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| 18/08/2009 | |||
| Après la visite du Révérend Jesse Jackson en Côte d’Ivoire Questions autour d’une tournée mouvementée | |||
| (MFI) A la veille de la présidentielle du 30 novembre, la visite du Révérend Jesse Jackson en Côte d’Ivoire, à l’invitation du leader des Jeunes patriotes, Charles Blé Goudé, n’a pas fait l’unanimité. Le leader noir a cependant répété inlassablement qu’il n’était pas venu soutenir l’un ou l’autre des camps. Pourtant, cette visite de l’ancien envoyé spécial de Bill Clinton en Afrique, qui avait soulevé bien des polémiques à propos de son action dans le conflit du Liberia, laisse à réfléchir. | |||
| La presse américaine aura seulement retenu du voyage du Révérend Jesse Jackson en terre ivoirienne son aspect « folklorique » : il a été symboliquement couronné prince du Sanwi, à Krinjabo, un titre dont il a hérité après le décès de son « parent », Michael Jackson. Pourtant, le célèbre militant noir américain des droits civiques, compagnon de route de Martin Luther King, a été accueilli avec tous les honneurs dus à son rang à Abidjan. Mais le motif de sa venue n’a pas fait l’unanimité : il avait en effet accepté de parrainer le 4e sommet du Congrès des jeunesses panafricaines et des patriotes (Cojep), un mouvement né en mai 2001 sous la houlette de Charles Blé-Goudé, l’ancien leader estudiantin. « Je suis heureux de recevoir un combattant de la liberté à la maison », a déclaré Laurent Gbagbo à l’invité spécial de la jeunesse patriotique panafricaine. Sur un air de gospel, le couple présidentiel l’a reçu à son domicile quelques minutes après son arrivée, le 10 août, a rapporté le quotidien Nord-Sud (12 août). « Le problème des pays africains, c’est un problème d’indépendance », a dit le président ivoirien ce jour-là. Candidat non déclaré à sa propre succession, a-t-il ainsi profité de l’événement pour annoncer le thème de sa campagne (l’Indépendance), et confirmer du même coup que le scrutin présidentiel, maintes fois repoussé depuis 2005, aura bien lieu le 29 novembre ? Lors de la cérémonie d’ouverture du sommet de la Cojep au Palais de la Culture de Treichville, Charles Blé Goudé n’a pas tari d’éloge à l’égard du leader noir, « grand parmi les grands », « référence pour la jeunesse ». Il a notamment loué « sa persévérance » qu’il a comparée à celle de L. Gbagbo, qualifié au passage de « chef digne, à l’image de Martin Luther King ». Le thème du sommet La résolution des conflits en Afrique par les Africains : le cas de la Côte d’Ivoire – a fait espérer au chargé de communication du Cojep, Yacinthe Nogbou, que ses débats s’inspirent « de la lutte émancipatrice menée par l’Américain. Le dialogue-direct ivoirien a une origine qui s’apparente à celle de la lutte des noirs américains pour l’affranchissement du joug de l’homme blanc ». Rappelant le passé glorieux de Jesse Jackson, premier américain noir à avoir gagné les primaires au parti démocrate, Laurent Gbagbo a encore évoqué les larmes versées par le pasteur le jour de l’investiture de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. Une élection qu’il a qualifiée de « fruit de la patience ». Le Révérend américain a-t-il été abusé ?... « Nous savons que les larmes que vous avez versées, lors de la cérémonie d’investiture le 20 janvier dernier, vous ramenaient loin en arrière, surtout en ce terrible jour du 4 avril 1968, lorsque, le Révérend Martin Luther King, tombait à Memphis, sous les balles de la haine et de l’intolérance, juste à côté de vous », a dit en écho Anaky Kobena. Le président du Mouvement des forces d’avenir (MFA), candidat à la présidentielle, s’est gardé de vouloir gâcher le séjour du Révérend, mais lui a toutefois rappelé que son hôte était