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15/03/2009
Etats et enseignants : le duo incontournable


(MFI) L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) soutient les pays francophones du Sud dans leurs demandes d’enseignement d’un français de qualité. Notamment en Afrique, où la formation des maîtres est une priorité. Mais la surprise vient des lusophones et des anglophones, pour qui le français constitue désormais un bon outil d’intégration régionale et internationale.

« Renforcer la place du français dans nos systèmes éducatifs tout en développant un enseignement public et privé de qualité », tel est l’engagement pris par les membres de l’OIF au Sommet de Québec en 2008. Enseigner le français, enseigner en français : il s’agit de « promouvoir la langue française à travers le monde, tout en cohabitant avec les langues nationales et transfrontalières et en dialoguant avec les autres aires linguistiques ». Cette ambition, qui contribue à l’effort international pour la réalisation du 2e Objectif du Millénaire pour le développement de l’Onu sur l’éducation pour tous en 2015*, nécessite toutefois un réel engagement des autorités nationales.
Mais que font les Etats en matière d’enseignement du français ? Dans un contexte de concurrence croissante avec l’anglais, bonnes et mauvaises nouvelles alternent. Désamour des uns, désir des autres. En Afrique, qui compte le plus grand nombre de locuteurs francophones – 30 des 53 pays de l’Union africaine sont membres de l’OIF – et où l’on observe une demande croissante de français dans les organisations régionales, on assiste à un curieux chassé-croisé.


Rivalités entre les mondes : un curieux chassé-croisé

Ainsi, au Rwanda, la rivalité entre les mondes – les modes !? – francophone et anglophone est à son comble. Dernier épisode, cette déclaration de la ministre de tutelle, tombée en plein sommet de Québec : « L’enseignement primaire, secondaire et universitaire sera exclusivement dispensé en anglais au Rwanda à partir de 2010. » En instance d’intégrer le Commonwealth – la décision sera rendue lors du sommet 2009 à Trinité-et-Tobago –, ce pays qui comptait 1 824 291 apprenants en français en 2002 a déjà ajouté l’anglais à ses deux autres langues officielles, le kinyarwanda et le français, et il a programmé « une mise à niveau obligatoire en anglais pour l’ensemble du corps enseignant ».
A l’inverse, au Ghana, membre associé de l’OIF depuis 2006, le nombre d’apprenants en français est en constante augmentation dans le secondaire (850 221 en 2008 contre 383 875 en 2001). En principe obligatoire au collège, le français s’impose progressivement « comme un outil incontournable de communication régional et international », estime Thomas Tshiggfrey, chef de projet à l’ambassade de France au Ghana. Dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, ce pays a adopté en 2006 un Action Plan for French, qui crée une ligne budgétaire dédiée à la promotion du français. Car l’intégration régionale passe désormais par son apprentissage. « Le Ghana est entouré exclusivement de pays francophones », rappelle Josiane Gonthier, de l’Observatoire de la langue française. « D’où l’intérêt pour le français, exprimé aussi bien par les plus hauts responsables que les dirigeants d’entreprises ou encore les jeunes qui postulent à des emplois dans des pays voisins. »
Au Mozambique lusophone, observateur à l’OIF depuis 2006, et qui compte de nombreux immigrés ouest-africains, on juge aussi la langue française « de plus en plus utile pour échanger avec le reste du continent et du monde ». Selon les projections nationales, les effectifs atteindront 300 000 élèves et nécessiteront 500 professeurs, suite à l’application début 2009 de programmes où le français est proposé en option dès le 1er cycle du secondaire.
Pour les 32 Etats et gouvernements membres de l’OIF où le français est langue officielle, la maîtrise de la langue demeure une priorité. Et surtout un défi, compte tenu de l’état des systèmes éducatifs. L’Organisation leur apporte son soutien, au sein de la Conférence des ministres de l’Education des pays ayant le français en partage (Confémen), dont le Programme d’analyse des systèmes éducatifs établit des diagnostics précis avant l’adoption de politiques plus efficaces. En 2007 et 2008, les systèmes du Bénin, du Cameroun, de Madagascar et de la Guinée ont été évalués, et ceux du Burkina Faso, du Congo, du Gabon, de Maurice et du Sénégal sont en cours d’évaluation.

