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| 18/11/2008 | |||
| Questions internationales (2) Des djihadistes devenus alliés des Américains | |||
| (MFI) Pour diminuer la violence en Irak, les Etats-Unis ont favorisé la création de groupes d’autodéfense, constitués de sunnites souvent anciens membres de réseaux djihadistes, lassés des combats. La recette a fonctionné, mais nombre de soldats américains acceptent mal de côtoyer ceux qui leur tiraient dessus il y a quelques mois encore. Quant aux autorités irakiennes, elles n’ont aucune confiance en ces « Comités du Réveil » et rechignent à les intégrer dans l’armée régulière. | |||
| « Si tu ne peux pas vaincre ton ennemi, achète-le. » La maxime est connue ; c’est celle qu’applique l’armée américaine à l’égard des sunnites depuis le printemps 2007. Minoritaires en Irak mais détenant tous les pouvoirs à l’époque de Saddam Hussein, les sunnites ont mené l’essentiel de l’insurrection contre les troupes de la coalition. Ils ont rejoint des réseaux djihadistes, formé des milices, multiplié les attaques contre les bases américaines. Dans l’immense province d’Al-Anbar, majoritairement sunnite, les GI’s ont subi le tiers de leur perte (1 306 morts sur 4 000). Mais le vent a tourné. L’attentat, en février 2006, contre la mosquée de Samara, lieu sacré du chiisme, a sonné le début des affrontements entre la majorité chiite (60 % de la population) et les 20 % de sunnites. Ces derniers, en outre, ont subi en Mésopotamie les attaques répétées d’Al-Qaïda, qui était pourtant leur allié, mais ne les trouvait pas suffisamment religieux et entendait contrôler les districts depuis toujours dirigés par des chefs tribaux sunnites. Un de ces chefs tribaux, Abdoul Sattar Abou Richa, est venu trouver le commandement américain de sa région, en décembre 2006, pour se plaindre des exactions d’Al-Qaïda. « Cet homme détroussait les véhicules qui traversaient son territoire et armait ceux qui nous attaquaient. Mais lorsque ses frères ont été tués par Al-Qaïda, il est venu demander notre protection », raconte, stupéfait, un colonel d’infanterie dans The New York Times. Pro-américain le jour, djihadiste la nuit ? Alors commandant en chef des troupes américaines en Irak, le général David Petraeus, loin de s’offusquer, voit là une formidable opportunité. Il va favoriser la création de groupes sunnites qui vont travailler comme supplétifs de l’armée américaine pour assurer la sécurité dans les quartiers et les villages, et ainsi établir la pax americana. Baptisés Comités du Réveil (Sahwa en arabe) ou Fils d’Irak, ces groupes sont aujourd’hui 150 et comptent 80 000 membres payés 300 dollars par mois. « On ne peut pas tuer toute une insurrection, on ne peut vaincre tout le monde. Il faut aussi savoir les retourner », se justifiait, dans Time Magazine, le général Petraeus. Ces Fils d’Irak sont majoritairement basés dans la moitié nord du pays, sauf au Kurdistan, région autonome où les dirigeants n’en veulent surtout pas. Payer l’ennemi pour qu’il cesse le combat : la recette a marché. En septembre 2007, on comptait en moyenne 322 attaques par jour, 80 seulement en septembre 2008. Les Sahwa ont sans conteste favorisé la diminution de la violence en Irak. Ces comités ne sont pas pour autant du goût de tous les soldats américains. « Il y a quelques mois, ces gars nous tiraient dessus ; ils ont tué plusieurs de nos camarades. Et maintenant, on devrait faire copain-copain avec eux et boire le thé ensemble. C’est impossible pour moi », témoignait, dans Newsweek, un sergent basé à Falloujah, dont c’est le troisième séjour en Irak. Et un autre GI’s d’ajouter : « On ne peut pas leur faire confiance. Une partie d’entre eux, à la nuit tombée, rejoignent leur réseau djihadiste et préparent des attaques contre nous. Ils sont encore mieux informés qu’avant. Le tout en étant payé 300 dollars par le contribuable américain. Cela n’a aucun sens. » Agent de liaison des Comités du Réveil à Bagdad, le capitaine Eric Cosper reconnaît qu’il est possible que certains Fils d’Irak appartiennent toujours à l’insurrection. « Mais c’est une minorité, assure-t-il dans Time Magazine. Nous devons leur faire confiance. Les sunnites sont fatigués des luttes inter-ethniques contre les chiites, et ils ne supportent plus le rigorisme religieux et les prétentions de pouvoir d’Al-Qaïda dont la plupart des membres sont étrangers. » La même erreur qu’en Afghanistan ? Si certains militaires américains expriment leur réserve face à ces Comités du Réveil, le gouvernement du Premier ministre Nouri Al-Maliki, où les chiites sont majoritaires, ne cache pas, lui, sa franche opposition. « Les Etats-Unis répètent la même erreur qu’en Afghanistan. Pendant l’occupation soviétique, ils ont armé et financé les moudjahidines dont certains sont devenus des talibans, d’autres des seigneurs de la guerre impossible à désarmer. Ce sera la même chose avec les Sahwa. Les ingrédients sont réunis pour une guerre civile en Irak, une fois les troupes américaines parties », s’offusque un ministre chiite, cité par Le Monde. Un autre se fait plus insidieux : « Et si le véritable but de Washington était de remettre la minorité sunnite au pouvoir pour stopper les ambitions régionales de l’Iran et satisfaire ses alliés sunnites, Saoudiens, Jordaniens et Egyptiens ? » Réponse des Etats-Unis par la voix de Robert Gates, le secrétaire à la Défense : « Il est ridicule de comparer la situation passée en Afghanistan et celle actuelle en Irak. Les Comités du Réveil ne constituent pas une formation unie ; ils sont 150 avec 150 chefs différents dans autant de districts. Certains sunnites ont attaqué nos soldats, mais certains ont aussi été des victimes et ils aspirent à la paix. Ce que je sais, c’est qu’en un an les combats ont diminué de 9 % dans certaines provinces. » Les Etats-Unis souhaitent qu’au moins 20 % des Fils d’Irak soient incorporés dans la nouvelle armée irakienne. Mais ni les officiers de ladite armée ni le gouvernement de Nouri Al-Maliki ne montrent trop d’empressement. « Nous n’avons pas confiance en eux, et l’Irak n’a pas les moyens de les payer 300 dollars par mois », reconnait un colonel irakien. Jusqu’à présent, moins de 7 % des Fils d’Irak ont rejoint les rangs de l’armée ou de la police. « Je souhaite m’enrôler dans l’armée. Mais j’ai peur d’être arrêté si j’y vais. Les officiers ont arrêté beaucoup d’entre nous, les accusant d’avoir participé à des massacres contre des chiites », témoigne Abou Seijad, le chef d’un des Comités du Réveil de Bagdad, interviewé dans Le Monde. L’intéressé avoue avoir tué plusieurs GI’s du temps où il était dans l’insurrection. « Mais aujourd’hui, il m’est plus facile de travailler avec l’armée américaine qu’avec l’armée irakienne. C’est un comble ! » Et de menacer : « Si les miliciens des Comités du Réveil ne sont pas intégrés dans l’armée, ils reprendront leur ancienne activité, ils rejoindront Al-Qaïda. » | |||
| Jean Piel | |||
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