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03/03/2009
Conférence à Paris le 9 mars 2009
Le droit de travailler dans sa propre langue dans son pays


(MFI) Deux ans après un premier événement à Paris sur le thème Pour le droit de travailler en français en France, des syndicats et associations, aidés par des parlementaires français, organisent une nouvelle conférence de sensibilisation. Mais cette fois la manifestation est internationale : il s’agit de plaider pour le droit de travailler dans sa langue nationale dans son pays. Sont invités des syndicalistes et associations de pays européens voisins ainsi que du Québec. Car la diversité linguistique se défend aussi, comme le montrent les décisions de justice en France, dans le monde de l’entreprise.


« La situation ne fait qu’empirer, s’indigne Albert Salon. Malgré les procès gagnés et les réactions qui ne cessent de s’amplifier, les mauvaises pratiques dans les entreprises actives en France continuent : on impose aux salariés de travailler dans une langue qui n’est pas la leur – le plus souvent en anglais. Cette pratique, qui concernait surtout les cadres, s’étend désormais de plus en plus aux relations internes et aux techniciens, parfois par logiciel interposé. On prétend que l’anglais serait la langue du commerce extérieur. Mais la langue du commerce extérieur, n’est-ce pas la langue du client ? », s’interroge l’ancien ambassadeur, qui préside à la fois la section française du Forum francophone international (FFI) et l’association Avenir de la Langue française (ALF).
C’est la loi du 4 août 1994, dite loi Toubon, qui en France a introduit dans le droit du travail l’obligation d’emploi du français pour certaines informations délivrées au salarié par l’employeur, notamment celles contenues dans le contrat de travail, le règlement intérieur et tout document nécessaire au salarié. Mais pendant longtemps, ces dispositions n’ont pas eu de réelle portée. Jusqu’en 2006 précisément. Le 2 mars, la Cour d’appel de Versailles s’est prononcée pour la première fois sur leur application, dans un arrêt (1) rendu contre General Electric Medical Systems (GEMS). Selon la cour, si le code du travail n’interdit pas l’usage simultané de la langue anglaise ou de toute autre langue étrangère, l’exigence de l’usage ou de la traduction en langue française est clairement affirmée dès lors qu’un salarié français titulaire d’un contrat de travail en France se trouve concerné par l’utilisation du document.

L’arrêt GEMS confirmé par les jurisprudences ultérieures

Cet arrêt a eu un grand retentissement. D’autant que les décisions suivantes vont dans le même sens. Un jugement du Tribunal de grande instance de Nanterre du 27 avril 2007 condamne ainsi, sous astreinte de 5 000 euros par document et par jour de retard, la société Europ Assistance à traduire deux logiciels élaborés en anglais. Un an plus tard, le 6 mai 2008, un jugement du TGI de Paris condamne également la société Nextiraone (ex-Alcatel) à traduire en langue française un logiciel de gestion interne disponible seulement en anglais.
Ces décisions n’empêchent pas le juge de reconnaître que l’usage de plusieurs langues dans l’entreprise peut être légitime en raison de la nécessité. La jurisprudence indique notamment que l’entretien préalable doit être réalisé dans une langue compréhensible par les deux parties (CC, soc, 8 janvier 1997, sté Good Year) ou que le recours à une ou plusieurs langues étrangères peut répondre aux caractéristiques de l’emploi occupé par le salarié : leur maîtrise fait alors partie des qualifications du salarié, ce qui aura une incidence éventuelle sur sa rémunération…
L’ALF appartient au groupe informel Pour le droit de travailler en français en France, qui rassemble divers délégués syndicaux français et associations. « Nous assistons à l’effacement du français en France », où des travailleurs sont parfois confrontés à des instructions en anglais qu’ils ne maîtrisent pas, ce qui entraîne « souffrance, acculturation et problèmes de sécurité », confirme Jean-Loup Cuisiniez, syndicaliste de la CFTC qui entame sa « dixième année de vigilance et d’action sur la question linguistique ».
A la suite d’une première manifestation réussie le 8 février 2007 à l’Assemblée nationale française sur le droit de travailler en français en France, le groupe a souhaité étendre le concept – conformément à l’idée francophone de diversité culturelle, pourrait-on dire ! – et organise, le 9 mars 2009 à Paris, à l’Assemblée nationale toujours, une conférence internationale pour le droit de travailler dans sa langue nationale dans son pays. Sont invités, outre les syndicats, associations et parlementaires français, des syndicats et associations allemands, italiens, québécois et espagnols.


(1) Consultable sur www.cgt-gems.fr

Ariane Poissonnier

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