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01/09/2006
La borréliose enfièvre l’Afrique de l’Ouest

(MFI) Cette maladie transmise à l’homme par une tique, responsable de fièvres récurrentes, touche en moyenne 11 % de la population chaque année, ce qui constitue le taux le plus élevé observé en Afrique pour une maladie bactérienne. Méconnue, elle est systématiquement confondue avec le paludisme.

Vaste programme de recherches : après un suivi de quatorze années (1990-2005), d’abord au Sénégal, puis dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, des chercheurs de l’IRD (Institut de recherche pour le développement) livrent l’important résultat de leur travail. Favorisée par la sécheresse persistante, la borréliose (voisine de la maladie de Lyme) est transmise à l’homme par contact avec des tiques (parasite vecteur) qui colonisent les terriers des rongeurs. L’incidence est très élevée : selon les années, de 4 % à 25 % de la population étudiée a présenté une borréliose.
Des chercheurs ont résidé durant toutes ces années à Dielmo, un village du Sine-Saloum au Sénégal, afin de pouvoir rendre visite chaque jour aux villageois. Des examens médicaux et des tests biologiques ont été effectués en cas de fièvre ou d’autres symptômes évoquant la maladie. Les chercheurs ont aussi dénombré les terriers dans les maisons et les cours des concessions, cherché la présence de tiques et leur taux d’infection par la bactérie. Au vu des résultats, impressionnants, ils ont alors entrepris des prospections systématiques au Sénégal, au Mali, en Mauritanie. Conclusion : le vecteur est massivement présent dans les trois pays puisque sur 30 villages, 26 étaient colonisés par la tique qui se trouve en moyenne dans 31 % des terriers présents. Il s’agit donc d’« un problème majeur de santé publique ».

Du sang aux organes

Quels sont les symptômes de la borréliose ? Ils sont, notent les chercheurs « exactement similaires à ceux du paludisme ». Cette maladie – causée par la bactérie Borrelia crocidurae en zone saharienne et sahélienne, et par Borrelia duttoni en Afrique de l’Est – provoque fatigue, maux de tête, douleurs articulaires, et des fièvres récurrentes au long cours. La bactérie se multiplie très vite dans le sang et peut gagner les organes. Si le système immunitaire est débordé (notamment les macrophages, puis les anticorps), elle peut entraîner des méningites, et parfois la mort. Les mêmes personnes peuvent être touchées de nombreuses fois. Et le diagnostic précis n’est pas aisé, particulièrement en zone rurale, où les examens de laboratoire sont rarement possibles et ou l’on manque de microscopistes expérimentés.

Devenue la plus fréquente des affections bactériennes en Afrique de l’Ouest, la borréliose reste « totalement méconnue des personnels de santé, souligne le rapport de l’IRD. Elle est systématiquement confondue avec le paludisme, et l’échec du traitement est attribué à une résistance aux médicaments antipaludiques. »
Du fait de l’omniprésence des rongeurs en zone rurale, sa prévention ne peut passer que par la protection individuelle (vêtements couvrants, antiacariens appliqués sur la peau…). Quant au traitement, s’agissant d’une bactérie, il passera par des antibiotiques, notamment de la famille des tétracyclines que l’on trouve dans la plupart des dispensaires de brousse. Les médecins et thérapeutes travaillant avec des plantes et des huiles essentielles pourraient probablement, eux aussi, rechercher des solutions adaptées, et cela sans effets secondaires.

Henriette Sarraseca


Les Etats-Unis très touchés aussi

(MFI) La maladie de Lyme (Borrelia burgdorferi) a été identifiée à la fin du XIXe siècle, dans les années 1870. Elle est aussi un problème de santé publique aux Etats-Unis où on l’a redécouverte un siècle plus tard : des enfants, que l’on pensait atteints d’arthrite rhumatoïde, avaient en fait contracté la bactérie transmise par des tiques. La maladie continue de se propager dans ce pays, particulièrement dans le nord-est où elle encercle les grandes villes : Boston, New York, Philadelphie, Baltimore. Certains pharmaciens y ont concocté une potion contenant de grandes quantités d’un métal, le bismuth, qui a provoqué une mort et l’hospitalisation d’un patient dans un état grave début 2006…
Les scientifiques nord-américains, qui ont bien étudié les interactions entre la bactérie et le système immunitaire humain, notent que celui-ci peut apporter une réponse performante (s’il n’y a pas ré-infestation), et mettent en garde contre les graves dangers pour la santé humaine d’une antibiothérapie prolongée (voir The Journal of Clinical Investigation : http://www.jci.org), qui augmente en outre la résistance de la bactérie. D’autres recherches ont montré que ces bactéries se multiplient plus facilement dans un sang épais, riche en glucose (sucre).
Borrelia crocidurae est également présente en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Asie centrale et dans le sud de l’Europe. En Afrique du Sud et au Nigeria, on trouve Borrelia theileri. Aucun continent n’est entièrement épargné par cette famille.

H. S.




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