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02/02/2010
Union africaine La page Khadafi tournée, le référendum au Sud-Soudan craint

(MFI) Le 14e sommet de l'Union africaine s'est achevé, à Addis-Abeba, le 2 février 2010. Les chefs d'Etat et de gouvernement des 53 Etats membres de l'UA ont affiché une position unanime sur la crise à Madagascar et adopté deux textes sur la justice internationale. En désignant à leur tête le président du Malawi, Bingu wa Mutharika, ils ont fermé la parenthèse Kadhafi. Le président de la Commission de l'Union africaine Jean Ping, lui, est à la moitié de son mandat. Et craint les conséquences du référendum de janvier 2011 au Sud-Soudan.

Alors que le sommet de l'Union africaine (UA) tirait à sa fin, la plupart des chefs d'Etat avaient déjà quitté Addis-Abeba. C'est donc dans une salle à moitié vide que les délégués ont examiné deux projets de résolution importants : l'un sur la Cour pénale internationale, la CPI, et l'autre sur le principe de la compétence universelle.

Le document relatif à la CPI fait bien entendu la part belle à l'avenir judiciaire du président soudanais Omar el-Béchir. Le projet de résolution regrette que le Conseil de sécurité des Nations unies ne se soit pas prononcé sur l'application de l'article 16 de la convention de Rome. Cet article permet de suspendre la procédure lancée par la CPI contre le président Béchir. L'Union africaine va donc lancer un nouvel appel aux Nations unies pour que les poursuites contre le président soudanais soient suspendues.

La médiation Chissano pour Madagascar confirmée

Et puis, dans un autre document relatif cette fois à la compétence universelle, l'Union africaine estime que de nombreux abus ont été commis au nom de ce principe et demande l'annulation de toutes les procédures en cours.

Enfin, concernant la situation à Madagascar, une résolution conforte la médiation de l'Afrique australe par le biais de la Communauté pour le développement d'Afrique australe (SADC). Le texte souligne « le rôle leader joué par la SADC dans le processus de négociations ». Cette résolution apporte son soutien à Joachim Chissano, l'ex-président mozambicain, médiateur dans la crise malgache. L'adoption de ce texte conforte les partisans de la fermeté à l'égard de l'homme fort d'Antananarivo, Andry Rajoelina.

Jean Ping à mi-mandat

Elu président de la Commission de l'Union africaine le 1er février 2008, le Gabonais Jean Ping, en place depuis deux ans est donc à mi-mandat. En deux ans, il a dû gérer quatre coups d'Etat. En Mauritanie et en Guinée Bissau, il pense avoir facilité des sorties de crise, laborieuses mais réelles. Concernant la Guinée, Jean Ping veut croire que Dadis Camara, le chef de la junte est hors jeu. Mais pour Madagascar, le président de la Commission de l'UA reconnait l'échec des médiations internationales et notamment de la sienne. Pour le reste, Jean Ping estime que ses deux premières années à la tête de l'Union africaine ont été positives.

L'angoisse suscitée par le référendum au Sud-Soudan

Mais Jean Ping redoute que les deux dernières années de son mandat soient beaucoup plus compliquées. Le Sud-Soudan en serait la cause. Pour le président de la Commission, il fait peu de doute que les Sudistes vont voter pour l'indépendance lors du référendum de janvier 2011, or les frontières Nord/Sud ne sont pas délimitées et, en conséquence, les ressources pétrolières pas réparties.

Il craint également que cette indépendance ne donne des idées aux Darfouris, voire à d'autres peuples au Nigeria, en Angola ou ailleurs. Le président de la Commission aurait certainement préféré que l'on ne touche pas au dogme de l'OUA : l'intangibilité des frontières issues de la colonisation. Pour Jean Ping et beaucoup d'autres à Addis-Abeba, l'indépendance du Sud-Soudan, c'est le grand saut dans l'inconnu et le vent de l'histoire donne des frissons.

Intégrité territoriale et Etats multiethniques

De fait, l'« intégrité territoriale » a été beaucoup débattue. Les partisans du statu quo en la matière ont reçu l'appui surprise de la Serbie. « Khartoum et Belgrade : même combat ! , avait dit en substance le jeune ministre serbe des Affaires étrangères, le 28 janvier 2010 à la tribune des conseils des ministres de l'Union africaine. « Au Kosovo une minorité ethnique tente de faire sécession, a lancé Vuk Jeremic, imaginez combien de vos pays seraient touchés si cette tentation de séparation était validée. Il n'y aurait plus d'Etat multiethnique. » Et le chef de la diplomatie serbe de remercier les Etats africains, qui dans leur majorité, ont soutenu il y a quinze mois la décision de Belgrade, de saisir la Cour internationale de Justice (CIJ).

Evidemment, dans la salle, les Soudanais buvaient du petit lait : Khartoum voit d'un très mauvais oil la perspective, de plus en plus probable, que les Sud-Soudanais votent pour l'indépendance lors du référendum de l'année prochaine. Mais d'autres délégués ont applaudi également le ministre serbe. A commencer par les Angolais qui doivent compter à nouveau, depuis la Coupe d'Afrique des nations, avec les indépendantistes cabindais. Même les pays d'Afrique du Nord soutiennent la Serbie chrétienne contre le Kosovo musulman. C'est le ministre libyen des Affaires étrangère, Moussa Koussa en sa qualité de président de séance qui a invité son homologue serbe à Addis-Abeba. L'Egypte et l'Algérie sont sur la même ligne. Bref, à l'Union africaine, l'intégrité territoriale, c'est sacrée !

Somalie : Jean Ping déplore le manque de solidarité

(MFI) L'Union africaine doit se mobiliser pour la Somalie, selon Jean Ping, le président de la Commission de l'UA. En Somalie, pays sans Etat depuis 1991, l'UA est en première ligne avec sa Force de paix, l'Amisom (5 000 hommes déployés à part égale par l'Ouganda et le Burundi, même si les Djiboutiens devraient bientôt se joindre à eux), et elle peine à obtenir davantage d'hommes et d'équipements.

Sans doute pour sortir la majorité des Etats de leur indifférence, le président de la Commission a dramatisé la situation en Somalie. « C'est dans ce pays sans Etat que se jouent le devoir d'assistance et le panafricanisme dont on parle tant, à longueur de discours ici. Malheureusement, seuls deux Etats et bientôt un troisième, Djibouti, ont joint l'acte à la parole. L'Ouganda et le Burundi ont consenti des sacrifices qui les honorent », a déclaré Jean Ping. Ces deux pays ont en effet, perdu plusieurs hommes dans les rues de Mogadiscio. Sans un effort de l'Afrique et de la communauté internationale, le président de la Commission prédit un avenir sombre pour la Somalie : une Somalie point d'appui du terrorisme international, une Somalie espace de non-droit générateur d'instabilité.

Le désintérêt de la communauté internationale a suscité de nombreux commentaires dans les couloirs de la conférence. « Si les Etats-Unis et l'Europe accordaient au gouvernement transitoire d'union nationale 10 % des sommes qu'ils dépensent dans la lutte contre la piraterie, nous n'en serions pas là », regrette un diplomate maghrébin.

MFI/RFI

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