’une conférence internationale de l’Ifri portant, entre autres, sur la reconstruction des structures de gouvernance internationales. Ramsès 2009. Turbulences économiques et géopolitique planétaire. Rapport annuel de l’Institut français des relations internationales (Ifri), dirigé par Thierry de Montbrial et Philippe Moreau-Defarges. Dunod. | |||
| Antoinette Delafin | |||
|