Des centres régionaux en pleine croissance

Si les choix opérés par les Etats sont primordiaux, la qualité des enseignants l’est tout autant. Aussi l’OIF favorise-t-elle, en matière de formation, le développement de réseaux intégrés de coopération à l’échelle des régions. Ces réseaux sont en pleine croissance. Ainsi, à Sofia (Bulgarie), le Centre régional francophone d’Europe centrale et orientale (Créfeco) est devenu le lieu de rencontre des professionnels de haut niveau. « Nous avons assuré la formation d’environ 170 formateurs d’enseignants au Créfeco, rapporte Martine Defontaine, de la Direction de l’éducation et de la formation de l’OIF. Des activités qui reflètent les demandes des Etats : Albanie, Bulgarie, Roumanie, Moldavie, Macédoine. » De même, le Centre régional francophone d’Asie-Pacifique (Créfap), né en 1993 à Hô Chi Minh-ville (Vietnam), a assuré ces deux dernières années un stage de formation des formateurs au Laos, ainsi qu’une session didactique du programme de Valorisation du français en Asie du sud-est (Valofrase).
Impossible d’en dire autant du Centre régional francophone de l’océan Indien (Créfoi), créé en 1991, à Antananarivo. Les événements à Madagascar compromettent sa réouverture, prévue avant le sommet de l’Union africaine dans la capitale malgache fin juin 2009. Dans la Grande île, le français, langue officielle avec le malgache et l’anglais, est en perte de vitesse. Et la récente réforme de l’enseignement fondamental conforte encore cette situation.


Des ressources en ligne à disposition des professeurs

En réponse à la demande de français des pays anglophones et lusophones africains, membres ou non de la Francophonie, l’OIF soutient également le Réseau des centres de français langue étrangère d’Afrique (Recfléa). « La portée du Recfléa est très importante, insiste Martine Defontaine, dans la mesure où de nombreuses institutions s’intéressent enfin au grand « bassin » que sont les profs de FLE des pays d’Afrique non francophones – ce concept étant du reste à beaucoup nuancer. Ceux-ci se dotent maintenant de critères internationaux. » La convention de Cotonou en 2006, signée à la demande de trois centres de français langue étrangère (FLE) du golfe du Bénin, porte en effet sur la professionnalisation de la formation au français : harmonisation des cursus et des certifications, mutualisation des ressources humaines et documentaires.
Le président en exercice du Recfléa, le professeur Samuel Olababanji Aje qui dirige le Village français du Nigeria, se félicite pour sa part de la tenue d’un premier colloque en 2008 à Lomé (Togo) sur le thème Langue française, diversité culturelle et intégration régionale. Il a rassemblé 180 participants venus de 16 pays africains. Le président du Recfléa souligne également l’attractivité de la Fédération internationale des professeurs de français, qui réunit 80 000 professeurs répartis dans plus de 130 pays et 172 associations. Soutenue par l’OIF, la FIPF a pour mission de se faire l’écho des préoccupations des enseignants et de leurs actions mais aussi de leur apporter un soutien constant dans leur travail quotidien. C’est elle qui anime, avec le Centre international d’études pédagogiques, le site de l’OIF franc-parler.org, qui propose aux professeurs de français des fiches pratiques pour la classe et d’autoformation des enseignants, des parcours pédagogiques et des articles théoriques. Sans oublier un forum d’échanges… et des petites annonces !


* Assurer l’accès de tous les enfants à un cycle complet d’études primaires tout en éliminant les disparités entre les sexes et favoriser l’enseignement, la formation et la recherche orientés vers le développement et l’emploi.

Antoinette Delafin

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