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| 30/09/2008 | |||
| Questions internationales (2) Les Maldives : un archipel en sursis | |||
| (MFI) Posées au ras des flots, les 1 190 îles des Maldives sont menacées par la montée des eaux due au réchauffement climatique. Un réchauffement dont le pays n’est pourtant pas responsable. Le tourisme représente aussi un risque pour l’environnement. | |||
| Vu d’avion, l’archipel des Maldives ressemble à un tableau lumineux, aux délicates touches de vert, de bleu, de jaune paille et de turquoise. Une succession d’îles coralliennes posées au ras des flots. Les Maldives appellent des images de farniente au soleil, de plages de sable blanc, de lagons bleu océan dans lesquels virevoltent des poissons multicolores. Autant de clichés pourtant bien réels. Comme si l’archipel avait été conçu pour être photographié dans les brochures touristiques. Le pays le plus bas du monde Cet eden existera-t-il encore dans un siècle ? Les spécialistes de l’environnement se posent sérieusement la question. Le « sommet » des Maldives culmine à trois mètres au-dessus du niveau de la mer, et 80 % des 1 190 îles qui forment l’archipel se trouvent à moins d’un mètre au-dessus des flots. Les Maldives sont enregistrées dans le livre Guiness des records comme le pays ayant la plus basse altitude moyenne au monde. Or, du fait du réchauffement climatique, l’océan Indien s’élève de 3 mm par an ; peut-être même de 8 mm selon les plus pessimistes. A en croire les autorités maldiviennes, le niveau de l’eau a grimpé de 5 cm ces quinze dernières années. A ce rythme, de nombreuses îles seront submergées dans un siècle à peine. « Nous risquons d’être les premières victimes d’un réchauffement climatique dont nous ne sommes absolument pas responsables, puisque les Maldives n’abritent aucune industrie polluante », déplore Ibrahim Shihab, un militant écologiste de Malé, la capitale. La barrière de corail en danger En outre, en 1998, le phénomène El Nino – une brusque élévation de la température de l’océan pendant plusieurs semaines – a provoqué la mort de nombreux poissons et végétaux, mais aussi la dégradation de la barrière de corail. Une barrière de corail qui protège naturellement les îles des assauts des vagues. Cela signifie donc que l’archipel est beaucoup plus vulnérable aux tempêtes tropicales. Or, effet cumulatif, les études scientifiques prouvent que le réchauffement climatique provoque des typhons plus fréquents et plus violents. Déjà, les inondations sont nombreuses, salinisant à chaque fois l’eau potable des îles. Ibrahim Shihab le reconnaît cependant : « Nous avons aussi notre part de responsabilité dans cette fragilité des îles. Nous utilisions en effet du corail pour construire les maisons traditionnelles. Cela posait peu de problèmes lorsque la barrière était riche et la population limitée. Mais ensuite, cela a endommagé les coraux. Cela dit, cette pratique a beaucoup diminué et elle est sans commune mesure avec les dangers du réchauffement climatique. » Si le tourisme assure 40 % du revenu national des Maldives et deux tiers des emplois, il pèse aussi sur l’environnement. A population égale, les îles-hôtels consomment trois fois plus d’eau et cinq fois plus d’électricité que les îles réservées aux Maldiviens. Les nombreux plongeurs et surtout les « snorkeleurs » (qui restent à la surface avec palmes, masque et tuba) abîment parfois l’écosystème marin. Malgré l’interdiction de tuer requins et tortues, des magasins de Malé vendent des mâchoires de squales et des carapaces. Le retraitement des déchets enfin constitue un défi dans un archipel où il n’y a pas de ramassage des ordures. Une île-poubelle a bien été dédiée (comme il existe une île-prison ou une île-université), mais elle risque d’être rapidement saturée. En principe, chaque complexe hôtelier est tenu d’avoir son propre système de combustion des ordures et de ne rien rejeter à la mer. Mais tous ne respectent pas cette règle coûteuse, de même que la majorité des îles non-touristiques. Des solutions alternatives Cette description paraîtra bien sombre à quiconque connaît la beauté et la quiétude de l’archipel. Mais, comme le rappelle le climatologue américain Greg Holland, du Centre national de recherche atmosphérique : « Le propre des évolutions environnementales est qu’on en prend conscience quand il est généralement trop tard. » Les autorités maldiviennes ont déjà adopté plusieurs mesures. Malé est entourée d’une immense digue dont la construction a coûté 13 millions de dollars. Une île artificielle, Hulhumalé (la capitale de secours), a été érigée à proximité. Des travaux qui ont provoqué la colère des Maldiviens, seule Malé bénéficiant d’une telle protection. Par ailleurs, l’utilisation de pesticides et d’engrais est interdite dans l’archipel, la consommation d’eau désormais limitée et l’importation de plantes prohibée du fait du risque invasif. A en croire Barbara de Angelis, biologiste marine détachée auprès des hôtels : « Les conséquences d’El Nino ont presque disparu. Toutes les espèces de poissons sont revenues et, sur certains sites, le corail repousse rapidement. Nous expliquons aux touristes les gestes à faire et à ne pas faire sous l’eau, comme ne pas remonter une étoile de mer ou ne pas caresser une tortue. Il faut les informer sérieusement sans les sermonner pour autant car ils sont en vacances. » Plusieurs complexes hôteliers cherchent à réduire leur consommation énergétique ou à trouver des solutions alternatives. Ainsi, certains climatiseurs fonctionnent à l’eau de mer ; une partie de l’électricité est fournie par des turbines utilisant les courants marins. Comme le souligne Ralph Hanke, responsable du développement durable pour une chaîne hôtelière : « La mode de l’éco-tourisme permet de mieux faire accepter par les résidents certaines restrictions comme consommer moins d’eau, utiliser moins de serviettes, remporter ses emballages vides. Le message passe plus facilement auprès des touristes européens qu’asiatiques, mais nous progressons. » Les défis des autorités maldiviennes est de développer le tourisme, première source de revenus, sans mettre en péril l’environnement, et de résoudre les conséquences d’un réchauffement climatique dont elles ne sont pas responsables. « Quand il est terrestre, le paradis n’a qu’un temps », conclut, fataliste, le militant écologiste Ibrahim Shihab. | |||
| Jean Piel | |||
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