toujours dans le « collimateur » du Comité des sanctions du Conseil de sécurité de l’Onu… L’ancien « général de la jeunesse » a cependant été rebaptisé depuis 2007 « messager de la paix » par le camp présidentiel… dans un esprit de réconciliation. L’arrivée du Révérend Jesse Jackson sur les bords de la lagune Ebrié a aussi été diversement appréciée, notamment par plusieurs organisations de la jeunesse et de la société civile. Ainsi, Touré Mamadou, président du Mouvement interafricain de réflexion et d’action (Mira), a déploré « l’imposture » de Blé Goudé. « Le Cojep, depuis 2000, fait partie des acteurs qui ont mis le pays dans cette situation. On ne peut pas se dire homme de paix… alors que tous les jours, on pose des actes contre la paix. On ne peut pas se réclamer panafricaniste et organiser la chasse aux étrangers… » Dans Le Patriote, Yves-M Abiet s’interroge à propos de « l’arrivée de cet homme de Dieu, apôtre de la paix à Abidjan. (…) Le séjour du Révérend américain Jesse Jackson a été tout simplement récupéré politiquement. En clair, il a été abusé. Lui qui croyait venir en Côte d’Ivoire, ce pays jadis havre de la paix et qui a connu une grave crise militaro-politique depuis le 19 septembre 2002, pour s’adresser à l’ensemble de la jeunesse ivoirienne, s’est rendu compte qu’il a été piégé », croit-il savoir. Dans L’Autre presse, Siriki Gbané se fait plus mordant. Depuis Washington DC, il se demande combien cette « opération de charme (…) va coûter au contribuable ivoirien ?», affirmant à l’avance que « c’est en jet privé que le révérend fera le voyage aller et retour ». Il affirme au passage que « le Révérend Jesse Jackson n’est pas un philanthrope. (…) L’homme a troqué sa veste (…) contre celle du politicien-businessman », avertit-il. De plus, Jackson a fait de « la victimisation des Noirs sa stratégie de lutte pour les droits civiques », poursuit-il, le qualifiant à cet égard « d’anti-Obama » – au sens où ce dernier a donné « la preuve que tout Américain peut se retrouver au dessus de la hiérarchie sociale par son mérite personnel et indépendamment de la couleur de sa peau ». Ou est-il un maître de la manipulation ? Appelant les jeunes à cultiver la démocratie et le patriotisme pour « travailler à l’émergence d’une nation forte », Jesse Jackson a cependant répété à l’envi qu’il n’était pas venu soutenir un camp plutôt qu’un autre. « La réconciliation est l’affaire de tous ». A l’issue des élections, « il y aura un vainqueur et deux vaincus » – et il faudra bien l’accepter. Reçu par le premier ministre Guillaume Soro, celui-ci aurait, dit-on, insisté pour que Jesse prenne langue avec les deux poids lourds de l’opposition – Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara – au demeurant tous deux absents d’Abidjan à cette date. Reste quand même une interrogation. Un rapide tour sur internet renvoie à une réalité somme toute différente de celle qu’en ont donnée les différents témoins de ces festivités de la semaine dernière au bord de la lagune Ebrié. Pas un mot sur le passé africain de Jesse Jackson, qui a servi successivement Jimmy Carter (qui a utilisé bon nombre d’évangélistes comme Pat Robertson) ; puis Bill Clinton, dont il fut l’envoyé spécial pour l’Afrique. En 1997 et 1998, son rôle auprès de Charles Taylor au Liberia,puis de Foday Sankoh en Sierra Leone a fait l’objet des plus vives critiques – surtout bien sûr de la part des conservateurs comme le journaliste Kenneth R. Timmerman, qui le qualifiait de « maître de la manipulation du public » dans l’ouvrage qu’il lui a consacré (Shakedown, 2002). L’histoire sans doute rendra sa part de vérité ! http/ :www.theperspective.org/ldf-response.html | |||
| Antoinette Delafin | |||
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